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True Crime   
Detective Magazines 1924-1969

Eric Godtland et Dian Hanson
Taschen - 2008
 

 

On connaît l’éditeur Taschen pour ses éditions soignées, multilingues,  destinées à la grande diffusion d’ouvrages abondamment illustrés allant de la peinture à la photo, en passant par les arts populaires et les documents d’époque. Avec True Crime Detective Magazines il nous propose un somptueux livre d’images consacré aux revues américaines qui présentaient les affaires criminelles réelles à un large public populaire, les « Detective » magazines, où il faut comprendre Detective comme étant le membre de la police officielle chargé des recherches et des enquêtes.
Ce volume grand format de 336 pages nous fait revivre par ses illustrations l’histoire de ces magazines ayant pendant longtemps fait recette aux devantures des kiosques à journaux aux USA. Parfois évoqués comme « true crime magazines » (qui est aussi le titre d’une des plus célèbres de ces publications), c.à.d. magazines se consacrant aux affaires criminelles réelles, par opposition aux magazines de fiction policière, ces magazines commencèrent à fleurir dans les années 1920 et devinrent très rapidement populaires. Certains titres atteindront d’ailleurs des tirages de 2 millions d’exemplaires dans les années 30.
Il faut dire que la prohibition et le cortège de crimes qu’elle entraîna aux USA, à laquelle s’ajouteront la misère sociale et la Grande Dépression de 1929, étaient des fournisseurs d’histoires criminelles non stop, souvent plus sanglantes et plus diverses que ce qu’offrait la fiction policière de l’époque.
L’aspect « moral » de la chasse au crime permettait d’abriter dans ces magazines des histoires scabreuses et d’évoquer la pègre, le crime et leurs victimes avec une approche de voyeur et beaucoup plus de détails que dans les quotidiens.
D’ailleurs les couvertures aguichantes font presque toutes appel à un dessin de pin-up, de préférence tourmentée, en détresse… ou les armes à la main. Mais aussi : vénéneuse, dangereuse ou perverse. Un appel direct au voyeurisme qui sommeille dans tout lecteur potentiel. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, ces couvertures étaient majoritairement dessinées et ce par des artistes de valeur, les textes étaient payés royalement (attirant même des auteurs confirmés de romans policiers), et les tirages confortables.

Le volume de Taschen est un recueil de couvertures de ces magazines de 1924 à 1969, reproduites en grand format couleur ; s’y ajoutent des reproductions en pleine page de certains contenus (articles, illustrations, photos). Racoleuses, criardes, dramatiques, ces couvertures ne sont jamais innocentes et nous plongent à chaque fois dans l’époque qui les concerne, et ce y compris les années de déclin où on ne trouve plus que des montages photographiques en couverture  avec des annonces d’articles aux titres se voulant de plus en plus malsains, voire sordides, ou scabreusement accrocheurs.
Des textes (en français, anglais et allemand) retraçant l’histoire et l’évolution des ces magazines américains accompagnent les divers chapitres qui suivent l’ordre chronologique ; certaines images y sont aussi  regroupées par thème. Ces textes ne donnent pas une étude exhaustive du genre, mais bien une introduction détaillée et fort documentée, s’adressant à un public large. On regrettera seulement l’absence de bibliographie qui aurait pu servir de guide au lecteur désirant explorer le domaine plus avant.
En attendant, laissez-vous emporter par le tourbillon coloré, captivant et ambigu des couvertures de magazines tels : « True Crime », « Daring Detective », « Real Detective », « Women in Crime », « Front Page Detective », « Inside Detective »…et de tant d’autres.

True Crime Detective Magazines intéressera tous ceux qui veulent étendre leur connaissance de la littérature populaire, et de ce qui l’a influencée, dans un pays qui pesa d’un poids déterminant sur l’évolution de la littérature policière moderne. C’est aussi un must pour ceux qui recherchent et admirent les couvertures illustrées des publications populaires (et ils seront à la fête avec ce volume…).
Nous nous devons de signaler que le prix de cet ouvrage, grâce à la politique multilingue de Taschen, reste tout à fait abordable malgré la qualité d’impression :  à peine plus cher que le moindre roman actuel en première édition… Alors, pourquoi vous en priver !

