POLAR NOIR





UN MANIFESTE NOIR  









L’article qui suit est intéressant à double titre.
Dans Un manifeste noir  on  découvre la perception que  Domenic Stansberry, auteur américain, a d’un des meilleurs romans noirs français, enfin traduit en anglais et publié récemment aux USA- 
La position du tireur couché  de Jean-Patrick Manchette-  et son admiration pour cette œuvre. On y découvre aussi les vues de cet auteur américain sur l’essence du roman noir et sur son évolution moderne. Le constat lucide de Domenic Stansberry rejoint en beaucoup de points nos propres vues sur le roman noir et son territoire, face aux falsifications actuelles dont nous abreuvent éditeurs et critiques peu curieux.
C’est aussi le point de vue d’un auteur de romans noirs, dont la réputation ne fait que grandir parmi les cénacles d’aficionados et auprès d'un public qui a su reconnaître en Domenic Stansberry un auteur contemporain de qualité.


En France, à l’heure actuelle, seuls deux de ses romans ont été traduits: Les derniers jours d’Il Duce  et  Un manifeste pour les morts. Le second roman traduit avait d’ailleurs été sélectionné par l’Association
813 (Les amis de la littératurre policière) pour ses membres, lors de sa sortie. Excellent choix  que ce roman noir à la nostalgie amère, mettant en scène l’auteur culte Jim Thompson dans les dernières années de sa vie, mêlé à des embrouilles sorties droit de son univers blême et sarcastique (pour une analyse détaillée du roman, voir le chapitre Livres de POLAR NOIR).
Domenic Stansberry a été trois fois nominé au fil de ses romans pour le prix Edgard Poe aux USA, et vient de recevoir, en 2005, ce prix tant convoité pour son dernier roman :  The Confession. Ce roman, dès sa parution, a reçu un accueil plus que flatteur, mais les éloges dont on l’entourait, n’étaient pas au goût de tout le monde dans cette Amérique actuelle,  bigote et hypocrite, poussant des professionnels, et même des jurés, à boycotter cette œuvre qui les dérangeait… pour raisons morales !!
Mais roman noir et littérature de qualité ont de tous temps fait mauvais ménage avec les censeurs de tous poils et les hypocrites officiels : Le jury de l’Edgar passa heureusement outre ces tentatives peu reluisantes, et attribua son prix à  The Confession .

Dernier conseil : ne perdez pas de vue que vous allez lire l’essai d’un auteur américain pour qui les références se basent sur des données  parfois différentes de celles d’un francophone, à côté de celles qui leur sont devenues communes.

 Un manifeste noir, texte à lire et à brandir face aux facilités creuses d’une certaine littérature. Blanche ou pseudo-noire…



Etienne Borgers, 2005






UN  MANIFESTE NOIR





Introduction---
Un manifeste noir
Domenic Stansberry----

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J-P Manchette - La position du tireur couché - 1981

Edition originale, 1981
Série Noire n°1856
Gallimard





J-F Gérault - "Jean-Patrick Manchette" - 2000

Biogrphie critique
de J-F Gérault
Encrage, Références- 2000


















The Prone Gunman - JP Manchette (trad. USA)

The Prone Gunman
Traduction USA de
La position du
tireur couché

de J-P Manchette










































































J-P Manchette - La position du tireur couché- réédition Carré Noir

Réédition dans la collection Carré Noir, Gallimard, 1985
Article de Domenic Stansberry


--Titre original: Noir Manifesto< - première publication:
  octobre 2003, dans The New Review of Literature --
  Copyright© 2003 Domenic Stansbery --

 

              ** les chiffres 1 à 8  renvoient aux notes qui suivent le texte **

En 1982, après la publication de La positon du tireur couché, Jean-Patrick Manchette, le grand auteur français de romans policiers, abandonna complètement le genre. Durant la décade précédente, il avait écrit dix romans, tous de la veine du roman noir, finement ciselés, livres d’une grande originalité, au style dépouillé et  choquants de violence.  Ces livres –qui le rendirent célèbre en tant que père du néo-polar, le Nouveau Roman policier français- reprirent les anciens schémas du roman noir et les refondirent dans des critiques politiques féroces. Mais après  La position du tireur couché , dans lequel il avait poussé son style d’écriture à ses limites, Manchette abandonna définitivement.

