livres
 
 
Une saison de scorpions  

(Tiempo de alacranes - 2005)

Bernardo Fernandez 
Moisson Rouge/Alvik - 2008
 

Le Mexicain Bernardo Fernandez -également dessinateur de BD connu dans son pays sous le nom de Bef-  auteur  de SF et de récits pour la jeunesse, entre ici de plein pied dans le roman noir en nous relatant la fin de carrière d’un tueur vieillissant dans une histoire débridée à forts relents de hard-boiled.
Le rythme rapide et une solide construction happent le lecteur de ce très court roman en forme de « road novel » à la Mexicaine, et l’emmènent sur les routes de ces univers parallèles que gèrent truands, tueurs, malfrats de tout acabit et où le moindre faux-pas peut se transformer en catastrophe. Voire pire. Alors imaginez la pagaille que peuvent y semer de jeunes drogués constamment shootés,  qui rêvent d’argent et de vies dorées et pour y arriver veulent se transformer en pilleurs de banques… ou encore notre tueur qui est prêt à tout pour avoir la paix. Enfin, presque. Car faut pas non plus le prendre pour un blaireau 
Mentionnons aussi qu’ironie et humour noir font partie de ce voyage dont les étapes passent par violence et tuerie.

Il est certain que Bernardo Fernandez est sous l’influence  des « neopolars filmés » modernes qui ne sont plus tous Américains ces temps-ci et qui, jusque dans des réalisations de séries B, démontrent une belle vivacité et un savoir-faire certain, tout en exhibant un quasi-nihilisme de bon aloi  dans leurs scénarios, face à des sociétés de moins en moins chaleureuses et de plus en plus mortifères.
Mais Fernandez ne méritait pas de se faire comparer, en 4éme de couverture, à Tarentino, ce tonneau creux du film bidon, ce copieur-colleur du cinéma noir policier.
Avec Une saison de scorpions , Fernandez offre, lui, plus de substance, ne fait pas du pastiche servile, tout en se servant  de l’écriture pour construire son roman. Et surtout, rassurez-vous, celui-ci ne se limite pas à des relations succinctes sans style d’une suite d’événements, comme c’est si souvent le cas chez ceux qualifiés par une certaine critique « …d’écrivains à la technique visuelle, cinématographique».
De plus, lorsque Bernardo Fernandez nous  fait,  ici ou là, vivre des images et séquences qui pourraient venir d’un film, c’est  avec les techniques propres à l’écrit, dans un roman qui porte sa marque et véhicule plus que cela. C’est en cela que son roman est l’équivalent littéraire, par sa démarche et le type de récit,  de ces « néopolars filmés » que j’évoquais.

Même si la fin donne un peu trop dans la facilité, faites-vous plaisir : lisez ce roman.

 

EB (mai 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Bernardo Fernandez -  Une saision de scorpions
 
 






















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Le Fils de la Mort  


(The Dead Yard - 2006) 

Adrian McKinty
Série Noire - Gallimard - 2006

 
 

Le présent roman est le deuxième volume de la série Michael Forsythe, un troisième étant déjà paru en anglais en 2007. Il semble donc que la volonté d’utiliser un personnage récurrent est confirmée, le tout est de savoir si c’est la meilleure voie…
Nous savons les dangers qui guettent le séries trop longues, et si nous ne voulons pas préjuger, force est cependant de constater qu’ici Adrian McKinty  sacrifie beaucoup de lui-même sur l’autel du thriller.

