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Hypothermie  

(Hardskafi -2007)

Arnaldur Indridason
Métailié Noir - Éditions Métailié  - 2010
 

Une fois de plus le commissaire  Erlendur est à la recherche de disparus du passé : deux cas de jeunes adultes disparus qu’il reconstruit à titre quasi privé, à quarante ans de distance. S’il procède discrètement c’est qu’officiellement il s’est chargé de récolter plus de détails sur la vie d’une suicidée trouvée pendue en ce début d’automne dans sa maison d’été proche du lac de Thingvellir. Suicide banal de  cette femme universitaire, semble-t-il, motivé par la perte de parents, une femme apparemment sans problèmes réels, vivant un mariage sans heurts. Cependant Erlendur persiste à ne pas clore le dossier car des éléments irrationnels semblent avoir dirigés les dernières semaines de l’existence de cette femme et certains des détails ne correspondent pas à la psychologie détectable dans le comportement des proches.
Tout en navigant à vue et en reprenant sans cesse les événements des derniers jours de l’existence de la morte, Erlendur est de plus en plus alerté par le fait qu’il pourrait y avoir eu manipulation psychologique, mais toujours sans le moindre indice concret.
Dans ce dernier cas, il se butera également à une énigme du passé liée à l’enfance, qui hantait la suicidée et qu’il ne peut s’empêcher de mettre en parallèle avec ce qu’il recompose de son comportement durant les dernières périodes de sa vie.
Le passé, sources de tous les maux, source des solutions aux diverses quêtes feutrées  menées par Erlendur. Y compris dans celle se son propre passé, de la perte de son petit frère dans une terrible tempête de neige, au cœur de l’hiver islandais…

Arnaldur Indridason, par rapport à ses romans précédents, ne renouvelle en rien les intrigues qu’il développe dans Hypothermie, et la minceur de l’enquête principale sur la suicidée le pousse au remplissage par le biais d’épisodes longuets consacrés à sa fille, Eva Lind, enfin stabilisée, sortie de la drogue, et  qui se rapproche de lui mais voudrait qu’il rencontre sa mère, l’ex-femme d’Erlendur. Beaucoup moins présents sont les proches collègues du commissaire, ce qui est sans doute la conséquence de la seconde histoire que contient le roman, la recherche en parallèle sur les deux disparitions vieilles de quarante ans
Les obsessions d’Erlandur  et son tempérament renfermé ont étés mis en avant dans tous les romans et on se demande pourquoi ils devaient être traités ici avec autant d’insistance ?
La matière du roman aurait pu faire une excellente « novella » (court roman - très longue nouvelle), alors qu’ici on a constamment l’impression d’assister à du remplissage de la part de l’auteur et à la dilution de l’ensemble qui ne trouve une cohérence que par le traitement inlassable du passé, poussé à l’obsession. On ne peut pas dire que c’est éclairant ou utile par rapport au personnage d’Erlandur, un rappel moins appuyé  aurait été largement suffisant, même pour les nouveaux lecteurs !
Le talent de conteur d’histoires d’Indridason reste présent, heureusement, mais il ne parvient pas à créer une cohérence suffisante au long des 300 pages de Hypothermie et on a l’impression d’assister à une suite de brefs récits (intéressants et bien construits) qui ne parviennent pas à former un ensemble convaincant.

A titre personnel je dirais que l’usure de la formule Erlendur commence à apparaître et même qu’on voit les coutures…
Sixième roman de la série à être traduit en français, il est en fait le huitième en islandais, et le dixième est déjà annoncé. Indridason a même déclaré qu’il y en aura plus de dix. Pourquoi lâcher une équipe gagnante, puisque la saga du commissaire semble être « vendeuse »… On risque cependant de tout voir basculer dans le formatage, subtil et de bon ton sans doute, mais formatage. Les qualités d’écriture d’Indridason mériteraient mieux. 

