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Un tueur à Munich  
- Joseph Kaltheis    

(Kalteis - 2007)

Andrea Maria Schenkel 
Actes Noirs - Actes sud - 2009
 

Dans le courant des années 1930, des jeunes filles disparaissent sans que la police ne fasse nécessairement le rapport entre elles, car ces événements  sont dispersés: dans le temps sur plusieurs années et par les endroits mentionnés par les familles. Mais il y a deux  points communs ; presque toutes se déplacent à vélo et les disparitions se déroulent lorsque ces jeunes filles sont à Munich ou dans ses environs. C’est dans ce contexte suggéré par de courts chapitres du roman, que nous suivons la lente descente vers un piège mortel d’une jeune provinciale, Kathie, venue chercher l’aventure et l’indépendance à Munich. Très vite elle se heurtera à la dureté de l’époque faite de misère, de chômage et d’indifférence sociale, malgré ses dehors rassurants d’amusements simples à la portée de tous, présents surtout dans les villes, de contacts faciles et de promiscuité face à une certaine pauvreté, une réalité qui fera dévier Kathie de son rêve doré. Mais portée par sa jeunesse elle ne demandera qu’à s’adapter, à apprendre à survivre. Pour combien de temps?

Ce court roman de l’Allemande Andrea Maria Schenkel  parvient à captiver le lecteur malgré la sécheresse de ton tout à fait adéquate  introduite  par l’auteure dans son écriture. L’air du temps y est évoqué avec justesse de même que le comportement de ces classes dites laborieuses, citadines ou paysannes, d’où sont issus la plupart des personnages du récit. On est pris par cette atmosphère d’ignorance, de contraintes sociales et de ses transgressions qui transpire la médiocrité et la cupidité tout en évoquant une certaine innocence et une fatalité de l’existence qui leur sont propres.C’est dans ce contexte réaliste que nous assistons aux disparitions successives de plusieurs jeunes filles, dans de brefs récits qui entrecoupent l’histoire détaillée de Kathie.
Des personnages éloignés de la réalité politique, accaparés par leur quotidien dans cette Allemagne des années 30, dans ce pays qui glisse sous la coupe du totalitarisme fasciste, cet autre mal rampant qui mine la société, et dont les dégâts mortels ne sont pas plus mis en évidence ou révélés au grand jour dans cette société que ceux de n’importe quel tueur en série allemand...

Note
Un tueur à Munich s’inspire d’un cas réel de tueur en série allemand, celui de Johann Eichhorn, qui au cours des années 30 viola 90 femmes et en tua brutalement 5 ; il fut condamné en 1939 et exécuté.

EB (avril  2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Andrea Maria Schenkel - Un tueur à Munich
 
 


















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Ostende au bout de l'est
 
 

Cyrille Derouineau (photos) et collectif (nouvelles)
Collection Collatéral - Éitions le bec en l'air - 2009

   

Recueil de six nouvelles écrites par six auteurs, et pas des moindres, issus du roman noir. Ces nouvelles puisent leur inspiration dans Ostende, ville belge sur la mer du Nord, et dans les photos couleurs de cette ville prises par Cyrille Derouineau  qui les illustrent.
Au-delà de quelques chansons qui rendirent cette ville connue à l’étranger, il y eut aussi la cohorte de peintres illustres qui y résidèrent et y produisirent leurs œuvres célèbres, d’Ensor à Spillaert, son ancienne réputation de station balnéaire de luxe. Ostende, cette ville un peu hors du temps, issue de la splendeur des villes de villégiature du 19e siècle, avec ses bains de mer et ses thermes, favorite de Léopold II et de l’élite anglaise. La reine des plages.

Ostende, ville maritime dans un pays qui ne l’est pas du tout. Seule vraie ville sur ce littoral belge d’à peine  60km,  elle a perdu beaucoup de son charme citadin encore palpable il y a peu, mais conserve cette ambiance faite de lumières inhabituelles et de violences du climat maritime, de légèreté et de froideur. Ostende qui résiste tant bien que mal aux vagues croissantes du tourisme de masse motorisé qui la submergent plus régulièrement que les excès de la mer nordique. Ostende qui reste un lieu d’un attrait indéfinissable, le lieu des solitudes.

