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La dernière enquête  de l'inspecteur  Rodríguez  Pachón  

(Último caso del inspector Rodríguez Pachón - 2005)

José Luis Muños 
Actes Noirs - Actes Sud - 2008)
 

Inspecteur de police à La Havane, Rodríguez Pachón est un vieux de la vieille. Dans cette ville au charme tropical désuet, parmi ses rues délabrées et la pauvreté de sa population, une vie colorée et bruyante s’accroche et perpétue la joie de vivre l’instant présent, seul luxe des cubains de ce 21e s. C’est aussi une ville sans grand banditisme, voyant peu de crimes de sang, même si corruption et vénalité se faufilent dans tous les replis d’une société aux ressources de plus en plus maigres. Pauvreté et misère sont le lot de beaucoup, résultat d’un blocus Américain imposé de longue date et aux effets pernicieux. Officiellement pour déstabiliser Castro. Mais le Commandant est toujours à la barre du pays,  d’un pays qui s’enfonce de plus en plus dans la récession et la pauvreté. Pourtant Rodríguez, castriste de longue date, est toujours confiant. Les vrais pourris, les fossoyeurs du peuple, les profiteurs capitalistes sont tous  de l’autre côté : fuyards, traîtres et expulsés, tous à Miami. A la Havane il gère son petit monde avec bonhomie, mais fermement quand il le faut : l’ordre est à ce prix. Que ce soient les touristes espagnols et autres, toujours à l’affut de femmes cubaines, les poivrots braillards et bagarreurs, ou les putes qui ne savent pas se tenir.
A côté de ça, il mène sa petite vie tranquille, faite de cigares, de bonnes lectures, de cafés très forts, de petites faveurs que lui valent sa fonction de flic, et surtout de jeunes métisses au tempérament de feu. Même vieillissant, Rodríguez sait apprécier les plaisirs de la chair, tout spécialement chez Madame Lupe où la jeune Minerva le comble et dont il est le client régulier. Avec passion, mais aussi avec tendresse, une tendresse dont il ne se croyait plus capable et  dont il se rend compte de manière encore plus aigüe alors que Minerva reste absente du bordel de Mme Lupe depuis plusieurs jours. Ses préoccupations à propos de la jeune prostituée seront finalement mises en veilleuse, car le corps d’une femme morte et dépecée est retrouvé près d’une décharge. Fait peu courant à La Havane, ce genre de meurtre met la police en alerte et Rodríguez se voir confier la direction de l’enquête. Bien difficile, car la jeune femme reste non identifiée et les traces sont maigres. Recherches sur les pervers sexuels, sur les femmes disparues occupent le temps de l’inspecteur, mais à son rythme, car au cœur de cet été cubain qui chauffe les sens et qui rend chaque effort pénible et contraignant, il essaye de s’économiser. Malgré la pression de plus en plus grande de son chef, malgré sa solitude de plus en plus profonde. Persuadé que sa vie sans Minerva sera de plus en plus impossible.
S’il continue cependant,  c’est rempli du sentiment que sa fonction et ses recherches servent vraiment à quelque chose d’utile. Mais jusqu’où pourra-t-il aller ?

Itinéraire crépusculaire d’un flic qui sait qu’il bascule dans l’autre versant de sa vie avec la vieillesse en ligne de mire. Un personnage qui s’accroche à sa vie et à ces raisons d’exister qui le soutiennent depuis toujours, qui contemple le délabrement de sa ville, tout en profitant de sa convivialité. Un flic qui ressent, comme beaucoup et  sans se l’avouer, que le régime contrôlant Cuba est proche de l’impasse. Le crépuscule d’une vie en parallèle du crépuscule annoncé d’un pays qui se contentait de peu et qui voit ce peu se réduire à la misère.
Et pourtant, comme ses concitoyens, Rodríguez Pachón profite de la vie et de ses côtés épicuriens, immédiats. Demain est loin et le futur à long terme incertain pour des fonctionnaires comme lui… Mais l’itinéraire de l’inspecteur croisera une fois de trop la mort, le propulsant  vers un destin qu’il ne contrôlera plus.