Jean-François Gérault, biographe de Manchette
1, laisse entendre que la raison du silence de ce romancier est tout simplement qu’il n’avait plus rien à dire. Il avait épuisé le genre. Et il est tentant de dire que cet épuisement est subit uniquement par Manchette, un artiste au bout du rouleau, mais la vérité est que ce dilemme n’est pas l’apanage de Manchette. Et il ne l’est vraiment pas. Beaucoup d’écrivains de fiction policière se trouvent dans la même situation de nos jours, avec un présent complètement épuisé et un passé jonché de clichés.

Manchette était un gauchiste désabusé par l’échec du radicalisme politique français. Lorsqu’il se lança dans le roman policier noir au début des années 1970, il y reconnu dans la forme de celui-ci, comme Hammet avant lui, une réaction contre le modernisme littéraire avec ses soumissions aux références littéraires, à l’expérimentation formelle et au langage châtié. Le roman policier noir, avec ses racines dans les "
pulps"2, était une forme délicieusement "sous-littéraire ", née du public populaire ; dans cette absence de prétention, Manchette a trouvé un déterminisme à l’état brut qui dédaignait l’humanisme sentimental du roman bourgeois et qui dévoilait toutes les corruptions et les faussetés de l’ordre établi.

A l’époque où Manchette se mit à travailler la forme, le roman policier en France était à l’arrêt, dominé par de vieillottes histoires d’enquêtes et qui se concentraient sur la description des rouages de la résolution d’un crime. Manchette renforça la forme,  en partie en insufflant à ses personnages une moralité existentielle qui rappelle celle de Camus, mais aussi en refusant de romancer ou de fournir un but à la violence brutale qui dominait ses écrits de fiction.

Ce n’est que récemment que les romans de Manchette furent disponibles aux USA, et Ben Ehrenreich, qui écrit pour «
Village Voice »3 , est parmi les critiques qui permirent l’introduction de Manchette auprès du public américain. Ehrenreich souligne particulièrement la voix narrative qu’utilise Manchette pour décrire les paysages du noir et comment cette voix s’allégea au fil des années, cinématique et non introspective, jusqu’à ce que, à l’époque de La position du tireur couché , la narration de Manchette  ne décrit presque plus la vie intérieure de ses personnages, se concentrant au contraire presque entièrement sur la réalité objective- un style qui mène à un niveau de détachement suprême le "montre, ne raconte pas" (show, don’t tell),  la règle de Hemingway.

En finale, il en résulte un récit d’une violence à vous glacer le sang, au rythme soutenu, assez proche de celui de A tombeau ouvert
   (The Fast One, 1933)  de Paul Cain4 . Mais, au contraire de Paul Cain, dont les qualités d’écrivain sont celles du primitivisme, Manchette fait agir ses personnages avec des intentions symboliques délibérées et complexes.

 
La position du tireur couché ( The prone gunman dans la traduction du  poète James Brook) est probablement le meilleur roman de Manchette. Et le plus sombre. Le personnage principal en est un assassin professionnel, Martin Terrier, employé par une agence de renseignement contrôlée par les Américains, connue seulement sous le nom de " la Compagnie". Après dix années de service, Terrier retourne dans sa ville natale pour y retrouver son amour d’enfance, fille d’un propriétaire d’usine de province. Avec l’argent qu’il a gagné par ses assassinats politiques, Terrier  espère pouvoir emmener la jeune femme et mener une vie idyllique. Mais son ex petite amie est devenue une ménagère alcoolique qui se moque de Terrier lorsqu’il essaye de la séduire. De plus, la Compagnie n’a aucune intention de se passer de Terrier. Il en résulte une violente poursuite dont le point fort sera une fusillade durant laquelle Terrier prendra une balle dans la tête. La balle ne l’a pas diminué physiquement, mais le laissera sans aucun désir. En finale, comme son père avant lui, Terrier vit une vie de somnambule, serveur dans un café,  proférant sans fin des mots inintelligibles durant son sommeil.