L’ensemble de ces nouvelles est de qualité, issues  de plumes aguerries qui ont pour nom : Didier Daeninckx, Marcus Malte, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Michel Quint, Marc Villard.
Avec Ostende pour cadre, si elles sont toutes dans le territoire du noir, deux s’éloignent fort des sujets « policiers » au sens très large (Daeninckx, dans une nouvelle intrigante, voire curieuse, et Pouy, dans un récit à chute, réaliste et ponctué de demi-teintes ironiques).
On ne peut que recommander l’excellente nouvelle de Marc Villard(Coursiers), juste de ton, d’une écriture tendue au cordeau, et le climat très noir construit efficacement par petites touches de Jean-Hughes Oppel (Fin de saison – en enfer).
L’excellent sujet de Marcus Malte dans Zeer daarlijk voeders (Pourquoi Ostende ?) nous a par contre semblé souffrir d’être «surécrit », sans heureusement perdre toute sa force. Dommage.
Toutes ces nouvelles traitent de la solitude, de la recherche de soi, de vies échouées sur le sable d’Ostende, sur fond de ciels bas, de rues luisantes et étrangères, de malles en partance et de port de pêche. D’une constante qualité d’écriture, évoquant des ambiances qui parlent au lecteur, on ne peut que recommander ce recueil. La nouvelle est un art, et ces six-là le prouvent une nouvelle fois…
Il faut aussi, bien sûr, mentionner les 30 photos de Cyrille Derouineau qui a su mette en image divers aspects d’Ostende, de sa mer et de son port, dans des clichés qui illustrent à merveille cette légèreté froide que j’évoquais ci-dessus, ainsi que  la ville mouillée et figée face à la mer du Nord. On soulignera par ailleurs la qualité de présentation et de mise en page de ce petit volume intégrant textes et photos dans un ensemble réussi.

On aurait pu ajouter un texte d’un auteur belge qui aurait  sans doute  donné une autre version fictive d’Ostende, pas plus juste, mais d’un autre regard ; ce n’est même pas un reproche réel, car au nom de quoi réclamerions-nous plus : c’est un éditeur de Manosque qui a eu l’excellente idée de cerner Ostende via des polardeux de grande qualité, pas un éditeur de Bruxelles ou encore moins de Gand !

  

EB  (avril 2009)  

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Cyrille Derouineau (et collectif nouvelles) - Ostende au bout de l'est
 
 



































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Aller simple    

(Camino de ida - 2007)

Carlos Salem 
Semana Negra - Moisson Rouge/Alvik - 2009

 

En vacance à Marrakech, Octavio époux espagnol brimé et tenu en laisse par son dragon d’épouse se voit soudain face à une liberté nouvelle pour lui : sa Dorita vient d’expirer dans le lit de l’hôtel marocain. Un drame ? Une aubaine, oui ! La fin de vingt-deux années d’esclavage… Pris d’une soudaine panique, Octavio va fuir. Dans ce pays dont il ne connaît pas la langue ni les habitudes, lui, le timoré employé municipal à la tenue des registres de la population en Espagne, ne devrait pas avoir la moindre chance de survie. Et pourtant.
Au cours de sa cavale il va se révéler à la fois chanceux, dégourdi et aidé par des personnages de rencontre qui, le prenant pour un obscur péquenot, vont vite déchanter. Carlito ce vieil hippie en bout de course et Soldati, cet escroc agissant tous azimuts, finiront par se révéler des amis. Fantasques, mais des amis. Il y a les flics marocains qu’Octavio essaye d’éviter, rapport à sa Dorita qu’il n’a pas déclarée, il y a des Boliviens qui semblent fort tenir à la veste qu’il leur a empruntée et qui manient le pistolet à la moindre alerte. Et tout ce qui peut arriver quand on est sans ressources, en terre étrangère, perdu dans le désert ou coursé par des tueurs. Bonjour les vacances !
Mais Octavio Rincón a bouffé du lion : il improvise, il se déchaîne, même sa vieille Opel devient un char que rien ne peut arrêter. Les fille se pâment, la très belle Ingrid se déclare prête à le suivre car il es monté comme un âne, on le prend pour un espion, on le poursuit, on lui tire dessus. Mais Octavio passe à travers tout. Une fuite infernale dans un Maroc qu’il n’a pas le temps d’admirer, avec ses deux compagnons qui lui semblent de plus en plus insolites.  Surtout le vieil hippie qui prétend être Carlos Gardel, le mythique chanteur de tango. D’ailleurs, au cours du périple il chante de plus en plus souvent et les gens écoutent, subjugués. Gardel : mort dans cet accident d’avion en  1935…  mais  Carlito prétend être Gardel, pas son incarnation ou un quelconque imitateur. Le vrai, le seul, l’unique Gardel. Et depuis qu’il a quitté sa colonie hippie, il n’a qu’une chose en tête : tuer Julio Iglesias, l’infâme massacreur de cette musique chantée qui est l’âme de l’Argentine, dans son non moins infâme disque Tango.