EB (janvier 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Arnaldur Indridason - Hypothermie
 
 






















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Le baiser de l'ombre  

 

Paul Colize
Éditions Krakoen - 2010

 
 

Le nouveau roman de Paul Colize joue la carte du thriller soft, ombré de noir léger, dans une histoire cosmopolite de magouilles dans le milieu du commerce  des œuvres d’art en Europe.
Avec un enquêteur  malgré lui, Antoine Lagarde, propriétaire d’une firme de consultance pour managers de haut niveau et qui n’a pas trop mal réussi dans ce monde formaté de l’apparence et de l’évidence proposée en dogmes. C’est cet Antoine  qui se voit propulsé dans une mystérieuse affaire débutant par un meurtre, celui de cet homme qu’il voyait comme son futur beau-père. Car Antoine est amoureux fou d’Ava, la fille du trucidé, personnage réputé, auteur et metteur en scène fortuné et grand amateur de peinture. Très vite, une petite toile qui ornait le salon, lieu du meurtre, va devenir le centre d’intérêt d’Antoine et certainement de ceux qui sont derrière ce meurtre, puisque de plus en plus la police songe à un vol organisé d’œuvres d’art qui aurait mal tourné. Mais pourquoi cet intérêt des malfaiteurs pour la petite toile de Carl Moll, des dahlias, dont la cote et la réputation ne justifient certainement pas des manœuvres aussi risquées pour se l’approprier.

Antoine, souvent superficiel mais bon observateur de la nature humaine, va être mêlé de plus près qu’il ne le souhaiterait à ce qui commence à ressembler à une manipulation destinée à masquer la vente illicite d’une œuvre inestimable : une peinture perdue de Gustav Klimt.
Soupçonné par la police car, voulant garder l’amitié d’Ava, Antoine s’est mis en tête de découvrir le motif et ceux qui ont monté ce scénario mêlant de intimidation,  chantage et meurtre, le tout sur fond de centaines de millions d’euros que pourraient leur rapporter la combine. Mais quelle combine ? Et pourquoi essaye-t-on de le tuer ?
Beaucoup de questions pour Antoine, questions dont les réponses semblent être liées au milieu des privilégiés et des marchands-intermédiaires de haut-vol ; heureusement, grâce à sa profession, Antoine Lagarde a l’habitude de fréquenter le  monde de l’argent, des entreprises et des vraies fortunes. Lui, le beau gosse qui plaît aux femmes qui succombent …et qui en redemandent, a un gros problème : cet amour pour une Ava qui le méprise. Ah, oui, il y a aussi son petit problème sexuel : il est de plus en plus souvent impuissant,  surtout face à Ava.
Pris dans l’engrenage, il n’a plus d’autre perspective que de continuer ses recherches, coûte que coûte, de courir comme un rat de labo dans un labyrinthe. Mais courir et s’agiter, Antoine il connaît. C’est toute sa vie professionnelle, tiraillé entre  ses bureaux de Paris, Genève et Bruxelles. Suffit d’étende un peu les itinéraires. Et d’essayer de rester vivant.

Le ton du roman, s’il reste léger, sert parfaitement l’ambiance voulue par l’auteur : un mélange de pastiche de whodunit feutré, de violence souvent mouchetée par des revirements de péripéties, le tout avec une touche de narquois et d’humour pince-sans-rire. A cela s’ajoute le très agréable style ciselé et concis de l’auteur qui nous déroule son récit sans qu’on ait envie de le quitter, parsemé de remarques assassines et de phrases moins innocentes qu’il n’y paraît.
Entrelacé avec les avatars d’Antoine  Lagarde, qu’on nous dit faire partie d’une trilogie à compléter, plusieurs chapitres sont consacrés à quelques épisodes de la vie de peintres viennois de l’école de l’Art Nouveau, et d’Alma Mahler, sorte de muse fatale qui épousait large, riche et célèbre, et qui termina sa vie à un âge canonique exerçant le « métier » de veuve dans le luxe et la discrétion. Cette incursion dans le milieu interlope des beaux arts européens de la première moitié du 20e s. et, par la suite, dans le cheminement commercial de certaines œuvres qui en étaient issues, semble avoir captivé Paul Colize dont on sent l’intérêt réel pour ces péripéties artistiques, tout en réussissant a y intéresser le lecteur dans les chapitres dédiés qui émaillent le roman.