Alors que les œuvres précédentes de Manchette étaient chargées de satire politique acérée –dirigée aussi bien contre la gauche que la droite-
La position du tireur couché décrit, comme le dit Ehrenreich «  un monde vaincu, privé de choix et d’espoir » .
Lorsque son livre fut terminé, Manchette fut incapable d’en terminer un autre, et passa le restant de sa carrière à écrire des scénarios de films et à traduire des auteurs américains de romans policiers.

Dans le parcours que suivit  la carrière de Manchette comme auteur de romans noirs, il est possible de reconnaître le parcours du genre lui-même. Par plus d’un aspect, c’est un genre figé dans le temps, voire même allant à reculons. En fait, si vous examinez les présentoirs de best-sellers, de ce côté-ci de l’Atlantique, il n’est pas difficile de soutenir qu’aujourd’hui le roman policier grand public est, en ce tournant de siècle, dans un état proche de celui  de sa contrepartie française dans les années 1960 : figé à cause de  ses conventions, par les attentes du public et par la rigidité de ses éditeurs.  Réduit au manque de pertinence, une distraction pour lecteurs s’ennuyant dans les aéroports et sur les plages. Une simple marchandise.

Bien sûr, le roman policier, avec ses racines dans les "
pulps ", a toujours été une marchandise. Ce qui s’est produit, c’est que le monde plus sombre du roman noir a été remplacé par une différente sorte de roman policier : le thriller commercial (plus que probablement, le battage présent sur la jaquette l’annoncera comme un thriller littéraire, genre qui en fait disparut presque totalement avec Graham Greene). Et ces thrillers, malgré leurs similitudes superficielles avec le roman noir, ont des intentions esthétiques et politiques plutôt opposées à celles de Manchette et des écrivains qu’il admirait.

La tradition du roman noir, dans laquelle s’inscrivait Manchette par ses écrits, a ses racines dans le langage courant et se concentrait sur les crimes du désir de gens confinés dans leurs conditions sociales. Les écrivains du roman noir, comme David Goodis, Jim Thompson, Dorothy Hughes, Chester Himes et Charles Williams étaient des déterministes sociaux, dont les œuvres font apparaître une réelle empathie pour les petites gens, les marginaux qui ont été écartés, exclus, piégés. Ceux qui entreprennent alors des actions désespérées pour échapper au piège, et qui finalement échouent.
En contraste, la philosophie primaire de la nouvelle sorte de mélodrames policiers ne partage pas de telles préoccupations. Ces livres sont  en fait bien plus apparentés aux vieux "
dime novels"5  Western, qui se concentraient sur le sauvetage de Pollyanna6  attachée en travers de la voie de chemin de fer.
Dans le thriller contemporain, Pollyanna peut se présenter sous beaucoup de formes. Elle peut être une jolie femme menacée par un tueur en série, un garçon menacé par un père abusif.  Ou l’Amérique elle-même, menacée de destruction nucléaire, ou par le terrorisme, ou par un président perdant la raison. Ces romans peuvent agir dans le sens de certaines causes estimables – appartenant à cette partie-ci, du spectre politique, ou à l’autre – mais on peut toujours y retrouver une même chose : on peut diviser le monde clairement entre le bien et le mal. Et, en fin de compte, le bien triomphera.
Certains peuvent considérer cette affirmation, pourtant simpliste, comme étant une bonne chose- mais ce genre de moralisation est contraire aux attitudes  les plus sombres et les plus réelles  du genre. Le but de la plupart des thrillers contemporains, avec leurs valeurs appartenant à  la classe moyenne et leur penchant pour les révélations, est de mobiliser et de dompter les  impulsions mêmes qui donnèrent naissance à la sensibilité qui est celle du noir.
Leur but est de détruire le monde marginal, et par ceci je ne veux pas dire le seul milieu du crime, mais plutôt la marginalité de l’imagination, le domaine secret de la psyché, les domaines les plus obscurs de Hadès qui habitent et animent l’âme individuelle.

