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Babylone Vegas   

(Lluvia de niquel - 2004)

José Luis Muñoz
Actes Noirs - Actes Sud -  2010
 

Mike Demon, représentant en assurances agricoles, arpente l’Ouest américain depuis des années, trop d’années. Au volant de sa vieille Taurus, il s’escrime à trouver des clients de la Californie au Nevada, quand ce n’est pas l’Arizona. Et l’été il fait chaud, beaucoup trop chaud, au volant de cette bagnole. 
La poisse voudra que  le climatiseur ne refroidisse plus rien dans son tas de ferrailles.
Sans le choix, Mike va chercher un garage dans la première ville venue, ce qui lui permettra de quitter l’autoroute surchauffée et de se reposer. Première ville venue, c’est… Las Vegas.
La poisse s’acharnera : le garage n’a pas la pièce, le modèle est trop vieux, faudra attendre au moins deux jours !  Deux jours à Vegas, Sin City, la Babylone du puritanisme américain où tout s’achète, où aucun vice ne reste non comblé. Où beaucoup jouent leur vie dans les machines, à la roulette, au blackjack. Seuls les noms changent, le résultat est toujours le même : vous perdrez. Votre argent, vos économies, votre futur. Seuls les chanceux n’y perdent pas la vie…
Mike n’a pas  de problème pour trouver un hôtel dans cette ville où on vous jette les séjours à la tête, à des prix bas défiant le raisonnable, surtout en semaine. Mike se laissera donc lentement glisser dans cette vie facile et bon-marché, ce qui le poussera de plus en plus vers l’ennui car, s’il est fort actif côté dames, le délai du garage ne fait que s’allonger. D’abord mollement, puis avec plus d’attention, Mike va taquiner le bandit-manchot, sans beaucoup de succès évidemment. Mais au fil des jours, un intérêt fébrile pour le jeu le poussera à passer de plus en plus d’heures dans les salles de jeu, dans son hôtel-casino au décor débile, mais aussi dans d’autres hauts-lieux des pertes programmées de l’arnaque légalisée.
S’enfonçant de plus en plus dans l’enfer du jeu, il deviendra cependant moins solitaire, mais plus vulnérable, côtoyant maintenant de près tous ces personnages à la vie tronquée, ces dogués du jeu avec leurs manies, leurs obsessions et leur absence de sens moral.
Lui, Mike, dont le père rigoriste et religieux, était en fait un joueur compulsif qui s’était donné la mort pour mettre le point final à ses responsabilités. Et à ses dettes insurmontables…
S’enfonçant de plus en plus dans la géhenne du joueur incurable, Mike ne parviendra  même plus à s’accrocher à l’exemple du père, et se lancera sur la voie de la débauche, du vol et de la folie fiévreuse. Même l’alcoolisme réel ne l’a pas épargné… au royaume de la boisson distribuée gratuitement aux joueurs.
Un itinéraire survolté qui ne pourra que le mettre face à l’horreur primale, les derniers tests : le meurtre et la mort.

Dans un récit qui dès le début capte le lecteur par l’écriture puissante de l’auteur,
l’Espagnol José Luis Muñoz nous raconte l’itinéraire de son personnage central dans le ventre de la bête, dévoré par la passion du jeu, un Mike Demon qui finalement sera prêt à toutes les turpitudes et à tous les mauvais coups pour assouvir cette passion destructrice. Si on suit Mike dans cet univers aseptisé et millimétré qui est celui du jeu en casino à Las Vegas, on assiste surtout au combat perdu d’avance, du peu d’humanité résiduelle de ce personnage face au Mal. Car il est certain que le manichéisme présent dans le roman est voulu par l’auteur, qui non seulement veut nous faire assister à la déchéance provoquée par le jeu-passion, mais aussi à la matérialisation du Mal destructeur, ce Mal hébergé et domestiqué par le marketing et les financiers troubles  des places de jeu. Dans Las Vegas, cette Babylone  moderne, poussant comme un chancre au flanc de cette Amérique puritaine et moralisatrice.