Nous sommes en 1997, Clinton est encore a pouvoir et Michael Forsythe est protégé par un programme de « reconversion » de témoins aux USA. C’est qu’on cherche à le tuer à cause de ses dénonciations et de certaines personnes qu’il a éliminées au sein de la mafia du Massachussetts. De plus il est persona non grata au Mexique depuis qu’il s’est échappé des geôles locales où il avait été  condamné à croupir avec très peu de chance de survie. Evasion culottée qui le rend encore plus désirable aux yeux de la justice mexicaine.
Arrêté en Espagne, où il n’aurait pas dû être, et, menacé d’extradition vers le Mexique, il devra écouter attentivement la proposition d’infiltration d’une cellule d’extrémistes irlandais chassés d’Irlande du Nord et réfugiée aux USA que lui propose le MI6 britannique ; le moment est critique et les Britanniques ne veulent pas voir mis en danger la signature des accords de cessez-le-feu avec l’IRA, qui devrait ramener une paix fragile dans cette Irlande sous contrôle de Sa Majesté. Et il semble plus que probable que ce genre de cellule nationaliste  refusera le cessez-le-feu et risque de s’attaquer à des intérêts britanniques sur le sol des USA.
Pour éviter le Mexique, il accepte et infiltrera la cellule qui réside dans la région de Boston.
Forsythe, sorte de mercenaire sans remords attache beaucoup de prix à sa peau, ce que l’on peut comprendre aisément et ce sera sur le dur à cuire qui sommeille en lui qu’il compte pour s’en sortir et improviser. Comme il est d’Irlande du Nord, il lui est facile de se glisser dans la peau d’un sympathisant, afin de prévenir FBI et MI6 lorsque les attentats seront mis sur pied.
Comment pactiser avec le diable qui, ici, apparaît comme deux vieux briscards, Irlandais et catholiques, ayant tenu tête aux anglais, sont devenus maîtres de l’élimination, de l’exécution des traîtres… et du plastiquage.
Tant qu’y d’la vie y’a d’lespoir... Forsythe va se le répéter souvent, englué dans une mission dont il ne parvient pas à se dépatouiller, et où la fourche du diable va laisser de plus en plus de traces sanglantes à mesure qu’il se rapproche de la famille du chef de cellule.

Si on retrouve ici une certaine qualité d’écriture qu’Adrian McKinty avait utilisée avec brio dans son roman précédent (hors série Forsythe) publié à la Série Noire : Le fleuve caché , elle s’applique malheureusement à un récit d’action qui comporte deux graves lacune, à notre avis : des lenteurs qui ressemblent à du remplissage… et un personnage central qui manque de contours. Vu la dilution de l’ensemble on aurait pu espérer un Forsythe ayant plus de présence.
Enfin, les invraisemblances des situations qui font les articulations principales du récit, ajoutent à notre résistance et nous empêchent d’être vraiment happés par ce thriller. C’est dommage, car répétons-le, les digressions et le remplissage se lisent avec plaisir grâce à un  style d’écriture montrant une certaine recherche et capable de créer les ambiances.
Il est certain qu’un public plus élargi est visé par Le Fils de la Mort , mais il nous semble que ce public-là sera un peu perdu par les morceaux « trop » bien écrits, et des longueurs qu’il devrait mal ressentir ; ceci malgré les concessions faites par l’auteur pour y inclure les clichés les plus éculés -ceux de l’amour rapide, entre autres-  ou les plus tenaces, comme ceux qui confondent volontairement noirceur et sadisme.
Quand aux autres lecteurs, ils ne pourront que se demander où est passé le McKinty prometteur de  Le fleuve caché  (voir nos commentaires dans POLAR  NOIR).

 

EB  (mai 2008)
 

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Adrian McKinty - Le fils de la Mort
 
 







































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44 jours   
The Damned United

(The Damned United - 2006)

David Peace
Rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2008


Il s’agit des 44 jours de règne de Brian Clough, qui sera en 1974 le manager de Leeds United – la célèbre équipe britannique de football.
Cet ex-joueur, blessé grièvement en 1962, avait dû se rendre à l’évidence : malgré ses dons et ses résultats exceptionnels durant sa brève carrière, il ne pourra plus jamais jouer dans des équipes dignes de ce nom. C’est ce qui  l’orientera a vers la direction d’équipes et l’entraînement d’autres joueurs, car il ne connaît que le football, ne pense que football et n’a pas de connaissances spéciales qui pourraient lui ouvrir d’autres carrières. Et il veut rester dans le monde du foot anglais.
Cette nouvelle orientation sera celle où son obstination et ses obsessions firent merveille. Une carrière qui apportera gloire et renommée à ce joueur déchu, à ce manager d’exception, contesté et souvent vilipendé. Mais il fit merveille…