Les fondateurs du genre avaient des buts complètement différents.
Dans 
Double assassinat dans la rue Morgue (1841), Edgar Allan Poe créa son premier conte « rationnel », comme il l’appela : une histoire dans laquelle le détective fait appel à l’analyse pour résoudre les crimes. Ce récit engendra un grand nombre d’imitateurs et un tout nouveau genre pu éclore, genre dont la manifestation contemporaine est le  procedural  qui met l’accent sur la police et le processus judiciaire, avec la recherche des indices en utilisant la logique inductive. Cependant si nous nous penchons sur Poe, processus et logique (en fait, l’acte d’analyse lui-même) sont en finale vues comme une manifestation supplémentaire du surnaturel. Dans Double assassinat dans la rue Morgue, les méthodes d’ Auguste Dupin pour résoudre les crimes, bien qu’épousant la volonté d’analyse, utilisent en finale des raccourcis intuitifs et des associations non rationnelles.  Et dans le conte rationnel suivant de Poe, Le mystère de Marie Roget,  la brillante solution analytique apportée par Dupin au meurtre d’une jeune femme à Paris est éclipsée à la fin par un crime similaire, dans une réalité similaire–ayant lieu, non dans Paris l’exotique7 , mais dans un New York quotidien - et dans laquelle finalement le système d’analyse déductive échoue. Pour Poe, l’esprit rationnel non seulement existe pour servir le supranaturel, mais il en tire ses origines -et ses vues sur les procédés d’analyse accroissent le paradoxe. En tant qu’artiste, il n’était pas du tout intéressé de mettre de l’ordre dans les détails inexpliqués. Bien au contraire. Son intérêt était pour les fissures, pour les crevasses entre le monde tangible et l’invisible, et  établir des lignes de communication entre ces deux entités.


Les chemins que suit la littérature policière après Poe sont multiples et entrelacés. Aboutissant de l’autre côté de l’Atlantique à Arthur Conan Doyle et son détective drogué, et aux pulps américains où ses conventions fusionnent avec celles du dime Western et trouvent de nouvelles formes de celles-ci dans l’œuvre de John Caroll Daly8 , et plus tard dans Hammett et Spillane.
Aboutissant aussi aux Français, à Baudelaire, à Maurice Renard (l’auteur de
Les mains d’Orlac ). Aux expressionnistes allemands, Wiene et Lang, dont les influences allèrent du film allemand à Hollywood puis resurgirent dans le roman noir américain.
Avec des influences aussi diverses, le roman policier est par certains aspects la forme romanesque la plus riche. En même temps, paradoxalement, ce genre de romans est devenu le plus codifié et le plus conventionnel, possédant une multitude se sous-genres –chacun d’eux avec ses propres règles et ses traditions, qu’un auteur ne peut mettre en cause qu’au risque de s’aliéner à la fois le lecteur et l’éditeur. Il en résulte que le roman policier n’est plus le moyen d’expression révolutionnaire qu’il fut à une période, mais est de la propagande pour le statu quo. En d’autres mots, il est devenu aussi conventionnel que le roman littéraire traditionnel avec son insistance sur la construction des personnages et ses profondeurs de vue sur la transformation de l’esprit.
Dans de telles conditions, il ne faudra très longtemps pour avoir une explosion, une mise en pièces des conventions, même si nous admettons l’impossibilité de se débarrasser des entraves sans avoir à les réinstaller à nouveau – et le fait que les nouvelles menottes de l’année peuvent, il faut bien l’admettre,  ne pas être reconnaissables pour ce qu’elles sont, tant ces chaînes peuvent être neuves et scintillantes.