 
Feuilletez ce livre
Faute de place nous ne pouvons reproduire certaines des splendides illustrations tirées du recueil. Heureusement, Taschen accepte de vous en faire feuilleter, page après page, le contenu dans son site ; allez à l’adresse suivante (sur une seule ligne), cliquez sur le lien rouge se trouvant *sous* l’image… et dites-leur que vous venez de la part de POLAR  NOIR.

http://www.taschen.com/pages/en/catalogue/popculture/all/03817/
reviews.true_crime_detective_magazines.1.htm

 
EB (décembre 2008)

(c) Copyright 2008 E.Borgers



 
 
 
 
 



 
 
 

True Crime Detective Magazines  -  Taschen
 
 











































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Hiver arctique   
 
(Vetrarborgin - 2005)

Arnaldur Indridason  
Métailié Noir - Éditions Métailié - 2009
 
 

Le commissaire Erlendur est confronté à une enquête délicate, impliquant beaucoup de réactions émotionnelles, mêlant dès l’abord indignation et racisme, car il s’agit du meurtre en rue  du petit Elias âgé d’à peine douze ans et né de mère Thaïlandaise en Islande, fruit d’un mariage mixte, le père étant Islandais. Très vite, le commissaire et ses adjoints habituels, Sigurd Oli et Elinborg, vont piétiner car on ne retrouve pas l’arme du crime ni aucun témoin réel des derniers instants de la vie d’Elias. Les recherches au sein de l’école sont tout aussi frustrantes, car personne ne peut pointer de vrais problèmes liés au jeune garçon, par ailleurs assez bon élève et discipliné.
Seul remontent des traces d’inégalités sociales, de racisme instinctif chez les jeunes qui se voient mêlés de plus en plus à une population d’origine étrangère, à prédominance asiatique. Et, chose plus inquiétante, un racisme ouvert, patent,  chez un professeur qui par conviction ne peut admettre que son pays perde son identité.
Mais peut-être que le meurtre sera élucidé si Erlendur retrouve le frère aîné disparu depuis l’incident ? Ou en éclaircissant les ombres de la vie de Sunee, la mère, divorcée et épuisée de travail pour pouvoir élever ses enfants ? Malgré le peu de résultats, Erlendur continue ses recherches, à la chasse de détails infimes, de bribes d’indices, de confidences évasives. Dans cet hiver islandais, froid, noir et glacé comme le cœur de certains de ses habitants.

Cette fois, dans Hiver arctique, les remplissages habituels, ces récits secondaires découlant de la vie privée de Erlendur et de son passé familial, ne parviennent pas à étoffer un récit central  qui se suffirait à lui-même, mais qui alors n’aurait pas couvert autant de pages… Même une intrigue secondaire, la disparition d’une femme, objet d’une vague enquête menée en parallèle, ne comble pas le vide.
Il est certain que le tempo des recherches de Erlendur est loin d’être échevelé, c’est d’ailleurs la marque de cet enquêteur qui doit beaucoup à Maigret comme nous l’avons déjà signalé, et c’est la marque d’Indridason de pouvoir captiver le lecteur en lui faisant habilement suivre la quête remplie de vide et de grisaille qu’est le quotidien de son commissaire islandais. Pour ce qui est du cœur du récit, l’auteur garde heureusement ses talents de raconteur d’histoires, de solide romancier professionnel. Pourtant le bilan est maigre et on a le sentiment que les situations ne sont pas entièrement exploitées, malgré le climat d’existences perdues et inutiles, de distanciation entre les êtres, si cher à Indridason, encore bien présent et toujours prenant.
Peut-être que les premiers signes d’essoufflement d’une série à personnages récurrents se trouvent dans ce septième roman (le cinquième à être traduit en français- voir nos commentaires pour les autres titres>>> ici)
Si ce n’est pas le meilleur roman de ceux traduits à ce jour, il n’en reste que Hiver arctique se maintient au-dessus de la moyenne du genre et devrait une fois de plus combler les fans de la série.
 

EB  (janvier 2009)
 

(c) Copyright 2009 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Arnaldur Indridason - Hiver Arctique
 
 






























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Le baiser du tueur  

(A Killer's Kisso - 2007)

William Lashner
Thriller - Éditions du Rocher - 2009

 

Avec ce roman on se replonge dans l’ambiance de certains romans policiers hard-boiled américains proches du roman noir des années 50 et 60 qui mettaient en scène des « petits futés » à la grande gueule dans des situations traitées avec un humour détaché proche du cynisme ; certains auteurs poussaient cette caractéristique pour faire ressortir plus d’humour à la coule, plus de réparties, et ces caractéristiques prenaient parfois le dessus sur l’intrigue (c’était ouvertement le cas chez un Carter Brown), certains autres se trouvaient à mi-chemin, favorisant l’humour, souvent noir, comme chez un Jonathan Latimer, sans pour autant sacrifier l’intrigue. C’est dans cette dernière catégorie que se trouve le roman de William Lashner, sans cependant déboucher dans l’humour noir pur.

