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Les ours s'embrassent pour mourir   

Hervé Claude
Actes Noirs - Actes Sud  - 2010
 

Asche, enquêteur d’assurance en retraite anticipée, passant des jours confortables et discrets à Perth dans l’ouest de l’Australie, nous revient dans ce roman, le dernier en date de ce qu’on peut appeler une série.
Revenant de Hong-Kong, il fait un détour par Melbourne, la métropole de l’état de Victoria pour y rendre visite à un homme rencontré dut Internet dans un de ces sites spécialisés axés sur la pratique libérée de sa sexualité. Si Victor, la quarantaine bien établie se révèle être un homme charmant et séduisant, Ashe se rend compte que beaucoup de choses clochent dans cette histoire de maison prêtée par un ami de Victor et où ils résident. Après quelques jours de baise et de visites des bars homos branchés fréquentés par Victor, lieux fréquentés par des hommes mûrs, de l’autre côté de la quarantaine, ces bears massif, poilus, et autres silver daddies plus âgés, comme les surnomment les anglo-saxons, tout va basculer pour Ashe qui disparaîtra de la circulation, et deviendra la pièce essentielle d’une machination sophistiquée. Lui qui avant de venir à Melbourne avait brièvement reconnu un homme sur qui il avait enquêté plus de dix ans auparavant, en France pour des questions d’assurances, et n’avait pu faire aboutir son enquête ni retrouver l’homme en question. Reconnu dans une des quelques photos d’amis de Victor sur le site Internet, puis disparue. Sa curiosité par rapport à cet homme disparu  avait certainement augmenté son désir de rencontrer Victor.
Mais si Ashe  ne donne plus signe de vie à son entourage très restreint, à Perth son ami de toujours, Ange Cattrioni flic de métier, va commencer à s’inquiéter et essayer de trouver de maigres traces relatives à sa disparition. D’autant plus qu’un mort par noyade en mer, près de Melbourne, identifié par la police comme étant un immigré italien établi depuis plusieurs années en Australie, ressemble fort à Ashe d’après les photos de la presse.
L’instinct de Cattrioni lui souffle que quelque chose d’inhabituel est arrivé à son ami, et c’est dans la plus grande urgence qu’il se rend à Melbourne, remontant les quelques indices qu’il a su glaner. Autant dire rien…
Pourtant le temps presse car la machination qui a englouti Ashe semble irrémédiable avec pour ce dernier un sort plus qu’incertain. La mort pourrait bien être le vrai prix du voyage.

Les ours s’embrassent pour mourir est sans aucun doute le roman le plus ambitieux de la série consacrée à Ashe, enquêteur occasionnel, homosexuel, amoureux de la douceur de vivre australienne. Ce long suspense s’articulant autour de sa disparition, abrite un écheveau d’intrigues qui s’entremêlent  par delà l’espace et le temps, dans un récit ayant des accents de thriller par moment qui servent à raidir le suspense, et ils y parviennent. Par contre, si les récits parallèles et dérivés sont parfaitement maîtrisés, sans vraiment s’y perdre, le lecteur risque cependant de ressentir un sentiment de confusion et d’amalgame, auquel, à notre avis, la longueur du roman n’est pas étrangère.  
Si l’incertitude de la destinée, les retournements de situations que crée le cours de la vie pour chaque individu se trouvent au cœur du roman, et que ceux-ci sont loin d’être linéaires comme dans la vie réelle, il nous semble qu’un lecteur pressé n’y verra que désordre voire chaos. Ce qui pourrait être accru par le côté « jeu d’ombres » appliqué aux principaux personnages secondaires.
Bien que  le récit faiblisse dans la longue séquence décrivant la solitude d’Ashe (nous ne pouvons en dire plus sous peine de déflorer le roman), l’ensemble reste prenant en recourant à certaines péripéties de roman feuilleton, s’y ajoutent des observations sociales en demi-teintes et un dépaysement qui évite l’exotisme de pacotille (comme toujours dans les écrits de Hervé Claude). La fin se déroule dans le cadre des incendies infernaux (bien réels) qu’ont subis les environs de Melbourne, cadre grandiose très bien décrit, mais pour aboutir à une conclusion du récit assez convenue.
Il faut souligner l’écriture précise et soignée de l’auteur qui crée avec aisance  les ambiances qui conviennent aux situations très diverse rencontrées tout au long du livre, avec un style fluide et élégant qui de plus véhicule une mélancolie discrète qui fait surface ici et là dans le roman.
Si  Les ours s’embrassent pour mourir n’atteint pas le degré de réussite qui correspond à ce qui nous semble être l’ambition de l’auteur pour ce roman -à en  juger par la complexité de son intrigue et de sa construction-  on se trouve cependant devant un roman de qualité, loin des « fabrications » trop souvent rencontrées dans le thriller contemporain.

