livres
 
 

La couleur de la peau  

(El color de la piel - 2003)

Ramón Díaz-Eterovic
Métailié Noir - Editions Métailié - 2008
 

On retrouve  le privé chilien Heredia dans ce quatrième volume traduit en français de la saga qui lui est consacrée. Evoluant dans les quartiers populaires de Santiago, pénétré de la vie qui les anime, sa bouée sociale quand il se sent trop solitaire, qui, mieux que Heredia, peut en saisir les pulsations et les travers…
Trimballant son spleen, et ce qui lui reste de confiance dans cette humanité toujours aux prises avec les vieux démons de l’argent et du pouvoir, quand ce n’est pas la soif du mal et la bêtise, Heredia reste persuadé qu’il peut changer quelque chose à la donne. A son niveau et à sa manière. Sans discours grandiloquents et presque sans moyens.

Comme pour ce jeune Péruvien,  travailleur clandestin dont l’ami vient lui rapporter la disparition récente. Car au Chili, où ces Péruviens sont à peine des ombres, un de plus ou de moins n’interpellera pas la police. Une population semi-clandestine, repérable par la peau plus foncée qui leur est typique, exploitée, harassée,  et qui doit supporter racisme et humiliations pour ne pas perdre les quelques pesos supplémentaires que leur pays d’origine ne peut même pas leur garantir.
C’est dans ce milieu assez fermé et méfiant que Heredia va s’insinuer, tout en se liant d’amitié avec certains, à la recherche de traces du disparu qui semble s’être volatilisé. Parmi les quelques pistes asse peu fiables, on suivra le détective privé dans son exploration du Santiago nocturne, celui des exclus, des pochards et de tous les dangers.
S’il reçoit une aide inattendue de cet ancien ami, brillant policier à la retraite, documentaliste du Chili criminel survivant dans un Chili qui veut oublier son passé à tout prix, il devra aussi descendre dans les couches des oubliés du développement, celles des clochards alcooliques vivant des décharges publiques, des enfants exploités et abandonnés, tout ceux de ce dernier cercle de la misère où évoluent tant de clandestins. Encore plus dangereux seront les contacts de Heredia avec certains truands de la place qui ne semblent pas prêts de l’aider. Voire pire…

Face à cette enquête dont l’intrigue de base est assez classique, on reste pris par le roman grâce à la personnalité attachante d’un Heredia qui balaye tout son univers d’un œil critique, parfois acerbe, mais qui ne peut brider son âme et qui peut encore se laisser émouvoir.
Et puis il y a Simenon, le chat blanc, gardien du foyer qui souvent essaye de ramener Heredia à la réalité et qui trône dans le petit appartement rempli de livres et de disques.
Il y a aussi Santiago, ville qui a su conserver certains de ses quartiers populaires sans grands changements, ville qui participe en plein à l’ambiance mise en place par Díaz-Eterovic, une ville qui fait écho aux états d’âme de son privé. Un Santiago omniprésent, personnage à part entière de la saga.
Dans  La couleur de la peau , on oubliera vite une certaine dilution de l’intrigue et quelques longueurs du récit, pour se laisser emporter par cette ambiance de spleen et de lucidité dans laquelle baignent tout le roman et son personnage central. C’est là qu’on trouvera toute la substance et la force discrète de l’écriture de l’auteur.
Une série qui mérite notre attention.

Note
Pour encore mieux cerner le personnage de Heredia, se reporter à l’analyse du roman précédant : Les yeux du cœur , disponible dans POLAR NOIR

 

EB (avril 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 

 

Ramon Diaz-Eterovic   -  La couleur de la peau
 
 
































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Born Toulouse forever  

 

Serguei Dounovetz
Éditions Mare  Nostrum - Polar - 2008

   
Le titre et son calembour donnent le ton.
Pour cette deuxième aventure du journaliste Niki Java, on est à Toulouse et dans ses environs, puisque Java y a trouvé un poste de rédacteur en chef dans un quotidien local.
Tiraillé entre plusieurs jeunes femmes qui toutes en appellent à sa libido toujours en expansion, Java va devoir se renseigner sur de vieux potes dont certains toujours incarcérés, car il semble qu’un gros coup se prépare. La clé de l’énigme se trouve plus que probablement dans ce manuscrit de polar écrit il y a quelques années par un prisonnier, devenu auteur et décédé depuis. En attendant Java devra évoluer en eaux sombres, lui l’adepte sans concession du perroquet en terrasse, ce volatile issu de la fée verte qui le fait rêver… et zigzaguer. Avec l’aide de son pote, le commissaire Zamponi, il espère retrouver la bonne voie. Mais il semble qu’elle passe par les truands vieillissants, une pin-up des années soixante qui ne peut être que ressuscitée, les Renseignements Généraux et ce fichu manuscrit qui apparaît et disparaît à tout bout de champ… Marrant ? si on veut. Certains prendront la trempe. Heureusement que Java a bon caractère, et qu’un rien l’amuse.

