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Nickel chrome  

Hervé Claude
Actes Noirs - Actes Sud - 2009
 

Dans ce roman Hervé Claude renoue avec des intrigues ayant pour toile de fond le sport australien. En Australie. Cette fois, ce sera le cricket, ce sport assez mystérieux pour les non Anglo-Saxons n’appartenant pas à l’ancien Commonwealth, cousin et sans doute ancêtre lointain du sport américain par excellence : le base-ball. Mais en Australie, le cricket, élevé au rang de sport national, est bien ce très British divertissement du dimanche, ce sport qui pouvait, dans un passé proche, bloquer toute une après-midi les écrans de la très digne BBC pour un seul match.
C’est dans le milieu du cricket qu’a lieu un premier meurtre qui jettera la stupéfaction dans la nation et la consternation dans Perth, ville provinciale et endormie de la côte Ouest de l’Australie. Le joueur a été tué en plein match, à Perth, à quelques semaines d’un championnat. D’autres incidents étranges, dangereux et inhabituels vont émailler les semaines qui suivent, certains d’entre eux mettant en scène des hordes de motards vicelards, hargneux et mêlés à des combines dont le commerce de la drogue à grande échelle n’est pas absent. Mais cette fois les motards s’en prennent gratuitement à monsieur tout le monde, aux homos, aux quartiers tranquilles… C’est nouveau pour Perth, et il ne faudra pas beaucoup plus pour qu’un début de panique collective s’installe menant à l’hystérie de la sécurité.
C’est dans ce chaos inhabituel à Perth, cette belle et discrète endormie, que l’inspecteur Ange Cattrioni demandera un coup de main à son ami Ashe pour collecter des informations de terrain sur les bikers (motards) et éventuellement sur les tentatives de déstabiliser le monde du cricket, car de nouveaux troubles semblaient se préparer pour perturber ce sport de gentlemen.
Appelés à se voir plus souvent, les deux amis renoueront des liens plus intimes, car ils furent amants il n’y a pas si longtemps et seules les circonstances professionnelles de l’inspecteur les avaient séparés. Ashee, retraité précoce, ancien enquêteur de compagnie d’assurance veut bien consacrer un peu de son temps pour rassembler divers éléments sur les hordes de motards, en cette fin d’année, période de grand calme pour une Australie qui se prépare à entamer ses vacances annuelles. Par ailleurs, inquiet de l’absence de ses voisins et amis, un couple de cinquantenaires sans histoire, une absence qui ressemble de plus en plus à une disparition, il essaiera de se renseigner sur le fils de ceux-ci et se verra obligé de faire bonne figure dans un trou perdu de l’outback, à Gingin, pour récolter des infos sur cette famille qui ne semble pas avoir de passé. Et toujours les indices et rumeur indiquant une possible déstabilisation du cricket. En finale plusieurs éléments des  recherches de Ashe se télescoperont pour former un mystère encore plus épais que prévu, mêlant des milieux très différents tous victimes d’exactions et de meurtres.
L’été sera exceptionnellement chaud à Perth, et il n’est pas question d’annuler quoi que ce soit dans les rencontres de cricket. Tout semble donc en place pour une catastrophe dépassant les moyens de contrôle de la police. Et de Ashe se heurtant sans cesse à la violence et aux menaces. Prêt au pire…

Nickel chrome, au titre évocateur de grosses motos, est donc un épisode de la saga de Ashe, personnage récurrent, sybarite homosexuel, Français retraité de la vie active, vivant à Perth de rentes assez mal acquises comme il nous est rappelé dans le présent roman. Une vie partiellement contemplative, hédoniste à ses heures comme sait l’être aussi l’Australie, le pays qui l’accueille, et dont il ne sort qu’occasionnellement pour enquêter à la demande.
C’est le monde privé, un peu irréel, que trimballe Ashe, confronté à une réalité parfois brutale qui reste le côté le plus intéressant de ces pétipéties ; à cela s’ajoutent l’écriture bien cernée et les ambiances décrites dans les divers décors du récit qui garderont le lecteur accroché à Nickel chrome dont les intrigues croisées, par ailleurs,  nous ont semblé un peu trop touffues, pour ne pas dire confuses par moment. La nonchalance éclairée et une volonté d’harmonie propres à Ashe restent cependant bien présentes dans le récit.