C’est avec plaisir qu’on lit les démêlés de Victor Carl, avocat de Philadelphie avec Julia, son ex-fiancée arriviste et trop jolie, avec qui il vient de renouer, alors que le mari de cette dernière vient de se faire assassiner.
Faut pas plus pour que tout le monde soit convaincu que c’est lui, Victor, le coupable. D’où il se voit obligé de suivre les traces laissées par le mari : un combinard assez puant, un médecin reclassé dans la finance. C’est sur ces sentiers pas très balisés qu’il percutera dans plusieurs affreux qui tous veulent retrouver un ex-associé du bon docteur, et surtout le pognon qui a disparu. Beaucoup de pognon.
Pour s’en sortir, Victor devra compter sur l’aide de dealers Jamaïcains et d’un jeune glandeur qui se découvre subitement une vocation de « privé » (excellent personnage, une parodie mordante du privé « à la coule »). Aussi sur sa capacité de réagir vite et de ne pas se laisser démonter. Pas toujours facile quand il a la faiblesse d’encore croire à son futur dans les bras de la torride Julia, son unique et véritable amour.

Les grands ingrédients du genre sont présents : femme très fatale, course au magot, flics bornés, meurtres multiples, trahisons en cascade, truands en tout genre, méchants prêts à tout, récit fait à la première personne…
Traité avec une bonne dose d’humour dans les dialogues et les réflexions de Victor Carl, le roman ne tombe cependant pas dans le pastiche intégral et se suit avec intérêt. On soulignera d’ailleurs que le dernier tiers renoue en plein avec le roman noir de facture assez classique dans ses péripéties et ses personnages.

 
Dernier Carl ?
Le baiser du tueur est le septième roman de la série Victor Carl et sera le dernier, provisoirement, comme annoncé par l’auteur. C’est tout à son honneur, car maintenir un personnage récurent au delà de 6 volets (en moyenne) est reconnu comme périlleux par la plupart des auteurs. Seuls quelques exceptions rares démentent cette constatation.
Et Lashner a un potentiel qui doit lui permettre de s’attaquer à d’autres romans noirs.

EB  (janvier  2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

William Lasher - Le baiser du tueur
 
 



































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Le roi du Congo
   
 

Alain Berenboom
Bernard Pascuito Éditeur - 2009
 
 

Le temps des colonies dans un Congo qui était encore belge.
La colonie épargnée par la toute récente guerre mondiale reste un enjeu économique de taille, notamment par ses réserves énormes de cuivre, de diamant et de ce produit magique dans les mains des grandes puissances de l’époque : l’uranium. Pour ce dernier, la Belgique reste courtisée par ses ex-alliés et suscite l’intérêt des envieux désireux de jouer dans la cour des grands de l’armement. Il faut dire que la prospérité liée aux richesses minières de la colonie n’a jamais échappé aux groupes financiers belgo-belges, dont l’inénarrable -et alors inamovible- Société Générale, holding aux ramifications de pieuvre, véritable gestionnaire de ce Congo au potentiel énorme. Encore heureux que quelques politiciens éclairés aient imposé un système de taxes locale sur les entreprises établies au Congo, taxes réinvesties dans le développement du pays, pour ses routes, ports, transports publics, écoles et dispensaires.
Malgré ces tentatives, la Belgique ne mena pas une politique cohérente de développement social, trop petit pays face à ce Congo grand comme 3,5  fois la France… et aux profiteurs de tout acabit. Et de toutes nationalités.
Derrière la façade officielle, et soutenue par l’indignation d’une bonne partie de la population belge métropolitaine peu favorable au colonialisme, les premières lézardes apparaîtront au cours des années 50.