Le cas de Derby County : cette équipe de deuxième division, paisible et résignée à sa 17e place. Sous sa direction l’équipe regagnera des places durant la saison 67/68, les joueurs, le public et le Président de l’équipe reprennent courage et foi dans l’avenir. On reparle de l’équipe locale. Il achète des joueurs, transforme l’esprit, se bat encore et toujours… pour obtenir ce succès que ceux de Derby n’auraient même pas pu imaginer deux ans auparavant : premier de la division en avril 69 ! Derby Champion, Derby passe en première…et à la fin de la saison 69/70, Derby finit 4e de la première division. Un triomphe pour Brian Clough, une renaissance pour son équipe. Il a le soutien de tous et certainement du Président. On achète encore des joueurs, on a de plus en plus de spectateurs…Derby s’envole. Et c’est le miracle annoncé, fruit de la qualité des  joueurs et de l’obstination de leur manager : en mai 1972, Derby termine première dans la première division !! Même les ennemis personnels de Brian reconnaissent l’exploit, le conseil d’administration de Derby mettra une sourdine à son animosité face à sa personnalité envahissante, Clough est intouchable.
Puis ce sera 1973 et la chute des résultats. Les ennemis de Clough ricanent, le conseil d’administration de Derby tente de le mettre au pas… ils ne veulent plus de déclarations à la TV et dans les journaux…c’est la guerre… Brian Clough continue, certain que sa direction reste la seule possible…

Il a toujours insulté Leeds United et ses méthodes de tricheurs. A la radio, dans les journaux, à la TV. Dirty Leeds. Mais Clough  est fasciné par cette équipe au sommet de sa gloire et par son entraîneur Don Revie. Le talentueux et tortueux Revie, vénéré par son équipe… The Damned United (la foutue United).
Lorsqu’il reprendra la direction de cette équipe, il a un objectif : les mener à la victoire dans la coupe européenne… Leeds, une équipe de vieux, une équipe de finasseurs… Mais Clough sait qu’il peut rénover tout ça, en faire une équipe honnête et qui ne gagne que parce qu’ils sont les meilleurs. Mais dès son apparition à Leeds, le mercredi 31 juillet 1974, il devra faire face à la mauvaise volonté et à l’animosité générale. Mais il en a vu d’autres et il  fonce, cogne et se débat. Il est partout, jamais où on l’attend.
Ce seront les 44 jours de Brain Clough à la tête d’une des meilleures équipes d’Angleterre.
Un conte de fée anglais qui tournera au cauchemar.

Le récit de David Peace est évidemment basé sur les faits historiques concernant le personnage de Clough et le football anglais des années 60 et 70. Mais ce n’est pas un documentaire et bien un roman fait de d’imbrication de deux histoires relatives à la carrière de Brian Clough, l’une se déroulant principalement lorsqu’il mène l’équipe de Derby au sommet, l’autre lorsqu’il dirige Leeds dans des circonstances difficiles, en 1974. Les deux récits s’imbriquent tout au long du roman et ce mélange aide à créer un climat de tension et de violences rentrées dont Peace s’est fait une spécialité dans ses récits de crises vécues de l’intérieur des milieux qui les abritent et en symbiose immédiate avec les protagonistes. L’emploi du présent comme temps de la narration, et le décalage dû à l’emploi de la deuxième personne comme voix du récit appartenant au passé, accroissent encore le sentiment d’oppression et de tension que véhicule le roman. On est pris, englouti dans cette double narration et on vit malgré soi le malaise de ce suspense décalé et flou. Une réussite à mettre à l’actif de Peace et à son écriture à la construction élaborée. Je dirais même que cela tient de l’exploit littéraire que de garder l’attention et l’intérêt du lecteur, et de lui faire vivre intensément les aléas de la vie de Brian Clough, ses angoisses. Sans clinquant, sans effets gratuits, et en restant un des romans les plus abordables de cet auteur.
Même s’il ne s’agit pas  ici d’un roman noir policier, comme on peut s’en douter, il s’agit bien d’un roman noir par son climat et la dimension du personnage central sans cesse confronté à ses échecs, à son destin.
Personnage central qui est flamboyant comme le souligne la quatrième de couverture(*), mais il est aussi obscur, violent, outrancier, autoritaire, avide de puissance, brutal, aimant l’argent, provocateur. Et possédé par la volonté de recherche d’honnêteté et de justice dans un sport qui en recèle peu, persuadé que seules ses méthodes peu orthodoxes mèneront tous les autres vers la vérité. Et la victoire.

44 jours  : Un portrait noir et pointilliste de Brian Howard Clough, manager.
Conseillé à tous, même à ceux qui ne supportent pas le foot, ses ingérences, ses structures dictatoriales et irresponsables, sa violence et ses excès banalisés. Je vous parle d’expérience.

(*) Une des meilleures quatrième de couv’ qu’il m’ait été donné de lire au dos d’une nouveauté  parue ces derniers temps. Juste et sans artifices racoleurs.

 

   
EB  (mai 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

David Peace - 44 jours (The Damned United)
 
 
































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Mise à jour: 26 mai 2008
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