livres
 
 
La bannière était en noir  

Christian Roux
Suite noire n°29 - Éditions La Branche - 2009
 

Dans ce bref roman en forme de longue nouvelle, on assiste à l’ébauche d’une destinée perdue, celle d’un jeune homme qui s’épanouira dans la violence et la force destructrice, véritable incarnation du fascisme tranquille.
Gregory, mais ce n’est pas son prénom, est à Paris principalement pour fuir la non-vie qu’il a dû subir en Normandie dans une famille d’accueil et avec l’espoir de se faire un nom. Introverti, peu doué pour la dialectique ou les raisonnements, ne connaissant rien à rien, seule sa volonté de survivre le guide dans l’immédiat. Dans la misère et l’isolement.
Il y a aussi ces soudaines bouffées de violence, car sous ses apparences malingres il est doué d’une force peu commune et d’un sens aigu de la castagne destructrice. Qui ne demandent qu’à exploser lorsqu’on veut user de la force  à son égard. Il finira par fraterniser avec un trio de copains, branchés castagnes, sortie de stades de foot et se mêlant d’autres combines politiques qu’il ne comprend pas bien. Ils lui trouveront même de bons boulots : garde, vigile, protection de politiques trop à droite. 
Mais Paris continue de l’agresser, sa naïveté l’y met en permanente posture d’idiot à plumer et certains groupes ne se gênent pas pour le ridiculiser en public. Heureusement que ses nouveaux copains l’aident à décoder, à y voir clair et à reconnaître l’ennemi. Sans qu’il s’en rende compte, ils canaliseront son dépit et sa hargne. Et Ils lui apprendront la haine. La haine des autres races, la haine de ce qui est différent, la haine de ce qui s’oppose. Dans des combats à mains nues contre les groupes adverses durant lesquels Gregory se sent réellement vivre  et trouve la sérénité.          
La banale histoire de Gregory, à peine plus de 18 ans, se transformant en casseur, en hooligan et en aidant de milices politiques. Toujours prêt, toujours devant. Dans le sang et la peur.

Christian Roux nous illustre par son récit le cheminement  de jeunes laissés pour compte, citoyens sans défense morale et sans savoir politique ou historique, sans réelle instruction, broyés par une vie harcelante et sans pitié, souvent exploités, errant sans repères pour se retrouver sur la pente du fascisme ordinaire et finir alliés d’un populisme sans subtilité qui semble tout éclairer. Proies toutes trouvées pour être absorbées par les factions violentes et agressives du fascisme primaire. Et de tous les totalitarismes. Le destin brutal de Gregory.


 EB (juillet 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>



 
 
 
 
  
 
 

Christian Roux - La bannière était en noir
 
 















Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Dieu veille Toulouse   

Jan Thirion 
Collection L’écailler, n°111 – Éditions L’écailler du sud – 2009

   

« En délicatesse avec sa compagne, préoccupé du sort d’une adolescente handicapée dont il est presque le père, secondé par une jeune stagiaire dont il est presque l’amant, Dieu court après la vérité au péril de sa vie et de celle de ses proches. »
Franz Dieu est flic à Toulouse et les quelques lignes ci-dessus, extraites de la quatrième de couverture, définissent avec une précision remarquable quel sera le ton et le genre du roman noir qu’elles présentent. Car il s’agit bien d’un roman penchant vers l’humour, un pastiche  parodiant à la fois les enquêtes de flic officiels et le roman de serial killer, genres tellement éculés qu’ils se pastichent souvent eux-mêmes sans le savoir. Mais dans le roman de Jan Thirion, rien n’est innocent et certainement pas les intentions de l’auteur. S’il manie l’humour c’est avec une certaine réserve dans l’immédiat du texte pour cependant déboucher sur l’ironie et l’hénaurme dans les perspectives générales et les péripéties. En passant aussi par une bonne dose d’irréel, ce qui fait flotter tout ce roman, noir par bien des aspects, dans une espèce de monde parallèle qui n’appartient qu’aux personnages. Et dans lequel, toute résurgence d’un monde trop réel plonge immédiatement le tout dans l’humour noir. Et la confusion. Pour notre plus grand plaisir.

