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A pâlir la nuit   

(The Body  - 1958)

Carter Brown
SN 477 - Gallimard - 1959
 ( fut réédité en Poche Noire n° 11, 1967 et Carré Noir n°47, 1972 )

Première apparition de l’auteur prolifique Carter Brown dans la Série Noire ,en 1959, et première apparition d’un de ses personnages récurrents : le lieutenant Al Wheeler, inspecteur attaché à la Brigade de Pin City. Coureur de jupons, sardonique et sybarite, le lieutenant parvient quand-même à résoudre des crimes commis sur son territoire. Ce qui l’occupe ici, ce sont deux jeunes femmes retrouvées assassinées dans des endroits différents ; alors que toutes deus portent le même tatouage, rien d’autre ne les relie.
Contrarié par un inspecteur d’un autre département, prospectant dans les morgues et les « parloirs » de maisons funéraires made in USA, Wheeler n’arrête pas cependant de prendre la vie du bon côté, se voulant l’électron libre de l’équipe de son shérif de patron. Vite accroché par n’importe quelle belle bien roulée qui passe près de lui, ne sachant pas résister à un verre de gnole, adorant la musique hi-fi et adepte de bagnoles rapides, Wheeler semble cependant faire du bon boulot en se conduisant comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. Evidemment son chemin est pavé d’empêcheurs de danser en rond : truands, boss du crime organisé, tueurs, dames rancunières… la liste est longue. De cadavres aussi, ce qui finit par faire désordre.

Pastiche caricatural du roman hard-boiled,  cette forme de roman très populaire aux USA depuis les années 40, qui met en scène des détectives ( flics ou privés) durs à cuire, tombeurs de dames et souvent assoiffés, le roman de Carter Brown se sert de tous les poncifs du genre pour les pousser à leur limite, tout en favorisant la touche humoristique, on l’a compris. Un humour parodique qui trouve souvent ses racines dans les classiques remarques cyniques ou frondeuses de ses  modèles hard-boiled, mais ici dévoyé vers l’absurde, le grivois et la grosse rigolade. Avec une pincée de violence, modèles obligent.
Et ça marche… enfin, pas toujours. Il faut l’admettre, ça a un peu vieilli, et une partie du récit sent le bâclé, bien qu’assez étonnamment l’intrigue offre un dénouement assez complexe, (mais rapidement expédié). De plus, comme tout est basé sur les dialogues pour maintenir l’effet comique ou la surprise, ceux-ci représentant plus de 80% du texte.
Mais on peut comprendre qu’en 1959 ce genre de roman, ayant pour seul but la caricature et l’humour, ait pu accrocher le public : pas trop mal écrit, très facile à lire, en frontière de transgressions peu répandues à l’époque (cynisme, érotisme, violences) dans la littérature populaire.  « …il n’y a que trois choses qui me tiennent à cœur : mon’ high-fi’, mon Austin Healey et les femmes. Par sa perfection musicale et ses lignes harmonieuses, le combiné me délasse quand je suis fatigué. L’Austin Healey au châssis impeccable, me stimule par sa maniabilité  et sa souplesse. Quant aux femmes, elles semblent combiner les meilleures caractéristiques des deux engins précités. » : cette partie du credo de Wheeler donne le ton.
(Pour ceux qui doutent de la représentation exacte des 3 engins favoris de Wheeler, Polar Noir a ajouté une petite page de documentation sur la hi-fi, l’auto et les dames de 1957 - oui, aussi sur les dames ; on ne sait jamais !)

Il y eut plus de 50 romans mettant en scène le lieutenant Wheeler et ses obsessions – Carter Brown écrira plus de 200 romans policiers, déclarant qu’il n’avait jamais fait appel aux « nègres. A pâlir la nuit, roman considéré comme un des meilleurs de la série, a perdu un peu de son lustre à la relecture, et il faudra chercher ailleurs des ouvrages plus marquants du prolifique Carter.
Cependant, pourquoi bouder totalement les pantalonnades d’Al Wheeler, alors que ce roman pourra certainement vous faire sourire, voire rire dans ses moments les plus inspirés.

 

EB (août 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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A pâlir la nuit - Carter Brown
 
 































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L'hiver des lions  
 
(Im Winter der Löwen - 2009) 

Jan Costin Wagner
Éditions Jacqueline Chambon - 2010
 
 

Nous retrouvons dans ce roman le commissaire finlandais Kimmo Joentaa qui, de garde pour Noël, doit faire face à un meurtre pour le moins étrange : le médecin légiste a été poignardé en pleine nature.  Une seconde victime, également poignardée, s’ajoutera bientôt ; il s’agit d’ un créateur de faux cadavres pour le cinéma et la télévision ; le seul point commun avec la première étant  une récente émission télé à laquelle ils avaient tous deux participés. Avec ses collègues, le commissaire va essayer de trouver des indices de rapprochement, sans succès, tout se reportant finalement à cette fameuse émission télé.
Dans le même temps, une mystérieuse blonde s’installera quasi d’autorité dans l’appartement de Joentaa. Au moins cela lui fait de la compagnie, lui qui si souvent est pris par le spleen de ses souvenirs rattachés à sa femme défunte, durant les festivités de fin d’année.
Perdu dans les pensées qui le rattachent à sa femme, cette période de fin d’année  n’est pas idéale pour stimuler l’humeur du commissaire qui, semble-t-il,  est en finale plutôt content de se perdre dans les méandres ténus de l’affaire des deux meurtres qui semble insoluble.