Durant ces trois dernières décennies, les auteurs de littérature policière ont cherché à transformer le genre en changeant l’aspect de divers éléments tout en laissant intactes les conventions structurelles sous-jacentes. En changeant la race ou l’appartenance ethnique du personnage principal, en rendant les décors plus exotiques et détaillés de manière réaliste, en accentuant le réalisme et le traitement logique - rendant le roman policier essentiellement plus respectable, une espèce de laboratoire d’études sociales.
De tels changements, quels qu’en soient les mérites sociaux ou la qualité de chaque auteur, sont en finale des ornements baroques. Un déguisement du cadavre pour pouvoir lui faire faire un autre tour de piste.
Il est en effet curieux que certaines des innovations les plus récentes dans le domaine du noir ne furent pas, dans leur plus grande partie, reconnues par les amateurs du genre, cependant qu’elles étaient estimées ailleurs. Je pense à Angels (Des anges) de Dennis Johnson, un  road novel qui démarre dans un dépôt des bus Greyhound à Oakland et se termine dans la morgue d’une prison. Ou la trilogie City of Glass (en français :
Trilogie new-yorkaise -dont  Cité de verre, est la première partie. NdT.) de Paul Auster, qui mélange les traditions du post-moderne et du noir. Ou Hard-Boiled Wonderlandand  and the End of the World de Haruki Murakami, fusion entre des éléments de science-fiction et le « hard-boiled » noir
Il est tentant de prétendre que l’écrivain actuel de littérature criminelle (il ou elle étant tout sauf un faiseur, un employé des "comptables de New York") n’a d’autre choix que de bouleverser, cul par dessus tête, les diverses conventions du genre. Et de le faire de manière que ce soit sacrilège et sauvage à la fois. Envoyez les vieilles idoles au plancher ! Engueulez-les !
Il a pu y avoir une époque où Sherlock Holmes était un personnage essentiel, mais au fil des ans il est devenu un casse-pieds insupportable, avec sa pipe, ses mots d’esprit, son autosatisfaction. Et les ombres de Marlowe et de Sam Spade sont au bord de la même sénilité jacassante.
Mais, les changements de structure, les expérience sur la forme, une volonté de cracher à la face des éditeurs, ignorer le lecteur inintelligent, tuer le personnage principal au milieu de la série, faire vaciller les limites séparant fiction et non-fiction, brouiller les genres (voire même prendre la piste opposée : être un indéfectible loyaliste, travailler avec les conventions moribondes alors que la maison brûle), tout ceci n’est en fin de compte que tactiques s’attaquant aux symptômes et non à leurs causes, condamnées à échouer si elles ne veulent pas reconnaître la vraie nature de l’échec.
Tout ceci car, ce qui étranglait le genre est la conviction que le rationalisme et la logique doivent l’emporter.  Un certain ordre doit être restauré. Un certain bien doit triompher.
Telles sont les affirmations de petits esprits, du mercantilisme. C’est le parti pris du monde d’aujourd’hui, celui du "happy end ", d’un monde matériel désespérément effrayé par sa contrepartie obscure.

Les contes rationnels de Poe ont été donc curieusement mal interprétés comme une étant une embrasure donnant sur la méthode analytique, bien que l’énergie de ses contes ne vienne pas d’histoires ayant une logique à toute épreuve, et elles en sont loin, mais bien de l’endroit où ces histoires se fracturent, de la gigantesque fission qui mène toute narration.
Dans
La chute de la maison Usher, par exemple, la fracture à lieu, littéralement et au figuré, au moment où la maison Usher s’effondre, disparaissant dans le petit lac.
Dans
Le lien conjugal (The Getaway, 1959) de Jim Thompson, on trouve un moment identique quand Ma Santis apparaît, sortie de nulle part, pour sauver Doc McCoy et Carole de leurs poursuivants, mais finit par envoyer les amants jaloux dans un voyage infernal  au travers de tas d’excréments, de grottes détrempées, rejoindre le royaume diabolique d’El Ray.
Dans 
Et tournent les chevaux de bois (Ride the Pink Horse, 1946
) de Dorothy Hughes, c’est le moment où Sailor danse sauvagement sur la place où a lieu la fiesta, puis il se tourne et abat le bon flic, celui qui lui voulait du bien.
C’est au travers de telles crevasses, de telles fissures, qu’en toute logique, lorsque le tangible et l’invisible se rejoignent, le lecteur aperçoit l’autre côté et donc entre en conversation avec monde de l’obscur. Avec la destruction, avec la mort elle-même. C’est cette conversation qui est le but ultime du noir. Pas la rédemption, pas l’équilibre social. Pas l’édification morale.
Si nous abandonnons cette conversation, au nom de la seule morale, nous, qui nous imaginions participants, allons nous retrouver plutôt comme le Martin Terrier de Manchette, comme n’étant plus les personnages dangereux que nous fûmes un jour, mais bien serveurs dans un café, souffrant d’une balle dans la tête.  Pouvant peut-être encore fonctionner…
Pour prendre les commandes.
Mais nos paroles seront vagues, à peine une écume sortant de la bouche, et la nuit, comme Terrier, nous délirerons sans fin durant nos rêves.