D’une écriture incisive et prenante, l’Espagnol José Luis Muñoz nous plonge dans l’univers grouillant de vie  qui environne l’inspecteur de police, et nous fait suivre son quotidien rempli de détails qui caractérisent ces classes populaires qu’il contrôle et défend, sans folklore inutile ni clichés. L’ambiance tropicale,  toile de fond permanente,  y est rendue avec une force discrète qui soutient le récit, créant une atmosphère qui marque tout en participant à l’impression de vécu que le lecteur ressentira à la lecture de ce roman de qualité.
Un roman qui trimballe une forme de langueur noire qu'on découvre enfouie sous les aspects actifs d’une intrigue qui est beaucoup plus qu’un banal « Ki l’a fait », et qui débouchera sur une fin implacable et désespérée.
José Luis Muñoz, un auteur à découvrir.

EB (mars 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

José Luis Munoz - La dernière enquête de l'inspecteur Rodríguez Pachón
 
 











































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Mort en sauce     
 

Zolma 
Éditions Krakoen - 2008

   

La guerre du ravioli fait rage. L’entreprise Maggiore, face à son principal concurrent perd pied, elle doit se battre avc des pourris qui pratiquent des prix encore plus bas que les leurs, alors que chez Maggiore tout est déjà comprimé y compris le personnel et les cadres. Il faut dire que la direction musclée du père Maggiore ne laisse survivre que des mollusques sans initiative autour de lui. C’est pour cela qu’avant de les virer, les cadres, il va parachuter un sauveteur, golden boy de la technique et de l’organisation niou louke: Evariste Lejaune.
Pas facile de survivre en vendant dans les grandes surfaces avides de profits du ravioli bas de gamme bourrés de porc acheté à des prix honteux aux Viets. Et pourtant,  la qualité des produits alimentaires, ils s’en tapent, tant que la daube distribuée n’est pas léthale.
C’est alors que Lejaune, petit génie technique, va repenser les étapes de la pasteurisation. A la grande joie d’une colonie de bactéries pathogènes un peu assoupies qui vont retrouver joie de vivre et de procréer. Une vraie renaissance. On vous avait bien dit qu’il s’agissait de survie.

Cette fable grinçante nous est contée dans une forme voisine de la farce, maniant la caricature à gros traits. Mais l’ironie frappe juste et l’humour en demi-teintes assez réussi va se nicher dans le faux sérieux des mondes décrits.
D’abord celui de l’entreprise. Et là, il y a à peine caricature dans les portraits évoqués. Ils existent. Je le sais, je les ai rencontrés.
Ensuite vous aurez droit à un poignant document sur la vie des bêtes et la beauté du chiffre 2 monté à des puissances peu commune. La passion des chiffres et l’étude du monde du vivant sont ici les garants des buts nobles voulus par l’auteur dans son ouvrage.

Très court roman, ou longue nouvelle, Mort en sauce, vous l’aurez compris, n’engendre pas la mélancolie,  et ce jusqu’au dénouement plongé dans l’humour noir. On rit d’un sujet bien actuel que Zolma transforme en parodie, avec des cibles qui méritent les coups de pieds aux fesses que leur prodigue l’auteur. 
Guignol, prend ton bâton et vient vite aider Zolma à taper sur les méchants de la bouffe industrielle car y en a beaucoup, beaucoup, beaucoup…

(ce roman a été publié en 2004, sous le titre  Merci patron  chez Parpaillon)

 

EB  (mars  2008)   

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 

Zolma - Mort en sauce
 
 




























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Vite et nulle part   

(Velocemente da nessuna parte - 2006)

Grazia Verasani
Métailié Noir - Suites - Éditions Métailié - 2008 - 

 
A Bologne, au cœur de l’été suffocant et humide, Giorgia Cantini restée seule au petit bureau d’enquêteur fondé par son père va se trouver sur la piste encore chaude, mais incertaine, d’une jeune femme disparue, Vanessa,  à la demande de Dora, son amie proche qui ne l’a plus vue depuis quelques jours. Cette dernière ne cache pas qu’elles se livrent à la prostitution assez haut de gamme, ce qui va plonger Georgia dans des vérifications au coeur de mondes très dissemblables : les derniers clients des deux femmes, acteurs d’une partouze où drogue et alcool complétaient les débordements sexuels,  et d’autre part la famille de Vanessa qui est aussi  la mère d’un jeune garçon de 10 ans souvent placé chez sa grand-mère, dans un petit village.
A son rythme, et recherchant les dernières personnes qui ont côtoyées Vanessa, Giorgia devra se pencher plus d’une fois sur le passé de cette famille qui semble vivre en marge dans son village et qui, comme toute famille bien ordonnée, range ses cadavres dans ses placards.
Et il y a cette Vanessa qui au cours des recherches se dessine de plus en plus comme une femme peu conforme au moule dont on fait les putes. Trop cultivée, trop indépendante, et pourtant morcelée et distante. Abimée.