Babylone Vegas : Un parcours sans rémission, qui aboutit dans le cauchemar éveillé des derniers chapitres qui nous décrivent la déchéance hallucinée de Mike, le tout raconté avec force  grâce à la qualité du style de José Luis Muñoz. Un parcours sans pardon, dans la plus pure des traditions protestantes liées à la destinée des êtres décidée originellement par la divinité. Sans recours ni rédemption. Une tradition tellement en faveur aux USA…

 
EB (juillet 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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José Luis Muñoz - Babylone Vegas
 
 

























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Soupe tonkinoise   
 

Jan Thirion
Collection noire d'Histoire - Éditions tme - 2010

 
 

Dans cette collection « noire d’Histoire », les éditions tme s’attaquent à la publication de romans policiers et noirs francophones,  à cadre historique défini. Le roman de Jan Thirion, Soupe tonkinoise, trouve sa veine historique dans un passé encore proche : celui de l’Indochine française de 1910. L’intrigue et les personnages évoluent principalement à Hanoi, cette ville française du Nord de ce vaste territoire « administré » par la France et son armée, dans la région appelée Tonkin. C’est d’ailleurs au cœur de cette ville que démarre l’intrigue à tonalité macabre du roman, par la disparition d’un lieutenant français de la coloniale. Discrétion, tel est le seul mot d’ordre que recevra Héli Auguste Thirion, ex-gendarme, sous-off  à la section sécurité d’une unité d’intendance , un ordre du colonel Manchecol haut gradé qui le charge de faire une enquête pour retrouver l’officier.
Dès le début de ses recherches, Héli se retrouvera au milieu d’intrigues mondaino-militaires, et croisera les traces de témoins de divers meurtres sanguinaires qui touchent tous des autochtones, subalternes ou serviteurs. Jusqu’à ce qu’on retrouve des officiers français assassinés dans des circonstances sanglantes et spectaculaires, déclenchant panique et représailles. Cette confusion croissante qui semble toucher de près l’armée casernée à Hanoi, fera que le commandement retirera l’affaire des disparitions des mains de Héli, sous-off réputé pour sa constance, son flair et son obstination. Vraisemblablement trop curieux.
Et, comme si les problèmes de Héli ne le mettaient pas assez en danger, il se paye un semblant d’idylle avec une jolie française, épouse d’un haut-gradé. Et lui, le célibataire endurci apparemment rétif à toute liaison, se sent tomber avec délice dans les pièges de la passion.
Pendant ce temps, s’allonge cette liste de jeunes femmes indigènes sauvagement décapitées, assassinées dans tous les coins de Hanoi ; une majorité de filles de joie parmi ces victimes qu’on retrouve jusqu’au pied de bordels civils tenus par les Annamites.
La puanteur de Hanoi atteint des sommets, au cœur d’une épidémie de choléra, dans des rues de plus en plus fréquentées par la mort. Dans cette ville déjà hantée par la misère, le désespoir et la folie haineuse…

Avec un texte au ton incisif et impressionniste à la fois, Jan Thirion nous plonge brutalement dans le temps des colonies, version asiatique et moite, dans cette Indochine française, perpétuellement insoumise, pressurée par la mission civilisatrice des européens qui s’y installèrent, avec des populations locales au carrefour des cruautés de deux mondes.
Ce n’est pas par hasard, nous semble-t-il, que l’auteur a choisi le cadre de l’armée française de 1910, cette armée de conquête et d’occupation des vastes territoires de l’Indochine, pour y placer le centre de son intrigue, renforçant ainsi le tableau de l’exploitation de l’homme que véhicule le roman. Exploitation coloniale évidente, qui ne demande pas d’être soulignée, et exploitation des soldats par le patriotisme ou l’autorité brutale, écho de la première, les deux émanant des mêmes abus : ceux des privilèges de classes et de la recherche du pouvoir.
Décrite sobrement et en nuances discrètes, l’ambiance au cœur de cette armée captera le lecteur par son sobre réalisme tout en évitant le manichéisme, quel que soit le point d’observation. Le personnage central de l’enquêteur, basé sur un ancêtre de l’auteur (Héli Auguste Thirion), est d’ailleurs loin du héros inflexible, exhibe ses faiblesses, et même s’il est ptésenté comme atypique, réagit en homme de son temps, l’auteur ayant évité d’introduire des grossières erreurs de jugement social ou éthique dans le comportement de ses personnages, erreurs qui sont des décalques du conformisme contemporain, et souvent inappropriés (… et trop souvent rencontrées dans les romans historiques).
Si l’enquête et les recherches de Héli passent par des intrigues de roman-feuilleton, elles mettent surtout en relief un univers où tout le monde manipule tout le monde, tout en abritant quelques touches d’humour noir et une ironie certaine. Mais Soupe tonkinoise est avant tout le roman de la pourriture et de la décomposition.  Effluves omniprésentes  dont les relents sont en permanence dans le compte-rendu qu’il nous fait du monde cruel des hommes de l’Indochine, qu’ils soient jaunes ou blancs. En 1910, sous le soleil triste des tropiques humides…