 

EB (novembre 2010

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Hervé Claude - Les ours s'embrassent pour mourir
 
 






























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Sextoy  -made in China
   
 

Jan Thirion
Éditions Krakoen - 2010  

 

Dans ce court roman, Jan Thirion nous lâche sur les traces d’une jeune journaliste travaillant pour la presse indépendante ancrée dans Internet, Fayrouz Jasmin.
Assez indépendante elle-même, la jeune reporter va réussir à lever le voile sur la mort de la fille d’un ministre, une jeune femme adoratrice des plaisirs de Lesbos qui vient d’exploser ainsi que sa petite copine  en manipulant un objet piégé : un godemiché de bonnes dimensions.
La police, déjà sur les dents vu la visite du président chinois dans la capitale française, a fort facile de masquer l’incident en banal accident et d étouffer le scandale potentiel.
Toujours à la recherche des pistes qui pourraient lui indiquer l’origine de pareil attentat, Fayrouz  sur son beau scooter rouge va mettre son nez dans les rues et endroits  de Paris qui la mènent de l’appartement de la fille du gars à portefeuille jusqu’à  l’origine du sextoy diabolique. Mais ce faisant, elle a dû indisposer plus d’un, en dehors de la police, des RG et autres poulaille sur les dents à cause du Chinetoque en chef qui veut se balader dans Paris. Et elle se retrouvera  face à des petits malins qui ne lui veulent pas beaucoup de bien tandis que Hu Jintao et le président français remontent les boulevards sous les bravos de la foule tenue à distance et les huées massives des contestataires de tout poil. Explosif !

Mené à un rythme pétaradant, Sextoy se veut surtout roman d’humour, un humour noir et souvent grinçant. Comme cette trouvaille (géniale) par laquelle Jan Thirion remplace les confettis et drapeaux de pâpier saluant les cortèges de visites officielles par … (…voir le roman).
Centré autour de la jeune journaliste, le récit fait souvent appel au saugrenu, voire au surréalisme burlesque, pour en émailler le parcours. Soutenu par un style imagé et vivant, on y plonge sans retenue, savourant au passage certains épisodes dignes de la bande dessinée la plus échevelée. Mais cela reste toujours au-dessus du polar de pure consommation.
Alors comme ces dames, faites-vous plaisir avec Sextoy

 

 
 

EB  (décembre 2010)
 

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Jan thirion - Sextoy
 
 

















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Vanilla Ride    

(Vanilla Ride - 2009)

Joe R. Lansdale 
Thriller/Outside -  Groupe des éditions Alphée - 2010 
 
 