 

EB (mars 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Hervé Claude - Nickel chrome
 
 











































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Les mangeurs de perles
   

(Os comedores de pérolas – 1992)

João Aguilar
Métailié Noir - Éditions Métailié 2009
 
 

Ce roman déjà ancien (1992) du portugais João Aguiar nous présente le journal intime d’Adriano Carreira, journaliste et écrivain, en pleine crise de la cinquantaine. Après une grave dépression, il a accepté, début des années 90, un poste à Macao dépendant d’une fondation officielle portugaise où il sera le responsable du dépouillement des archives importantes léguées par la veuve d’un très riche marchand local, chargé des traductions et de la rédaction d’articles, voire d’ouvrages, tirés des pièces trouvées dans les très nombreux documents du legs. Si Adriano a accepté c’est surtout pour essayer de faire passer les séquelles de sa dépression au second plan, se retrouver tout en vivant une espèce de nouveau départ…

C’est une vie assez feutrée, d’un bon confort et pleine de facilités qu’ offre cette fonction à Macao, à un Adriano qui, s’il se pose souvent les bonnes questions, semble assez impénétrable aux problèmes et atmosphères de cette colonie du bout du monde, qu’il côtoie comme le ferait un parfait gentleman de club anglais perdu dans les colonies de sa Majesté, tout en restant au niveau convenu et apparent de la découverte d’un pays étrange.
Même la rapide obstruction et les pièges que, dans les coulisses, on a semé sur son parcours pour entraver le déroulement du dépouillement des archives, s’ils le préoccupent et l’inquiètent ne semblent pas perturber fortement son comportement ou sa vision de ce monde asiatique omniprésent qu’il ne cherche pas à pénétrer. Fort attaché à la tâche qu’on lui a confié, Adriano ne lâchera pas prise tout en sachant que les archives du riche Chinois doivent contenir des secrets qu’il ne sera pas facile d’exposer au grand jour. De fil en aiguille, la pression deviendra physique, mettant son entourage proche et lui-même en danger.
Mais, disons-le net : des cadavres ne font pas un roman noir, ni des péripéties inhabituelles dans une vie de fonctionnaire…
Et on a bien du mal à se préoccuper des avatars d’Adriano qui semblent toujours n’agir qu’en surface, ne l’affectant que peu, et ce dans un texte raconté sur un ton de bon ton, et d’une froideur étriquée, où Adriano nous raconte sa tranche de vie dans un style assez maniéré. Un texte heureusement sans emphases, mais qui nous touche peu.
On pourrait mieux cerner le roman en le décrivant comme un roman d’aventures des années 30, raconté par un anglais des colonies qui n’a pas vraiment compris ce qui lui arrivait ni le pays d’adoption où il vivait. Et ce ne sont pas les quelques références à la perte prochaine de Macao pour le Portugal (en 1999 le territoire retourne à la Chine), les quelques observations assez justes sur la spécificité du mélange des cultures chinoises et portugaise dans Macao, ce lambeau de terre oublié de l’histoire contemporaine… et du Portugal, introduites par Aguiar dans le récit d’Adriano qui sauveront la mise.

Sans vouloir mettre des frontières ou poser des règles strictes, on peut dire que Les mangeurs de perles n’est pas un roman noir : il y manque tous les ingrédients essentiels tels l’urgence et l’immédiat dans les destinées détruites, le sentiment existentiel exacerbé, le combat sans fin contre le Mal humain…  Et surtout, une certaine ambiance fruit de ces ingrédients.
Cette restriction faite, il reste un roman, certes issu d’une plume contrôlée,  qui tourne à vide la plupart du temps mais qui peut sans doute  intéresser un lectorat pressé.

(Note :Il semble que João Aguiar ait repris le personnage d’Adriano dans d’autres de ses romans)

  

EB  (mars 2009)  

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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João Aguiar - Les mangeurs de perles
 
 







































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Vierge de cuir   

(Leather Maiden - 2008)

Joe R. Lansdale 
Thriller - Éditions du Rocher - 2009

 
C’est à Camp Rapture, dans l’East Texas, sa ville natale, que vient se réfugier le journaliste Cason Stalter. Doué, prometteur, sélectionné pour l’attribution du fameux prix Pulitzer, il tente d’oublier les spectres qui l’ont déstabilisé : sa campagne sanglante en Irak comme combattant, son ratage avec celle qu’il croyait être quelque chose comme une fiancée, un début d’alcoolisme dévastateur, sa carrière brisée dans un grand journal à Huston.
C’est pourquoi il accepte le poste de chroniqueur dans un quotidien local, bien au dessous de ses possibilités professionnelles, pour s’obliger à travailler et pouvoir rester près de ses parents et de son frère dans cette petite ville qui a bien changé depuis son enfance.
Conscient de ses limites et de ses possibilités, auto ironique, enfin décidé à s’éloigner de la bouteille, il reprend les dossiers de son prédécesseur parmi lesquels il choisit de fouiller plus avant dans  la disparition il y a six mois d’une jeune fille, Caroline, étudiante à l’Univ proche, une affaire  restée sans suites. D’une beauté exceptionnelle, la jeune disparue semble n’avoir laissé aucunes traces rendant sa mort  plus que probable. Comme ses premiers articles tentant de ressusciter l’affaire de cette disparition sont très bien accueillis, Cason poursuivra ses recherches sur le passé proche de la disparue, mais ce sera pour découvrir de plus en plus d’indices contradictoires et l’esquisse une personnalité trouble. Sans vraiment le vouloir,  porté par les circonstances de ses recherches, Cason buttera très vite sur une sordide affaire de chantage, des meurtres atroces qui semblent être affiliés à des cas similaires délaissées par les enquêteurs officiels ; ce qui ne provoquera pas que l’enthousiasme dans son entourage et va s’avérer carrément dangereux. Pour lui, pour ses proches, pour tous ceux qui le côtoient. Heureusement il semble avoir trouvé un nouvel amour et il a le soutient de la vieille directrice cynique du canard qui l’emploie. Ce qui le mènera d’autant plus vite vers une destination ressemblant à un petit coin de l’enfer, par un chemin pavé de cauchemars éveillés, de folie, de sadisme glacé et de mort. Welcome back home, Cason !