Il faut dire que ténu est aussi le roman de J.C. Wagner, qui brode sur la brume hivernale finlandaise et les humeurs sombres de son commissaire, ce après un début d’intrigue prometteur.
Le texte est toujours aussi soigné, et la construction toujours aussi travaillée, mais arrivé au milieu du roman on a l’impression que l’auteur fabrique ses ambiances et son tragique humain avec trop d’éléments convenus qui torpillent l’originalité du point de départ, pour aboutir dans du psychologique encore plus conventionnel.
On reste assez circonspect aussi devant ce personnage féminin qui envahit Joentaa, personnage cependant attachant mais dont les agissements manquent totalement de crédibilité face à un homme qui est policier et vraisemblablement quadragénaire.
Ce qui reste d’original dans ce roman, pourtant assez court,  aurait pu peut-être faire une bonne novella, une longue nouvelle tout au plus, mais perd beaucoup de sa force sous sa forme actuelle. C’est donc plutôt une déception si on se rappelle la réussite du roman précédant de cet auteur allemand (Le silence – voir commentaires dans Polar Noir  ). Dommage…

Mais L’hiver des lions pourra encore plaire aux lecteurs qui ne demandent qu’à se laisser entraîner dans les ambiances grises du polar nordique, sans trop s’interroger sur les intentions de l’auteur. Un auteur qui a cependant gardé dans ce roman son style d’écriture prenant et efficace.

 
 

EB  (août 2010)  

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Jan Costin Wagner - L'hiver des lions
 
 





















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Paris Noir  
recueil de nouvelles

(Paris Noir - Akashic Books - 2008)

collectif dirigé par Aurélien Masson
Asphalte éditions - 2010

 

Le recueil de nouvelles Paris Noir est, assez curieusement, la reprise d’un des volumes existants dans la série publiée par Akashic Books aux USA, série qui publie des recueils de nouvelles d’auteurs contemporains venant de préférence de la ville mise en point central de chaque recueil, ville américaine ou étrangère. Cette série comporte pour l’instant environ 40 titres traitant de quartiers et villes américaine, mais aussi, et c’est son originalité,  de villes étrangères,  ce dans un pays  habituellement fermé aux traductions de littérature noire ou criminelle étrangère (sauf succès planétaire…).
En France, ce sont donc  les jeunes éditions Asphalte qui assurent le relais de la série américaine, venant d’éditer le volume consacré à Paris et ayant plusieurs titres  de la série Akashic Books Noir programmés pour la fin 2010.

 Le directeur du recueil sur Paris, Aurélien Masson, a été retenu sans doute à cause de sa représentativité  : déjà directeur de la Série Noire en 2008, et encore aujourd’hui. Une Série Noire emblématique, prestigieuse, dont les aficionados Américains  de littérature noire ont enfin découvert (dans les années 1990) son importance  historique pour la France.
Pour le public francophone actuel ce choix de directeur du recueil est plus quelconque, sachant la mise au rancard actuel que subit la Vieille Dame en Noir par ceux qu’elle a nourris et leurs complices du moment.

Tout ceci étant précisé ou rappelé, qu’en est-il des 12 nouvelles d’auteurs français rassemblées dans Paris Noir?
Bien sûr on y retrouve des vieux routards du noir comme J.-B. Pouy ou Didier Daeninckx, ainsi que le maître de la nouvelle noire, Marc Villard, mais aussi certains très bons textes venant d’ autres auteurs, et donc une bonne surprise pour les lecteurs qui ne les connaîtraient pas encore.
Chacune des 12 nouvelles se situe dans un quartier ou un lieu précis de Paris qu’un auteur fait revivre comme toile de fond, ou carrément comme partie prenante du récit chez certains d’entre eux.  Le recueil s’ouvre sur la formidable nouvelle noire de Marc Villard : Le Chauffeur, sèche et cinglante, affutée comme le couteau du dépeceur, d’une écriture dégraissée à la terrible efficacité. Une fois de plus, Pouy s’en sort par une pirouette ironique  ( qui cette fois-ci réside dans la quasi  « conventionalité » de la finale ), mais rassurez-vous, le texte  de La vengeance des loufiats vous captivera dès les premières lignes, pris en main que vous serez par une des meilleures plumes de l’Hexagone plus à l’aise que jamais dans l’imaginaire. On soulignera la présence d’un texte d’Hervé Prudon,  à la prose surchauffée comme souvent chez cet auteur : No comprendo, l’étranger ; réalité et virtualité s’y mélangent allègrement, un délire froid et ‘sur-vécu’ qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte.
Il y a aussi Berthet s’en va au titre très simenonien, une balade désabusée, violente  et noire sur les temps modernes, qui bénéficie de l’écriture  maîtrisée et souvent ironique de Jérôme Leroy. Encore à signaler, la nouvelle jubilatoire de Chantal Pelletier,  débordant d’humour noir et légèrement iconoclaste: Le Chinois.
Les autres auteurs ayant fourni une nouvelle sont : Patrick Pécherot, DOA, Laurent Martin, Christophe Mercier, Dominique Mainard.

Il n’y a pas de Parisiens, rien que des gens qui habitent Paris. Ce recueil en est d’ailleurs une bonne illustration par la grande diversité des personnages en abyme dans les nouvelles noires qu’il réunit et leurs destins de victimes des événements.
Paris Noir :  un choix d’auteurs plutôt positif et plusieurs nouvelles qui sortent nettement du lot, comme nous l’avons indiqué.
Un bon départ pour cette collection en France.

PS : l’éditeur a mis sur son blog une liste de morceaux musicaux sensés illustrer chacune des nouvelles ; vous trouverez cette ‘Playlist’ dans 
http://asphalte-editions.com/blog/

Ou directement via la page qui l’abrite :

  

EB  (août 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Paris Noir - recueil de nouvelles
 
 



































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Mise à jour: 30 août 2010