Aventure débridée, recherche de la destinée, quête initiatique,  le roman de Carlos Salem c’est tout cela et encore plus. Le tout traité avec une dose constante d’humour et une ironie sous-jacente qui font passer les avatars picaresques d’Octavio et de ses compagnons en force, dans un récit au débit contrôlé de main de maître par l’auteur.
Symbolique et réaliste, philosophe et voyou, profondément sérieux et débridé, tel est le monde où nous entraîne cette quête de la vérité qui est une ode à la découverte de soi.
Au passage, Salem s’offre en plus le luxe d’une réflexion sur l’immortalité, la vraie, celle des dieux, et sa relation à la passagère célébrité, avec comme travaux pratiques un écrivain nobélisable qui n’a pas écrit une seule ligne, un chanteur mythique qui a survécu à son succès et devient immortel…pour toujours.
C’est dans cet univers en folie qu’Octavio retrouvera ses aspirations à une carrière de pianiste, reprendra son destin en main et progressera sur le chemin qui devrait le mener à la récompense. Malgé lui et dans un déluge de dangers… Un parcours jonché de cadavres, d’argent mal acquis et de combines foireuses.
Pour la force de l’écriture, pour l’humour picaresque et pour la défense du tango, ce blues du peuple argentin : recommandé.
Aller simple a été distingué par la Semana Negra de Gijón parmi les « premiers polars », et c’est amplement mérité.

 

TANGO

Danse et musique aux origines populaires et métissées qui se développèrent dans les faubourgs de Buenos Aires durant la seconde moitié du 19e siècle, le tango, reprenant la tradition du milonga, fut aussi un chant qui se développa et se structura  surtout au début du 20e siècle. Entretemps, le tango fut la musique des bars des bordels, des petits bouis-bouis et des lieux mal famés de Buenos Aires, avant que la middle class internationale ne s’en empare.
Un des génies de cette musique, porté par ses succès populaires, fut sans conteste le chanteur Carlos Gardel qui fixa le classicisme de ce chant durant les années 1920. Un mythe.
Si vous voulez tout (ou presque) savoir sur ce chanteur d’exception allez sur l’excellent  site argentin Todotango qui a plusieurs de ses chapitres copieux consacrés à Gardel et… vous pouvez y écouter en ligne des dizaines de ses enregistrements! Je vous conseille particulièrement ceux des années 20 pour Odeon, disques où il chantait accompagné d’une petite formation  (2e lien)
http://www.todotango.com/english/gardel/default.asp

http://www.todotango.com/english/gardel/voz.asp

(Le site n’est qu’en anglais ou espagnol, mais on y trouve facilement la musique)

Julio vous blouse
Si vous voulez savoir pourquoi  Julio Iglesias, vedette incontestée du sirupeux international,  peut susciter des envies de meurtre sur sa personne, je vous conseille d’écouter un extrait de son disque « Tango » et spécialement le classique Volver.
Quand à La Cumparsita, chanson emblématique du genre,  le massacre est y complet : ni âme, ni fougue, ni émotions…
Le restant est à l’avenant.
Pas de circonstances atténuantes, votre Honneur !

Vous pourrez en écouter des extraits en ligne à (ou dans tout autre site de vente de CD en ligne :  http://www.cduniverse.com/search/xx/music/pid/7102996/a/Tango.htm
(dans Track Listing, tous les morceaux mis en ligne – Note : Polar Noir n’a pas d’affinités particulières pour ce site ou de liens commerciaux avec celui-ci)

POLAR  NOIR  

EB  (avril 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Carlos Salem - Aller simple
 
 



































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Mise à jour: 18 avril 2009
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