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Paris blues    

Maurice Attia 
Babel Noir n°28 - Actes Sud - 2009
 

Après Alger et Marseille, l’inspecteur Paco Martinez se retrouve depuis 1969 en poste à Vincennes, muté à sa demande après le gâchis dans lequel se termine son incursion marseillaise et ses démêlés avec le SAC. Habitant Paris où il ne connaît personne, ce poste  l’isole un peu plus, par son inaction dans ce secteur calme et peu violent, mais aussi parle manque de contacts réels avec ses collègues.
Ce sera donc avec soulagement qu’il accepte, en janvier 1970, d’infiltrer la toute nouvelle université de Vincennes, ouverte à la hâte par le pouvoir face aux revendications gauchistes des jeunes étudiants. Paco doit se mettre à la recherche d’un coupable possible : un projectionniste est mort du venin d’une araignée très rare dans des circonstances assez troubles.
Libre de ses mouvements, il pénètre le milieu estudiantin assez facilement, malgré son âge après s’être s’inscrit aux cours de cinéma. De fil en aiguille il se retrouve dans les milieux de la Gauche Prolétarienne, assez bien représentée parmi les étudiants de ces facultés où ne s’étudient que les beaux arts et l’esthétique.
Rongé par le rejet d’Irène avant d’avoir quitté le sud de la France, la belle Irène, la femme qu’il aime depuis sa vie à Alger,  et hanté par la mort de Koupi, son collègue marseillais, Paco Martinez trimballe un mal de vivre qui ne lui permet plus d’avoir des relations solides avec les femmes qui l’entourent et qui manifestement s’intéressent à lui. Qu’elles soient jeunes ou plus mûres, intellectuelles ou ex-pute. En finale, ce sera avec un officier à la retraite dont il fréquente la fille, un sympathisant OAS, qu’il retrouvera quelques affinités, quelques liens qui pourraient se transformer en amitié réciproque.
Sa vie s’éparpille encore un peu plus lorsqu’il retrouve sa mère en Espagne et reverr Irène qui lui annonce son engagement avec un homme tranquille et sûr, l’antidote parfait à Paco.
Eparpillement présent aussi dans l’annonce de la prochaine destruction des Halles de Paris et le transfert des activités à la périphérie de la ville, la mort d’un quartier très vivant proche du quartier ou réside  Paco. Ratage, dissimulation et émigration perpétuelle qui lui fait quitter les lieux où se déroule sa vie. Depuis la très jeune enfance. Depuis la mort de son père, de sa grand-mère, de ses collègues. L’adieu perpétuel aux personnes qu’il aime...
Mais ce sera peut-être cette fois-ci, alors que le destin s’acharne et détricote sa vie, que celui-ci lui donnera une chance de remise, une échappatoire dans ce le bilan personnel terne et désastreux qu’il trimballe depuis la fin de son Algérie.

Paris blues, troisième et dernier volet de la saga (les deux premiers romans sont commentés dans nos pages),  consacrée à Paco Martinez, nous semble la partie la plus faible de la trilogie, et ce malgré les talents de Maurice Attia qu'on y trouve , comme conteur, comme constructeur de roman (qui ici adopte à nouveau l’enchevêtrement de récits faits à plusieurs voix), comme auteur à l’écriture extrêmement soignée qui se révèle ici encore plus pertinente que dans les tomes précédents.
L’impression de tourner à vide et de se disperser en sous-intrigues est trop forte par moment dans le roman assez long qu'est Paris blues, et elle  empêche d’être sensible à la peinture générale voulue par l’auteur qui nous décrit son contre-héros en pleine crise intime de survie, luttant contre l’éparpillement et l’indifférence.
A lire cependant pour la qualité du texte… et pour conclure la trilogie.

 
 

EB (décembre 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Maurice Attia - Paris blues
 
 






























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Gaufre royale   
 

Max Obione
Éditions Krakoën - 2009
 
 

Avez-vous déjà eu envie d’une gaufre. Vraiment envie ! Et d’une gaufre royale, pardessus le marché, avec le garnissage qui va avec, de chez le meilleur ambulant de la côte… Ah, manger cette royale, avec l’odeur de la mer toute proche en prime… Même si la file d’attente est assez démentielle. Mais, il vous la faut !
Coincé dans la file, Albert Salinas, détective privé de son état, n’en finit pas d’attendre la gaufre tant désirée. Et, durant l’attente, les pensées errantes de Salinas n’en finissent pas de se recentrer sur cette affaire assez extraordinaire.
Lui, Abel, très grand et assez lourd, habitué aux petites combines et au renseignement pépère pour survivre, s’est vu propulser dans une vraie affaire : un avocat à la santé déclinante lui confie une enquête destinée à disculper un condamné pour meurtre qui végète en prison. Le bavard invoque ses remords d’une affaire loupée, d’un innocent condamné. Tordu, mais tellement bien payé ! Abel est convaincu : il remuera ciel et terre pour trouver des pistes.. A force de remuer, le ciel lui tombera sur la tête et des petites mains alliées à des seconds couteaux se sentiront inspirés, côté embrouilles. Abel est dans la mélasse. Une mélasse qui se révèle vite avoir le goût du sang.
Mais il est encore et toujours dans cette maudite file, attendant cette gaufre qui n’arrive pas et le laisse l’eau à la bouche.