Offez-vous des vacances : lisez Le baiser de l’ombre. Vous serez en très bonne compagnie…

Les peintres 
Carl Moll (même branche de l’Art Nouveau que Gustav Klimt)- exemples de peintures, principalemnt des paysages  http://www.gailsauter.com/a-painter-on-painting/2009/12/21/carl-moll.html  

 ou ce portrait  http://www.kueste.de/eurobohr/carl-moll-gr.jpg

Gustav Klimt : article bien documenté de Wikipédia, avec de nombreuses illustrations, notamment de son fameux tableau au style maniéré : Le baiser     http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Klim
 

EB  (février 2010)  

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Paul Colize - Le baiser de l'ombre
 
 







































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Underworld USA   

(Blood's A Rover  - 2009)

James Ellroy
rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2010

Ce troisième et dernier volume de la trilogie que Ellroy consacra à une période du 20e s. où la contagion politico-mafieuse qui sévit dans son pays atteint des sommets de collusions, avec l’argent sale, l’usage de truands, les corruptions policières et l’assassinat politique comme denrées quotidiennes.  Sans oublier un racisme primaire alimenté par un patriotisme de pacotille manipulant tout ce qui se positionne à l’extrême droite pour exercer les pressions et les violences que de multiples autorités américaines suscitent et couvrent. Y compris le FBI, y compris les partis politiques, y compris les autorités locales et la police.
Dans un pays qui se situe lui-même à la droite de Dieu. Dans un pays où la lutte pour les pouvoirs ne fait pas de prisonniers. Dans un pays qui a définitivement perdu son innocence un jour de novembre, à Dallas, en 1963.

Underworld USA porte le titre original de « Blood’s A Rover », phrase  extraite d’un poème  de A.E.Housman  qu’on peut traduire par : le sang est un errant (il vagabonde), et couvre la période allant de juin 1968 à mai 1972, démarrant juste après l’assassinat de Martin Luther King, leader noir des libertés civiles, le 4 avril 1968 à Memphis, se terminant en 1972 à un mois du scandale du Watergate qui mènera à l’éviction de Richard Nixon de la présidence des USA.
Ce gros roman de 840 pages est présenté comme un dossier, fruit de la recherche patiente au long des années d’un enquêteur professionnel, très doué, virtuose de la prise de son clandestine,  le jeune Don Crutchfield dit Crutch, à la fois protagoniste et en partie témoin des intrigues politiques et personnelles qui prirent place autour de lui et deux autres personnages-clé : le solitaire et dangereux Wayne Tedrow, chimiste, ancien flic, pourvoyeur de drogue dans divers complots et affaires de corruption, travaillant pour la Mafia qui gère Las Vegas,  soupçonné d’avoir tué son père, attiré par les femmes mûres, et, à sa manière, fidèle à ceux qu’il accepte dans son cercle rapproché ; l’autre personnage, Dwight Holly, 52 ans, froid, calculateur et méthodique est un des assistants directs de Edgar Hoover, patron despote alors septuagénaire  malade régnant depuis des décennies sur le FBI, et son bras occulte dans des complots politiques mis sur pied pour le compte du directeur de la FBI.
Le chassé-croisé de ces trois personnages résultera des divers magouilles et crimes auxquels ils prêtent main,  et pour lesquels conspirations et trahisons sont monnaie courante.
Dans cette Amérique des mouvements étudiants, noirs et anti-guerre, les courants racistes et anti-rouges vont s’en donner à cœur joie, avivant les haines primaires  et les chasses aux sorcières, avec la bénédiction et le support actif du gouvernement.
Et, comme si l’horreur n’était pas à son comble, les arrière-faits d’un hold-up sanglant datant de 1964 referont surface en force déchaînant une barbarie sans fin dans l’espoir de découvrir ce qui reste des émeraudes et des dizaines de million de dollars disparus.