En dehors de l’enquête, assez classique comme le souligne très justement la 4e de couverture, c’est  le reste qui retient l’attention, et surtout le personnage féminin central. Comme la raideur distante et les errements affectifs de Giorgia, cette détective privée qui parcourt l’Italie à la recherche d’une disparue, tout en ne sachant plus très bien où elle en est avec sa vie. Célibataire, désabusée, parfois ironique, elle a assez de ressources pour conserver des amis, mais l’absence de relation amoureuse durable et ses difficultés à s’engager affectivement, semblent être les éléments permanents de son échec personnel. Sauf dans ses enquêtes, elle termine rarement ce qu’elle entreprend. Elle se laisse balloter par sa propre vie, consciente de la part de froideur qui l’habite, dont elle ne peut se détacher et qui resurgit à tout moment. Spectatrice de sa propre vie, elle en voit le vide et le néant qui en font partie. Une vérité qu’elle  semble retrouver dans tout ce qui fait le monde matériel.
A ce portrait d’enquêtrice se mêle cependant une légèreté un peu artificielle, un côté clinquant faisant appel à la mode ou à la musique pop récente, qui peut parfois ressembler à un placage inutile.
Mais nous nous devons de prêter secours à cette espèce en voie de disparition : le détective privé, car le flic sous toutes ses formes possibles a envahi le polar et le roman noir au point de ne plus laisser beaucoup de place au bon vieux privé. D’autre part, comme l’écriture de Vite et nulle part  est plutôt soignée et que le portrait de l’enquêtrice reste intéressant, on garde assez d’intérêt que pour suivre cette ballade vers le noir assez classique.

 

EB  (mars 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Grazia Verasani - Vite et nulle part
 
 






























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Contes Cruels
 
 

Nadine Monfils
Éditions Blanche - 2008
 
 

Du scatologique et des intrigues qui flirtent avec le trash, des vieilles dames pour qui le mot indignité résume leur manière de vivre, des familles décomposées très balzaciennes, des érotomanes dont les plombs ont pétés depuis très longtemps, un titre qui évoque Villiers de l'Isle Adam et sa cruauté aiguisée proche du fantastique… Mais tout cela ne suffit pas. Il faut y ajouter le talent de Nadine Monfils qui, dans ses  Contes Cruels , manie l’humour noir et ravageur dans un univers parallèle où le conservatisme des petites classes moyennes est dopé au jus de surréalisme, des classes dont la bienséance convenue est dynamitée au son de chansons paillardes. Et c’est au cœur de ces explosions que le lecteur trouvera les ressources du rire, souvent ironique et vengeur, toujours d’une noirceur de carbone. Iconoclaste.
Pas étonnant que la Mort s’invite à la fête… et que la Raison s’y perd pour mieux pouvoir fuir.

L’auteure s’est mise ici au diapason du conte, utilisant cette langue au ton un peu simple que l’on trouve dans ces belles histoires lorsqu’elles sont destinées aux enfants. Le tout pour mieux dévoyer et la langue et le récit de ces histoires. Et en faire des comptes-rendus rigolatoires de la folie extraordinaire, poussés aux limites de l’inconvenance. Pour notre plus grand plaisir d’enfants pervers… 
Si  Petit caca Noël  est sans doute un des hauts lieux du recueil, on retiendra aussi Bon anniversaire, Boulette  qui nage joyeusement dans un irrationnel allumé,  pulvérisant les conventions du récit polar et de ses personnages. Et ne pas oublier Juju MacKintosch  et son érotisme de prisunic, revu psychopathe maquillé Barbie. Ou le fulgurant et inénarrable La vieille qui marchait dans la merde .
Vous trouverez certainement dans ce recueil de nouvelles qui manient le grotesque d’autres récits de Nadine Monfils tout aussi dévoyés et indignes, qui seront à votre goût. A vous de piocher dans ces Contes Cruels  dont l’acide jubilatoire et mal-pensant n’épargne rien ni personne. Des p’tits nenfants aux vieilles mémés, de la faune de bistrot aux dignes mères de familles, des gros balèzes aux p’tits malins. 
Des contes aux  moralités détournées et aux amours assassines.  

 

EB  (mars  2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Nadine Monfils - Contes Cruels
 
 

















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Mise à jour: 29 mars 2008
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