Insidieux, concis et d’une poésie noire dans ses moments forts, Soupe tonkinoise captivera le lecteur par l’ambiance créée par le style distancié de l’écriture de Jan Thirion.
Avec ce roman, l’auteur nous sert une soupe froide et amère. Mettez-vous à table, vous vous régalerez…

  

EB  (juillet 2010)  

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Jan Thirion - Soupe Tonkinoise
 
 







































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No country for Old Men -
Non, ce n'est pas pour le vieil homme  

(No Country for Old Men  - 2005)

Cormac McCarthy
Ponts n° 1829 - Éditions du Seuil  -  2010
(publié en 2006 par les Éditions de l'Olivier)

 
Dans le Texas profond, dans une région de désert rocailleux non loin du Mexique, a eu lieu un règlement de compte entre gros trafiquants de drogue, un endroit que découvre Moss par hasard, lui qui pistait simplement du gibier. Tous morts, ou presque, et un tas de fric dans un sac. Pour Moss c’est inespéré, lui qui tire le diable par tous les bouts de la queue, enfin un ticket direct pour quitter la misère sans retour.
Mais c’est sans compter sut l’acharnement des trafiquants qui non seulement ont perdu leur chargement, mais aussi le tas de pognon de la transaction. Un acharnement froid et calculateur, mortel.
Un tueur psychopathe à l’instinct de chasseur et aux obsessions morbides sera lâché sur les traces de Moss. Un seul but : le tuer et récupérer la fortune qui semble se balader un peu partout depuis que Moss a pris le large sans sa compagne.
Si la police est aussi à leurs trousses c’est surtout dû à la traînée de cadavres que le psycho laisse derrière lui, ratant Moss de peu. Et on comprend que les divers corps de police pédalent ferme dans la boue : la plupart des meurtres sont commis àl’aide d’un pistolet d’abattoir à air comprimé, ne laissant aucun indice exploitable…
En parallèle, le shérif  Bell, flic de la vieille école, proche de la retraite, élu dans son district texan  depuis presque trente ans, respecté et efficace, suit les pistes à sa manière, espérant éviter le pire à Moss et espérant coincer les tueurs affikliés narcotrafiquants. S’il est aussi perdu que les autres sur les pistes sanglantes de massacres n’ayant à première vue aucun rapport entre eux, Bell s’accroche cependant au moindre détail et à la moindre aide qu’il peut glaner chez ses collègues d’autres districts, avec un acharnement sans relâche. Une quête au travers du Texas, dans une Amérique qu’il ne comprend plus, une quête qui le met face à lui-même dans un rôle dont il ne perçoit plus la nécessité par rapport à la société qui l’entoure, un rôle qu’il ne peut plus que concevoir que par nécessité personnelle, motivé par ses propres exigences de justice et de paix. Cette paix dont son pays et ses habitants  ne semblent plus comprendre la nécessité. Un pays où les vieux sont exclus d’office.

Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, roman faussement transparent,  nous emporte dans un tourbillon de violences dont les USA semblent avoir le secret, et qui, sous la plume sèche et tranchante de Cormac McCarthy, nous est restitué avec un réalisme cru et sanglant. Les armes, diverses et mortelles, y  sont omniprésentes, crachant mort et désolation, comme dans un condensé de faits dives quotidiens made in USA. Et c’est dans ces cercles de l’enfer, dédramatisés par le ton froid du récit, que le vieillissant shérif Bell essayera de trouver un sens à sa vie, à sa fonction de flic. Une quête qui tourne à l’errance, dans une Amérique de la fin des années 80 qu’il ne reconnaît plus, faite de violences aveugles constantes, d’absence d’éthique sociale et de confusion des valeurs. Une quête qui passe sur la tombe du rêve américain, ce rêve qui promettait décence et paix aux  hommes de bonne volonté décidés et confiants dans l’avenir… Un rêve dont il ne reste que des formes dévoyées de la recherche dubien-être, ou la perversion de la puissance qui se veut absolue, qui ne s’exprime plus que par l’abus et le meurtre.
Violent, symbolique, existentiel, et cadencé par les méditations pessimistes du shérif Bell, homme vieilli usé par un monde qu’il ne comprend plus, le roman de McCarthy fait le bilan d’une Amérique à l’innocence perdue, en roue libre vers le néant, seulement capable de générer de plus en plus de violence aveugle et sanguinaire.
En guerre avec tout le monde, même pas en paix avec elle-même…
Recommandé.

 
Note concernant le traducteur (et les armes à feu)
On soulignera que François Hirsch, traducteur de la présente version de « No Country for Old Men », a fourni un texte français de grande qualité, respectueux de l’original.
On lui est aussi redevable de la justesse du vocabulaire français utilisé pour la description, dénomination et énumération des diverses armes à feu et leur pièces constitutives, présentes en quantité et diversité dans le texte de McCarthy.
Que le lecteur ne prenne pas cela pour de la coquetterie ou du pédantisme : il s’agit d’un aspect qui a son importance dans ce roman ; l’abondance d’armes automatiques et semi-automatiques, de tous calibres et souvent capables de cadences de tir d’armes de guerre, présents dans le récit, sert d’illustration de cette violence américaine faite d’armes à feu et du « droit » qu’a le citoyen d’en posséder autant qu’il le souhaite. Et de la facilité de s’en procurer. Mais dans le roman, l’auteur en fait  une illustration froide,  quasi clinique par le vocabulaire précis utilisé ; d’où l’importance du détail qui les caractérise et la précision de leur appellation, véritable labels sinistres de leur dangerosité sanglante. 
François Hirsch l’a bien compris, et bien que hors de ses compétences normales, il a fait les recherches nécessaires sur ces armes et a consulté des spécialistes ; travail précis qui est tout à son honneur et qui sert le texte.
Certains traducteurs de littérature noire policière feraient bien de s’inspirer de son exemple, ce qui leur permettrait d’éviter le ridicule et le contresens dans des descriptions d’armes à feu bien plus basiques que celles utilisées par McCarthy dans son roman

 
EB  (juillet 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Cormac McCarthy - No Country for Old Men
 
 
































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Combats de coqs  
 
(Cockfighter - 1972) 

Charles Willeford 
Rivages / noirs  n° 492 - Éditions Payot & Rivages - 2003
 
 

Roman atypique d’un romancier américain tout aussi atypique par sa bibliographie, qui va, en dehors de formidables romans noirs, du récit autobiographique à la très confidentielles vie des cancrelats quand ce ne sont pas les affres des victimes d’hémorroïdes publiés en tirages limités, Combats de coqs ("Codkfighter",  publié en 1962)  nous apprend tout, ou presque, sur les combats de coqs. Des combats qui, à l’époque, étaient toujours légaux en Floride. Mais qu’on ne se méprenne pas, il s’agit bien d’un roman et d’emblée s’il faut admettre que ce n’est pas tout à fait un roman noir, ce livre de Charles Willeford appartient bien à la lignée de la fiction hard-boiled, ne fut-ce que par la vie et le destin de ces coqs de combat et le sort que leur réserve leurs entraîneurs, ceux-là qui invitent  la mort à chaque pas de leur existence. Un monde violent, qui a ses règles strictes, mais où il n’y a qu’une seule issue finale pour chacun des combattants. Tôt ou tard.