Les destins de Dwight, Waine et Don les feront rencontrer  tour à tour des femmes emblématiques, passionnées et motivées, toutes à des années lumières de la femme stéréotypée des magazines en vogue, mais tous seront surtout fascinés par la mystérieuse Joan, passionaria de gauche, méthodique et efficace, partisane de l’action directe, insaisissable. Femme envoutante et mythique qui finira par prendre une place prépondérante dans la vie des trois protagonistes.
C’est aussi la période où la Mafia ayant perdu ses biens et ses casinos à Cuba depuis la prise de pouvoir de Fidel Castro, essaye de s’implanter avec argent, corruptions, armes et bagages dans la République Dominicaine, sous l’oeil bienveillant du gouvernement américain.
Le tueur, ancien mercenaire, Jean-Philippe Mesplède, français d’origine corse, un personnage issu du volume précédent de la trilogie,  sera appelé à la rescousse par la Mafia et sera la cheville ouvrière dans les sabotages politiques et dans leur manœuvre des Caraïbes
Une manœuvre dans laquelle sera aussi  fortement impliqué Dwight et au cours de laquelle il trouvera son chemin de Damas au milieu de l’horreur, des massacres et de la drogue.

Roman du complot et de la corruption érigés en système, Underworld USA est aussi celui de la vie privée des acteurs directs de cette mouvance underground, souterraine et dangereuse.  Des vies qui, dans le cas des protagonistes, sont toutes aussi souterraines, dissimulées, souvent contraire aux apparences. Des destins qui répondent en écho à ce que nous décrit Ellroy : le dessous des cartes politiques, un pouvoir aux mains de l’argent et du crime par marionnettes politiques interposées, dans des actions souterraines sans règles, sans morale, antisociales, prédatrices et meurtrières. Poussant ses recherches, l’auteur nous plonge en parallèle au cœur de l’affectif de ces personnages troublés, un affectif bridé et refoulé qui peut, le cas échéant, être libéré par la passion : leurs restes d’humanité.
Tout le roman, plongé dans le bain destructeur et mortel des manipulations, met en scène Edgar Hoover le totalitariste,  Richard Nixon l’arriviste,  les boss historiques  de la Mafia, le milliardaire Howard Hugues et ses paranoïas de détraqué mental, avec un lien constant : l’argent ; évocation de périodes troublées, ponctuées de destructions civiles, de racisme meurtrier, et de déni du citoyen, reflets des maladies profondes de cette démocratie américaine qui dans la réalité secrète des monstres tout en restant  prête à donner des leçons à tout le monde. Contre facture.

Roman maelstrom, Underworld USA  est fait de morceaux très divers : rapports du FBI, journaux intimes, articles de presse, transcription d’écoutes, récits de protagonistes, progressions romanesques écrites à la troisième personne, chaque morceau étant daté et situé géographiquement. Les cassures, changement de ton et hiatus se succèdent à une cadence soutenue avec, en permanence, la prose évocatrice, rigoureuse et terriblement efficace du Grand James. Un rapport d’autopsie du rêve américain révélant les lèpres successives qui le rongent, fruit des écarts morbides des représentants d’un système mis en place qui n’avance pas à visage découvert, qui ne peut que chercher l’ombre propice à tous les méfaits et à sa survie.
Il est dommage que le traducteur n’ai pas mieux pu transcrire l’effet obtenu par ce mélange d’américain familier (colloquial) et d’argot de groupes sociaux qui émaille une très grande partie du texte original. Nous sommes très conscient de la difficulté, mais  l’imprécision choisie entraîne souvent des glissements de ton, et parfois d’intention.
Cependant, soulignons-le, le texte français constitue une version honorable, loin d’être maltraitée.