On connaît l’intérêt de l’auteur pour le Texas, et spécialement l’East Texas, région présente dans nombre de ses romans, ce qui explique que Vierge de cuir se déroule à Camp Rapture, petite ville qui servit déjà d’arrière plan, mais à une autre époque, au roman précédant de Lansdale, le formidable : Du sang dans la sciure. On retrouve donc ici, une fois de plus, l’intérêt que porte Lansdale aux petites communautés, aux villes retirées de province qu’il transforme, souvent avec talent, en un terroir noir et sanglant. Se retrouvent aussi ce qui tourne à l’obsession chez cet auteur : les « freaks « (monstres soit physiques ou moraux), des situations sanglantes dignes de l’horreur gothique. Ou encore, les personnages hors normes, comme ce baroudeur psychopathe qui ne s’ignore même pas, qui considère le meurtre comme un artisanat, voire une vocation, seul « ami » de Cason capable de lui prêter main forte, et sur un autre plan, le personnage de la vraiment très vieille directrice de journal.
Il faut ajouter la pincée d’humour souvent noir et toujours efficace qui parsème le récit, tout en n’en faisant pas le moteur. A ce propos  il faut souligner les incroyables premiers chapitres qui présentent le personnage central et qui nous font assister à sa découverte du canard local et de sa directrice, jusqu’à son engagement comme chroniqueur et ses premiers contacts avec certains de ses collègues : du grand art burlesque tracé à la plume acérée et railleuse.
Par ailleurs, si Vierge de cuir n’est pas au niveau de réussite que nous a donné Lansdale dans Du sang dans la sciure, déjà cité, il nous fourni avec ce nouveau roman un récit maîtrisé, captivant, aux aspects de thriller à l’écriture de qualité et qui débouche dans le roman noir le plus sombre dans le dernier tiers du récit. On se doit de relever la formidable construction  de ce dernier tiers qui se bâtit sur plusieurs suspenses, dont le principal d’entre eux mérite -pour une fois- le qualificatif d’haletant : le lecteur ne peut qu’être entièrement engloutit dans le traquenard romanesque construit par Lansdale.
Malgré la baisse de tension en milieu de parcours et une certaine dispersion de ton dans le récit, on ne peut que recommander ce roman aux amateurs.

EB  (mars 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Joe R. Lansdale - Vierge de cuir
 
 



































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Le bar crade de Kaskouille  
 

Nadine Monfils
Suite Noire  n° 30 - Éditions La Branche - 2009
 
 

Quand la Métaphysique de la Mort rencontre les brèves de comptoir.
Si encore cela se limitait à ça…
Il y a aussi ce tueur à gage travaillant sur catalogue, marchand de mort itinérant, un frère du patron qui n’a pas inventé l’eau chaude et que le chant de Luis Mariano transforme en taureau en rut, une Rosalie vieillissante prête à tout pour un verre de bière, et tous ces autres clients du voisinage, mal ajustés dans leurs vies étroites, que nous retrouvons pour un court moment dans ce bar improbable, siège de la comédie noire que nous distille Nadine Monfils dans Le bar crade de Kaskouille.

Pourtant il y a l’unité de temps, de lieu et presque d’action, dignes du meilleur théâtre classique. Des embrouilles familiales, des rancœurs meurtrières, le destin qui joue des tours à la Houdini, tout y est. Ça se termine d’ailleurs dans le sang et avec des sentences destinées à élever l’âme…
Du classique on vous dit ! 
Bon, d’accord,  ils sont tous un peu trop crades et kitsch dans cette farce un peu trop noire que pour finir dans les anthologies pour lycées cotés. Ils jouent aussi avec les mots quand ce n’est pas avec les morts, se poivrent, philosophent jamais plus que pour deux balles et leurs destinées sont encore plus bourrées qu’eux… C’est vrai.
On s’en tape si l’Académie n’en veut pas, car nous on est ces petits veinards que personne n'empêchera de lire ces scènes de la vie décalée, rigolatoires, dopées à l’humour noir d’encre.
Merci La Branche !
Jef, donne-nous encore une tournée…

EB  (mars 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Nadine Monfils - Le bar crade de Kaskouille
 
 
















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Mise à jour: 26 mars 2009
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