Frank Mansfield est un de ces entraîneurs de coqs, et un très bon, un des meilleurs de cette partie de la Floride ; capable d’aligner des coqs impeccables et agressifs, il espère se remettre sur les rails des grands tournois et des compétitions locales d’importance. Mais il est pratiquement sans ressources et devra grappille les dollars nécessaires à l’acquisition des premiers gallinacés qui, grâce à leurs gains, devraient lui permettre d’acquérir des graines de champion, de former ces coqs bien plus chers à l’achat et de se présenter dans les compétitions réputées. Circonstance particulière : Frank ne parle pas.
Tout le monde le considère comme un muet, ce qui, loin d’être un handicap, lui permet de se concentrer sur les combats et les entraînements. De ne pas devoir discuter inutilement les cotes des divers paris liés à ses champions. Concerné, honnête, sérieux dans les techniques et le sport qu’il pratique, homme qui n’a qu’une parole, Frank incarne ce sud rural d’où il est issu. Dur avec ses volatiles, il l’est tout autant pour lui, ne se ménageant pas, toujours sur la brèche, menant une vie ascétique... S’il sait apprécier le charme des femmes, si celles-ci sont vite attirées par son physique qui est loin d’être ingrat, il n’a vraiment pas le temps pour fonder une famille, ce que comprends de plus en plus mal son éternelle fiancée; quoi d’étonnant  donc  s’il se contente souvent d’étreintes de passage, d’amours immédiates et bancales, ce qui ne simplifie pas sa vie précaire et exigeante de coqueleur professionnel. Cette vie entièrement dédiée aux coqs, sa seule destinée…
De combat de coqs en combat de coqs, Charles Willeford  nous fait assister au redressement de la situation de Frank, à son retour dans les compétitions qui comptent, au milieu des parieurs acharnés, de professionnels du coq comme lui et de péquenots venus chercher de l’excitation autour du pit de combat, dans l’odeur du sang et de la mort.

Monolithique, dur-à-cuire à sa manière et résolu, Frank Mansfield est un personnage attachant qui, tout au long du roman, se bat contre les aléas de la vie à armes inégales : il est honnête, maladivement honnête, il a le respect de la parole donnée et des femmes, même s’il est un macho de la plus belle eau. De celle dont les femmes tombent amoureuses…
De plus si Combats de coqs nous fait entrer dans la technique des combats de coqs, depuis le régime alimentaire des combattants jusqu’aux choix des ergots d’acier dont on les équipe, l’auteur nous plonge surtout dans un milieu qu’il semble connaître et qu’il nous retranscrit avec ses ambiances surchauffées, les combats sanglants, les maquignonnages des éleveurs, ses hommes d’honneur,  le tout formant  un portrait réaliste de ce Sud rural et de ses traditions, ou de ce qu’il en subsiste (le roman a été écrit au début des années 1960, avec une édition originale en 1962 aux USA – l’édition américaine de 1972 en est une version légèrement remaniée ; suite à la sortie d’un film en 1974 tiré du roman, film dont Willeford est le scénariste et où il tient un rôle, il sera republié une nouvelle fois).
Portrait aussi de l’attachement de certains pour ces valeurs qui restent leurs seuls repères dans un monde qui évolue vers le pire, comme un combat de coqs sans bon arbitre…  avec la  force d’un récit raconté à la première personne par Frank. Vient s’y ajouter une bonne dose d’humour en demi-teintes, spécialité willefordienne s’il en est, discrètement ironique et parfois poussant au noir, comme entre autres dans les épisodes où Frank est aux prises avec ces dames ou lorsqu’on essaie de l’escroquer. 
Tout le talent de romancier de Willeford est dans ce livre : réaliste et sec, plein de tendresse pour certains de ses personnages, dans un récit toujours bougeant toujours évoluant qui bénéficie du style inimitable de son auteur.
Si ce n’est pas encore fait, lisez Willeford.

PS : à noter, la traduction d’assez bonne qualité de Danièle et Pierre Bondil
PPS : avertissement – les âmes sensibles pourraient s’émouvoir du sort peu enviable que réserve ce genre de sport que décrit très très  réalistement Willeford, aux coqs sélectionnés. Promis : la prochaine fois on se contentera de massacrer des humains (comme au journal de 20 heures…).

 EB  (juillet 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Charles Wiloleford - Combars de coqs
 
 
































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Mise à jour: 31 juillet 2010