Septième roman de la série Hap et Leonard publiée en français dans lequel on retrouve nos deux héros durs à cuire face à la Dixie Mafia, branche sudiste de l’organisation  dont le return sur investissement est le plus colossal de l’histoire de cette idéologie néo-humaniste qu’est le capitalisme libéral. Sauvage.
Nos deux lascars sont issus de la working class, ou très proche de celle-ci par leur histoire familiale, et sont toujours à court de numéraire, exerçant l’un ou l’autre petit boulot pour survivre.
On fait parfois appel à eux pour dépatouiller des embrouilles gérées par de grands mauvais, car la castagne et le baston ne font pas peur à nos deux gus. L’un, Hap, est Blanc et baraqué ; l’autre est Noir, et il le sait, et encore plus imposant ! Leonard est aussi homo,  et ne s’en cache pas. Au contraire de Hap, hétéro et heureux de l’être ; demandez à sa jolie rousse de petite amie…
Mais si les deux copains  sont dangereux à leur manière, leur puissance de nuire est toujours mise au service de leur sentiment de justice ou de leurs amis.
Dans Vanilla Ride, c’est encore dans l’East Texas qu’ils exerceront leurs talents, à la recherche de la fille Noire encore jeune d’un copain flic à la retraite, fille qui s’est tirée avec son prince charmant, dealer et junkie, pour aller vivre une vie pourrie dans une caravane de merde et donner libre cours à son addiction.
Dans la pagaille qui en suivra, Hap et Leonard devront utiliser toute leur puissance de feu pour s’en sortir. Les cadavres, la came détruite et les réputations anéanties qui en découlent ne plairont pas à tout le monde. Certainement pas aux chefs du dealer, ni à la mafia, ni à la police. Beaucoup de monde sur la piste de nos deux justiciers, qui ne peuvent compter que sur eux deux… et n’ont pas trop envie de blouser la police.
Comme si ce n’était pas suffisant, le FBI leur tombe dessus mais avec un deal sympathique : ils aident à retrouver le fils d’un collaborateur haut placé de la Dixie Mafia prêt à dénoncer ses petits copains, ou ils devront s’acheter une pile de calendriers plus haute qu’eux pour compter les années de taule qu’on leur collera… Mettez-vous à leur place. C’est plutôt un bon deal. Récupérer le fiston et sa petite amie, tous deux disparus en voiture. Enfuis serait plus précis : le rejeton à emporté un sac plein de biftons pas très propres, résultat du fructueux commerce paternel. Des centaines de milliers de dollars. Et le FBI veut le rejeton…et le  fric. Sinon…
Prêts à affronter le diable pour éviter les vacances payées par le gouvernement, Hap et Leonard vont se retrouver très vite englués dans une suite d’événements qui tous ont un point commun : on veut leur peau. A tout prix si on en juge par le nombre de malfrats, tueurs à gages qui se bousculent pour les faire disparaître définitivement.
Tant pis pour eux : la mafia n’aime pas qu’on la contrarie, encore moins qu’on la ridiculise, et les tueurs vont vite passer à l’arme automatique et aux gros calibres.
Mais même si nos deux durs ont du punch, et des amis, tout à coup, le l’est du Texas est devenu bien petit pour Hap et Leonard. Le chemin vers l’enfer leur apparaît maintenant comme une promenade face à ce qui les attend…

Roman imprégné de la veine hard-boiled qu’il reprend en en caricaturant les excès et les durs de tout poil qu’on y rencontre, tout en y injectant une bonne dose d’humour mordant qui s’inspire, en les détournant, du cynisme et de l’esprit narquois de nombre de héros représentatifs de la tradition du genre . Deux personnages caricaturaux lancés dans une histoire réaliste, violente et sanglante, bercée par leur humour et leurs dialogues incisifs et provocants, entourés de personnages secondaires qui eux aussi pratiquent cet humour de dérision et de provocation. Le résultat : un récit au ton narquois et agressif qu’on suit en souriant tout au long des deux premiers tiers du roman dont certaines pages sont un régal. Le tout entrelardé d’épisodes de castagne et de meurtres, de machos et de vraies brutes.
Joe Lansdale est en forme et nous sert un des bons épisodes de la série, à l’écriture efficace, contrôlée et gouailleuse. Une réussite du genre.
Vanilla Ride ou le hard-boiled débridé ; un roman noir et endiablé, à l’humour ravageur.

Et, c’est avec plaisir que nous retrouvons  Bernard Blanc qui en a assuré la traduction, restituant un texte à la hauteur de l’original, comme il l’a déjà fait auparavant pour ce même auteur.

PS : « Vanilla Ride » titre du roman, désigne une tueuse dont c’est le surnom ; de fait, c’est également une expression du langage courant US qui désigne quelque chose qui se fait facilement, qui se déroule sans problème… on pourrait dire en français ‘c’est du gâteau’
Deux romans supplémentaires reprenant les personnages de Hap et Leonard sont prévus aux USA pour parution durant le premier semestre de 2011

 

 

EB  (décembre 2010)

(c) Copyright 2010 E.Borgers 

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Joe Lansdale - Vanilla Ride
 
 



































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Mise à jour: 16 décembre 2010