D’une lecture plus qu’agréable, grâce à l’écriture contrôlée de l’auteur, Dieu veille Toulouse fourmille de trouvailles dans les noms, de jeux de mots discrets et de personnages faussement sérieux. S’y ajoute l’ironie des indices issus de  résultats de raisonnements ahurissants, un dynamitage du rationnel des enquêtes qui servent d’ossature aux « mais c’est qui qui l’a fait » si cher aux romans à énigmes.
A souligner, l’excellent monologue du meurtrier répartit sur plusieurs chapitres, qui au-delà de la charge apparente d’une recette trop souvent utilisée par les faiseurs, débouche sur un récit final dont se dégage une poésie indéfinissable, faite d’horreur, d’innocence et de surréalisme. Ceci juste avant que le roman ne se termine sur une prolongation inattendue et macabre.

 

 

EB  (juillet 2009)  

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jan Thirion - Dieu veille Toulouse
 
 


















Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 



Cadavre d'état   

Claude Marker
Carnets Nord - 2009  

 

Un conseiller du premier ministre français qu’on aurait suicidé, une commissaire Coralie Le Gall qui n’est pas conforme au moule voulu par l’administration, des intrigues tortueuses qui entravent l’enquête, des cadavres qui viennent faire désordre… Vous avez déjà lu ça des centaines de fois, avec des variantes dans la couleur des écharpes, les marques de scooters ou dans  les prénoms des  problèmes familiaux qui viennent perturber la vie émotive des flics sur la piste du sang frais.
Eh bien,  oubliez tout ça et  mettez votre mouchoir par-dessus en lisant Cadavre d’état. Dans ce roman, l’auteur vous entraîne sur la pente de la contestation, mais l’intelligente, la motivée, enrobée de finesse d’analyse sous ses dehors gesticulants. Il en résulte un roman sans discours gratuits ni politiquement incorrect laborieux et scolaire, ni mal pavé de bonnes intentions. On vous y emmène dans les couloirs du haut pouvoir politique mais vous devrez faire face à une analyse froide du pouvoir et de ses excès, version néolibérale et néo-ripoux, regarder les agissements d’une classe qui se met au-dessus de toutes les autres. Par tous les moyens. La vraie vie, quoi ! Ajoutez à cela un réel ton d’écriture toujours à la limite du sarcasme et de l’exagération, saupoudré d’inventions verbales, un style !… et vous serez à tout jamais pris par ce roman. Un roman qui aurait pu n’être qu’un thriller mécanique de plus, comme tant d’autres publiés ces derniers temps, et qui, sous vos yeux, se transforme en machine lucide et infernale destinée à exterminer tous ces détourneurs de démocratie que sont les politiciens actuels et leurs combines de clans maffieux. Combines souvent mortelles, toujours liberticides et socialement destructrices. Un roman dont certains passages sont d’une lucidité glacée et ironique, comme par exemple page 66 :
« Nuls, inefficaces, incapables de discerner les problèmes, de les poser avec rigueur, d’imaginer une solution, de l’appliquer avec courage et détermination. Et satisfaits d’eux-mêmes, et d’eux seuls. Se bataillant comme des chiots, mais comme eux se pourléchant les uns les autres et ne se plaisant que dans leur engeance, s’amnistiant par avance de tout, responsables de rien, s’étant accordé tous les droits, une fois pour touts, comme phraser à creux, promettre et mentir à tire-larigot, se goberger comme futaille, voler…
Avec pour les bas boulots qui fatiguent, et les combines qui risquent, des tâcherons répartis en partis, syndicats, associations… »
(extrait d’un aparté de la commissaire à propos des politichiens et des ponctionnaires, comme les appelait De Gaulle).