Comme d’habitude, ce roman va être mal compris des détracteurs d’Ellroy, et sans doute encore plus que d’habitude, vu les types de milieux dévoyés crûment évoqués dans ce long texte, et il sera dénaturé par ceux qui confondent ce que cet auteur écrit et met dans la bouche de ces personnages avec ce qu’il pense en temps qu’individu. Pourquoi alors s’étonner du cirque médiatique dont est capable un Ellroy interrogé par les chantres du superficiel, du people chaud, qui ne l’ont même pas lu et qui le présentent en caricature grotesque pour poser en agent provocateur à deux balles. Il les sent, il les repère  et… il grimpe sur les tables en faisant des grimaces horriblestout en proférant insanités et discours politique expressément ultra conservateur. Les étroits d’esprit en ont pour leur argent… La monnaie de leur pièce.
Et ils passeront une fois de plus à côté d’un des auteurs les plus aboutis que nous a donné le roman noir américain, un auteur dont la prose sert admirablement ses sujets et dont le style colle aux univers décrits dans ses fictions. Des univers qui se visitent de l’intérieur, y compris leurs entrailles nauséabondes, sans compromis, sans répit…  jusqu’au bout de la nuit. A vos risques et périls.

Résistez aux voix des Ayatollahs de la littérature qui sévissent partout dans l’Hexagone et ailleurs. Ne vous privez pas à cause d’eux d’une radioscopie de nos sociétés  faite à la lance de grenaillage quand c’est Ellroy qui donne la cadence, et l’angle d’attaque.

Lisez James Ellroy, un des grands auteurs contemporains de la littérature de fiction.

La trilogie (ou American Imbroglio…)

A l’origine, le titre général donné à la trilogie en anglais est  « Underworls USA », et les romans originaux seront, dans l’ordre :
-American Tabloid (1995)
-The Cold Six Thousands (2001)
-Blood’s  A Rover (2009)

En ce qui concerne la traduction française, elle garda le titre américain pour le premier volume traduit, puis annonça qu’elle garderait le mot ‘american’ dans les titres suivants, pour créer un lien. Le troisième volume a dû poser problèmes à l’éditeur français, car si USA évoque bien l’Amérique, on a quitté le qualificatif des précédents et le titre de ce volume devient, en France : Underworld USA.
Pour les traductions françaises on a donc, dans l’ordre, les titres suivants :
American Tabloid (1995)
American Death Trip (2001)
Underworld USA (2010)

Curiosité : « Underworld USA » est le titre d’un très bon film noir (1961)  de Samuel Fuller, également auteur du scénario.

Rappelons que le troisième volume avait été annoncé avec le titre original de « Police Gazette », et en français on parlait alors de : American Madness, peu après la sortie du second volet. La réalité se révèle donc différente
Etant donné le décalage de plus de huit années, entre volumes 2 et 3, on comprend qu’Ellroy a pu changer quelques fois son choix.

 
EB  (février 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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James Ellroy - Underworld USA
 
 
































Listes livres
 


ELLROY 

dans POLAR NOIR 

« Brest Confidential » compte-rendu d’une visite en 2001 de James Ellroy + petit dossier

« James Ellroy » interview de fin 2004 où l’auteur nous parle en détails  de ses nouvelles récemment publiées mais aussi de l’avancement de la trilogie et de ses projets futurs

« American Dog »
Un compte-rendu détaillé à propos d’un intéressant documentaire (DVD de 2006) sur Ellroy à Los Angeles

Dans notre
chapitre Livres
, des comptes-rendus sur deux recueils de nouvelles et sur un ouvrage collectif consacré à l’auteur et son œuvre