D’une écriture directe et soignée, Serguei Dounovetz nous entraîne à la suite de Java dans un récit ou l’humour pointe à chaque rebondissement.
Court roman en forme de polar à l’humour voilé,  Born Toulouse forever  tient aussi du roman d’évasion, truffé de péripéties à la « feuilleton ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’auteur a certainement pris autant de plaisir à l’écrire que vous aurez à le lire. A vous de trouver les diverses allusions, à-peu-près, amorces de calembours qui émaillent un récit vif et trépidant, que seuls quelques vrais méchants ou cons patentés parviennent à assombrir.
Du polar de consommation pour gourmet, qui n’est pas sans rappeler à certains moments l’ADG de la saga de Machin. 

 
EB  (avril  2008)  
(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Serguei Dounovetz  -  Born Toulouse forever
 
 











Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Des clopes et de la binouze    

(Fags and Lager - 2005)

Charlie Williams  
Série Noire - Gallimard - 2008

 

L’Anglais Charlie Williams nous livre avec ce roman le deuxième volet (*) de la saga de Royston Blake, habitant typique de la ville atypique de Mangel. Enfin, pesons nos mots : Blake s’il est typique, c’est par sa brutalité et un manque total de morale sociale, traits qui semblent unir les citoyens de l’innommable Mangel, la ville dont on ne s’échappe pas.
Mais cet antihéros malgré lui trimballe un lourd passif fait d’alcoolisme braillard et jusqu’au-boutiste, allié à une déficience prononcée de son intellect.
Ce qui n’arrange rien, il essaye de toujours maquiller la réalité des faits à son avantage, et il en a bien besoin, car Blake se fait constamment rouler dans la farine. Même physiquement, car il semble que son gabarit de brute épaisse ne l’empêche pas de prendre des trempes magistrales et destructives.
Tout semble pourtant  bien démarrer pour Royston Blake : il est devenu plus ou moins le gérant de la boîte dont il était le portier depuis toujours. Il peut aussi se faire un peu de revenus sur le côté grâce à Doug, l’épicier, qui lui demande de calmer le boy-friend de sa toute jeune fille. De préférence à forts coup de lattes. Toutes activités dans lesquelles Blake se sent comme un poisson dans l’eau, sauf que comme le poisson rouge du bocal, sa mémoire active n’est que de 10 secondes à tout casser, ce qui va l’entraîner dans des castagnes et des emmerdes sans fin. D’autant que d’étranges bonbons font leur apparition dans certains quartier de la ville et que les jeunes deviennent tous soit enragés soit hébétés. Ce ne sera donc pas sans dégâts que Blake va essayer d’avancer dans toutes ces histoires dont il ne comprend plus la finalité. Enfin, c’est ce qu’il dit. En attendant, il se voit obligé d’opérer un nettoyage par le vide autour de sa personne tout en résistant vaillamment à toutes les rectifications de portrait qu’il ne peut éviter tout au long de son parcours désordonné.

Même si le roman fonctionne mieux dans sa seconde partie et si l’action y est plus marquée, on ne retrouve pas dans  Des clopes et de la binouze   l’unité de ton qu’il y avait dans le premier volume (*). Il y a pourtant des moments de bravoure dans l’écriture de ce roman et les extraits d’article de presse mis en tête de chaque chapitre ajoutent un contraste ironique bienvenu  à l’action telle que racontée par Blake, témoin non fiable de ses propres aventures,  mais on n’est pas entièrement pris par le personnage ou le récit ; d’autant que la personnalité de Blake n’y est que répétitive sans ajoute réelle par rapport au premier volume, ce qui émousse passablement le côté humoristique et ironique de ce second épisode.

Pour les inconditionnels de l’univers simili-trash de Royston Blake.

(*) Pour ceux qui n’ont pas lu le premier roman de la série ,  Les allongés , il est conseillé de jeter un coup d’œil sur nos commentaires qui s’y rapportent.

 
 
EB  (avril  2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Charlie Williams  -  Des clopes et de la binouze
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 

                                                                                                                                            Autres livres >> 


Mise à jour: 6 mai 2008
1