Mais il n’y a pas de vrai vainqueurs dans ce genre d’affrontement, constatation amère qui oblige la commissaire, trop lucide que pour essayer de l’ignorer, à compromettre sa position de justicière pour se transformer en criminelle, voire en meurtrière. Et par là noircir toujours un peu plus sa vie personnelle et remplir d’encore plus de cynisme sa vision de la société organisée.
Cadavre d’état : roman noir mené tambour battant, avec un personnage central de commissaire féminin qui est le contre-pied de toutes les conventions habituellement attachées au « policier hors-normes », un contre-pied dessiné par petites touches, troublant, sans grandes concessions, un personnage plein d’une vraie anarchie face aux abus du pouvoir. Prêt à tout face aux prédateurs. À la recherche d’une certaine justice, basculant parfois dans le dandysme désabusé  et cynique comme dernier refuge.
Suivez l’enquête piégée de bout en bout qu’elle fera sur la mort d’un haut fonctionnaire dont l’image reconstituée  est celle d’un jouisseur cultivé, d’un érudit dont l’intelligence supérieure est phagocytée par les ministres en place pour alimenter et structurer leurs combines. Perdez-vous dans les méandres de ce complot des puissants de la République, mais restez bien dans les pas de la commissaire Le Gall, elle qui vient d’une famille bourgeoise bien placée, car elle  a compris depuis belle lurette la perversion du pouvoir et de ses mécanismes occultes, la comédie de la sécurité à tout prix et les corruptions toujours justifiées par ceux qui les exploitent. Mais tiendra-t-elle la rampe jusqu’au bout, alors qu’on  la pousse sans cesse dans le dos? De plus en plus sèchement…

Dans Cadavre d’état, est-ce la « chance » d’un premier roman inspiré, comme on la rencontre parfois chez certains auteurs sans lendemain ? Nous espérons sincèrement que non et que Claude Marker nous étonnera encore dans ses romans suivants.
L’auteur préfère avancer masqué. Vu l’androgynie du prénom utilisé on ne peut savoir si l’auteur est féminin ou non. Nous avons notre petite idée. Par contre qu’il ait fréquenté ou non les allées du pouvoir nous est indifférent.
Seul compte ce roman que nous ne pouvons que vivement recommander.

  
Douille perdue… et autres fantaisies balistiques

Dans Cadavre d’état, un meurtre discret est opéré à l’aide d’un « Derringer » 2 coups, calibre .41, un seul coup ayant été tiré. On reconnaît là que l’auteur s’est renseigné, car effectivement  un derringer est un type d’arme de poing  facile à cacher, faite pour la défense à très courte distance, et toujours actuellement produite dans divers calibres, dont l’impressionnant .41 (un peu plus de 10 mm) avec  percussion annulaire.
Mais… on nous explique que la douille a disparu, ramassée par un témoin. Aïe !…
Pour rester simple dans son fonctionnement, de très petite taille et fiable, ce genre d’arme n’a jamais de culasse mobile avec éjection automatique de la douille, mais bien des canons multiples (la plupart du temps 2 canons superposés) qui se chargent  d’une balle chacun, par une manœuvre qui « casse » l’arme (un peu comme dans certains fusils de chasse) ce qui permet aussi d’extraire les douilles.
Voyez les photos jointes A et B qui parlent d’elles-mêmes et qui sont représentatives de la plupart de ces « Derringer » modernes (les munitions de la photo ne sont pas du .41). Si certains modèles ont plus de deux coups : on multiplie les canons, tout en gardant le même mode de chargement (et de récupération manuelle des douilles).
Heureusement, l’épisode de la douille n’est d’aucune importance pour l’intrigue du roman.
On regrette simplement le manque de précision du texte.

Derringer moderne - 2 coups Derringer ouvert

Dernière remarque, mineure, concernant la typographie: 11,43 désigne un calibre en mm, donc implique l’usage de la virgule devant les décimales et non d’un point (comme répété souvent dans le texte). Le point ne s’utilise que dans les mesures anglo-saxonnes comme le pouce, d’où par exemple les calibres .45 ou .38 ou .357 indiquant tous des fractions de pouce (inch).


EB  (juillet 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Claude Martker - Cadavre d'état
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 

                                                                                                                                            Autres livres >> 


Mise à jour: 28 juillet 2009
1