 



 
Coco Givrée  
 

Nadine Monfils 
Belfond - 2010
 
 

Une fois encore, Nadine Monfils nous entraîne dans son monde onirique peuplé de vieilles dames indignes et bien décidées à le rester, d’animaux familiers aux pouvoirs étranges, de tueurs fous, le tout sur fond d’humour noir avec des traces indélébiles de kitsch populiste et de belgitude d’en bas. Le tableau ne serait pas complet sans mentionner les scènes d’horreur avec mutilations diverses et transgressions de tabous multiples et variés qui parsèment le récit, résultats de télescopages entre les divers personnages réunis dans un monde réagissant selon ses propres  règles, un univers à la fois fermé et sans limites. En plein délire.

Dans Coco givrée l’inspecteur Lynch et son collègue Barn sont lancés sur les pistes pas très fraîches de disparitions de jeunes filles dans les environs de Pandore, toutes ayant eu lieu durant la fête des bonhommes de neige, sur une route accidentée à la réputation d’être hantée...  Pandore, qui célèbre René Magritte dans ses noms de rues ou de parc, se verra confrontée à des tableaux « vivants » évoquant des toiles du grand peintre surréaliste belge, à un détail près : ils incorporent des restes humains. Si les policiers sont persuadés qu’il doit s’agir d’un tueur en série, ils ne savent pas trop par quel bout commencer les investigations, malgré l’aide de Nicki la profileuse qui parle à ses animaux en peluche.
Un malheur ne venant jamais seul, Coco, pute au grand cœur, amie de Lynch et Barn, vient se réfugier chez ce dernier avec armes et bagages et de très fortes envies d’embourgeoisement !
Barn, le pauvre, qui vivait si tranquille, seul avec son chat. Avec Coco chez lui, sa vie domestique va vite se transformer en champ de bataille miné, au cauchemar familial intégral. Pour son chat et lui.
Il y a aussi ce clochard amnésique qui va essayer de retrouver ses origines et son rapport avec une des jeunes filles disparues il y a des années et va se retrouver homme à tout faire dans une grande propriété où végète les restes d’une famille plus que dysfonctionnelle mais qui est liée à la disparue par des liens mystérieux et obscurs.
Mais dans l’ombre, un ou plusieurs tueurs continuent leurs œuvres, et la récolte de têtes coupées et de restes humains bas son plein à Pandore….
Si seulement Lynch avait écouté Téquila sa chienne, celle qui aime boire un petit coup, on aurait pu éviter bien des tracas. A commencer par la mise en danger de son maître qui va devoir flirter d'un peu trop près avec la mort.

On retrouve avec plaisir dans ce roman, sur lequel plane l’ombre de Magritte et de ses obsessions, les personnages principaux, les deux flics atypiques et la profileuse, qui nous ont déjà guidés dans deux ouvrages précédents de Nadine Monfils, sans oublier la chienne Téquila, poivrote et clairvoyante (voir  Babylone Dream et Téquila frappée – commentés dans nos pages ) ainsi que Pandore, ville où tout peut arriver dans un décors à la Peynet en perpétuelle évolution, ici mâtiné de Magritte, un décors dont le destin est de virer vite au macabre insolite.
Conte à rebours, Coco givrée joue avec les codes du monde de l’enfance en les retournant comme de vieilles socquettes blanches de petites filles et en y insérant de force l’horreur, le crime et un univers d'adultes revu à l’ironie faussement angélique. Le tout raconté avec le style primesautier et coulant de source, faussement patelin, caractéristique de l’auteure.
Humour, non-sens, un brin de surréalisme et fantasmes permanents seront requis de la part du lecteur s’il veut explorer le monde de Nadine Monfils. Et en ressortir indemne…

 

EB  (février 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Nadine Monfils - Coco givrée
 
 



































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Mise à jour: 3 mars  2010