Ce petit rappel n’est sans doute pas inutile pour resituer le cadre dans lequel évolue le roman d’Alain Berenboom, ce Congo de 1948, dans lequel  on retrouve en figure centrale le détective privé Michel Van Loo, qui oeuvrait déjà dans un précédant roman (Périls en ce royaume). Dans Le roi du Congo, appelé en renfort par un ami attaché à la Sureté de l’Etat à Léopoldville, ex-membre de la police de Bruxelles, pour enquêter sur un étrange vol commis dans la région sensible du Katanga, dans une firme de transport de cette province du sud-est, productrice de nombreux minerais dont l’uranium. On pourrait soupçonner des mouvements indigènes à tendance indépendantiste, vu le butin qui outre les diamants et l’argent comprend aussi quelques fusils.
Bien que n’ayant aucune connaissance réelle du Congo, Michel acceptera cependant afin de se renflouer car les affaires de sa petite entreprise de renseignements ne sont pas très florissantes. Ses contacts avec la Sureté sont assurés par trois pygmées railleurs qui le côtoient déjà à Bruxelles et qui serviront d’intermédiaire tout au long de son séjour. Très vite plongé dans cet univers africain étrange qu’il ne connaît pas, l’enquêteur va piétiner et se fourvoyer d’entrée, et ce ne sont pas les milieux Blancs qu’il fréquente qui l’aideront vraiment.
Mais que vient faire au Congo cet amateur de gueuze-grenadine, qui a abandonné Anne en Belgique, cette fiancée qui souvent est le cerveau se l’agence ? C’est ce qu’il se demande, mais c’est surtout ce que se demandent les gens qu’il croise au Katanga, car ils ne peuvent pas croire qu’il est le représentant de la compagnie d’assurance qui doit couvrir le montant du vol.
Tout petit bourgeois, passant mal pour un aventurier, Michel devra affronter le milieu des coloniaux belges, fonctionnaires et dirigeants de firme implantées, ces vrais petits bourgeois, avides de respectabilité, de convenances…et de combines juteuses. Il se frottera à la « compréhension » des pouvoirs locaux envers les entrepreneurs, le mépris organisé dans le traitement des Noirs, les luttes d’influences parmi les fonctionnaires belges, l’inefficacité de la police locale, et aussi à la rigueur moite de ce climat équatorial dont la nature luxuriante n’est que mystères et dangers. Il se verra surtout très vite embarqué dans des aventures qu’il n’a pas sollicitées, essayant tant bien que mal d’y voir clair, parmi ces blancs partouzards dans leurs temps libres mais apparemment plus dangereux que les crocos qui peuplent les rivières.
Si l’aide des trois pygmées ironiques et persifleurs est souvent la bienvenue, la venue d’Anne est accueillie comme un soulagement. Déjà qu’on  a tiré  sur notre enquêteur lors d’une chasse au gros, et qu’il se sent de plus en plus indésirable dans la petite société des coloniaux belges. Il faudra aussi compter avec les hommes-crocodiles, cette dangereuse société secrète noire, des indépendantistes pas très clairs, une beauté chinoise qui a envoûté toute la communauté mâle blanche, des agents soviétiques qui semblent traîner dans le coin…et on en passe.
Plus dense que la forêt équatoriale, plus dangereux qu’un nid de serpents, plus tordu qu’un plan de campagne politique, tel est l’écheveau que devra démêler Michel Van Loo. A ses risques et périls. Seul, ou presque…
Le résultat est une histoire qui tient beaucoup du roman d’aventures des années 30, fortement mêlé de wodunit échevelé au point de sembler en être une parodie par moment, ce qu’un humour en demi-teintes accentue encore tout au long du récit. L’auteur en profite cependant pour laisser se profiler dans  Le roi du Congo des éléments importants de ce qui deviendra le problème congolais et ses dérives des années 60, en décrivant certaines attitudes des « colons » et les compromissions du pouvoir en place, mêlant abus et corruption active, justice arbitraire et laisser-faire. Sous l’oeil impavide de la métropole qui a encore fortement besoin de cette colonie et qui ne veut pas de bouleversements  internes, d’où qu’ils viennent.
Dans un roman qui dégage un parfum de fin d’époque et de société sclérosée, fermée, jusqu’à la chute désabusée et ouverte, toute en grisé,  malgré ses apparences de problème résolu...

EB  (janvier 2009)  

(c) Copyright 2009 E.Borgers


 


 
 
 
 
 



 
 
 
 

Alain Berenboom - Le roi du Congo
 
 







































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Mise à jour: 31 janvier 2009
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