Court roman mené tambour battant par Max Obione dont le style fait preuve d’inventions et reste constamment au service de ce récit pince-sans-rire et multi-angles, tout en employant habilement la deuxième personne du présent comme voix narrative pour nous faire part des exploits d’Abel. Le tout avec une bonne dose d’ironie et de pastiche narquois des clichés du privé américain qui se débat au milieu d’ennuis qu’il a cherchés.
A souligner la fin sarcastique, un épilogue  qui singe malicieusement les écrans textes qui concluent beaucoup de films d’action actuels, et dont les deux dernières lignes en constituent l’apothéose.
Roman à tonalité humoristique qui emporte l’adhésion du lecteur tout au long de ses péripéties grâce à une écriture qui fait mouche, à 1000 lieues des formatages actuels.
Faites-vous plaisir : Lisez-le !

Gaufre royale est un roman de 2004, revu et publié par Krakoën en 2009, édition dans laquelle s’ajoute une nouvelle de 2009 d’une trentaine de pages : Marcel Bovary ou L’épreuve par neuf
 

EB  (novembre 2009)
 

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Max Obione - Gaufre royale
 
 




















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L'école des dingues   

(The Crazy School - 2008)

Cornelia Read
Actes Noirs - Actes Sud - 2009

 

On retrouve ici Madeline Dare, principale protagoniste du roman précédant de Cornelia Read  (Champs d’ombres – voir nos commentaires à ce sujet). Si elle a pu quitter Syracuse, cette ville du Nord des USA, terne et ennuyeuse, c’est pour se retrouver, en 1989, sans un coin perdu du Massachussetts pour y exercer la fonction d’enseignante dans un internat huppé pour adolescents difficiles, parfois névrosés et souvent profondément perturbés psychologiquement. Madeline a dû se rabattre sur ce job  peu reluisant, mais assez bien payé car son mari, bricoleur-inventeur a eu des problèmes avec son employeur et se retrouve sans revenus.
Si elle garde son esprit critique, Madeline sent cependant l’emprise du directeur Sanrangelo, fondateur de l’établissement et concepteur de la prise en main psychologique des jeunes, la gagner peu à peu, face au corps enseignant soumis et à des enfants encadrés jours et nuit avec des méthodes souvent proches du lavage de cerveau. Malgré son rapprochement avec l’une des profs, l’estime que semble lui porter le directeur qui serait prêt à la nommer surveillante principale en remplacement de la collaboratrice qui occupe ce poste depuis des années, et qui doit se retirer momentanément, voire définitivement, Madeline sent le malaise grandir dans l’école, de manière sourde mais constante, oppressante, et l’instabilité de la plupart des élèves lui fait craindre un effondrement de certains de ceux-ci.
Lorsque deux adolescents sont retrouvés morts, et qu’on conclut au suicide, Madeline ne peut se résoudre à accepter l’explication, alors que les deux jeunes gens s’aimaient et que ce couple projetaient manifestement de s’enfuir. Même si la jeune fille avait déjà eu par le passé des tentatives d’autodestruction. En fouillant dans le passé des surveillants et de la direction de l’établissement, Madeline trouvera plus qu’elle n’en dmand pour étayer ses soupçons de meurtres. Mais se renseigner au milieu de jeunes atteints psychologiquement et névrosés, avec un corps profesoral la plupart du temps aussi décalé que les pensionnaires, rien n’est vraiment sûr, réalité et confusions mentales se bousculant pour faire un mélange peu fiable. Et qui pourrait être dangereux. Même, et surtout, pour Madeline.

Avec L’école des dingues, Cornelia Read nous livre un roman paradoxal qui semble changer de direction au moins deux fois dans le récit et nuit ainsi à l’unité de l’ensemble, et même à l’ambiance inquiétante et lourde qu’elle réussit très bien à mettre en place dès le début et à maintenir tout au long de la première moitié du roman. Cette première partie, prenante et dont l’écriture soutient avec habileté des intentions proches du suspense psychologique, est vraiment réussie et embarquera le lecteur dans l’angoisse que crée une sensation d’enfermement qui découle directement de la description des dérapages mentaux, tares psychologiques ou manies du secret des personnages mis en scène, alliés au manque de communication réelle entre tous ceux présents dans l’établissement, ou en relation avec celui-ci.
Et… c’est pour se rendre compte que toute cette partie, lue avec intérêt, ne mène vers rien de concret, et, par sa longueur, affecte l’ensemble qui par la suite change de ton (après le « suicide » des adolescents), et s’il instille encore du mystère il n’est plus vraiment oppressant.
Quant à la dernière partie et au dénouement, il nous a semblé assister là- à nouveau- à une autre direction prise par  l’auteur, nous noyant sous les péripéties et les évènements proches du deus ex machina; ceci  pour arriver à une conclusion vraiment en rupture de ton total avec le début du roman, surtout en ce qui concerne le personnage de Madeline.
Dommage que, malgré le réel talent d’écriture de Cornelia Read, ce roman laisse un sentiment d’inaboutissement et de construction en porte-à-faux. D’autre part, on ne parvient pas à vraiment s’inquiéter pour le devenir du personnage de Madeline, et le lecteur ne ressent aucune empathie pour les divers personnages d’adolescents, ou autres, malgré l’excellente peinture faite de ceux-ci. Le paradoxe, encore une fois.

  

EB  (novembre 2009)

(c) Copyright 2009 E.Borgers 

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Cornelia Read - L'école des dingues
 
 



































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Mise à jour: 12 décembre 20009