Domenic Stansberry

(traduction française:
Etienne Borgers, juillet 2005
)


Traduction française Copyright© 2005 E.Borgers
Introduction---
Un manifeste noir---
Domenic Stansberry----

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Notes

1Biographie critique publiée chez Encrage, collection Références, en 2000. NdT.   (retour texte^)
 2 Magazines américains de grande diffusion publiant de la littérature populaire de tout genre. Ils remplacèrent les dime novels après la Grande Guerre et restèrent très populaires jusqu’à la fin des années 40, période à laquelle le livre de poche, diffusé en masse, pris le relais. Les romans policiers hard-boiled et noirs américains  trouvent leurs sources dans ces pulps, avec des auteurs tels Hammett et Chandler (et dans Black Mask, la revue pulp mythique qui les publia -parmi de nombreux autres auteurs). NdT.  (retour texte^)
 3 Magazine hebdomadaire publié à New York, fondé en 1955 dans la mouvance de la presse alternative. NdT   (retour texte^)
  4Paul Cain (à ne pas confondre avec James M.Cain) collabore au début des années 1930 à la revue Black Mask.  Représentant typique de la tendance hard-boiled (dure) de la littérature policière américaine de l’époque. Il se distinguait par ses nouvelles au rythme nerveux et fort violentes -dont il fit un roman, The Fast One, en  refondant les premières. NdT.     (retour texte^)
 5Fascicules très bons marchés, publiant romans-feuilletons et courts romans de littérature populaire; publiés aux USA dès les années 1860. Leur prix : a dime (nom donné à la pièce de 10 cents) est à l’origine de leur appellation. NdT.   (retour texte^)
  6Héroïne toujours souriante et ingénue d’un roman de Eleonor Porter; fut porté à l’écran en 1920, film classique avec Mary Pickford dans le rôle de Pollyanna.   (retour texte^)
  7Exotique du point de vue d’un Américain (que ce soit Stansberry ou Poe). NdT.     (retour texte^)
  8Auteur américain (1889-1958) de romans-feuilletons policiers et de nouvelles de la grande époque des pulps, et un des précurseurs de la tendance hard-boiled (dure) du roman policier moderne- à laquelle appartiennent Hammett et Chandler à leurs débuts. On lui reproche souvent ses excès et son écriture à l’emporte pièce, mais il reste que Daly a introduit en force un certain cynisme et la violence physique dans le roman policier. NdT.     (retour texte^)

Un manifeste pour les morts - SN 2696
Mnaifesto for the Dead - Domenic Stansberry
The Confession - (2004) - Domenic Stansberry
Traduction française
Série Noire n° 2696 (2003)
Manifesto for the Dead
Edition USA (2000)

The Confession
Edition USA : 2004 -  Trad.fr. 2007

Domenic Stansberry

Domenic Stansberry  Domenic Stansberry est un auteur américain connu principalement pour  ses    romans policiers sombres et originaux qui explorent les limites du genre  tout  en  répercutant l’héritage du roman noir classique. Son dernier  roman,   The  confession  a reçu l’Edgar Allan Poe (un célèbre prix attribué aux  œuvres  appartenant à la littérature policière, publiés aux  USA) pour son  portrait  controversé d’un psychologue légiste accusé d’avoir étranglé sa  maîtresse.

 Stansberry avait été nominé trois fois pour le Prix Edgar Allan Poe et une fois pour  le Prix Hammett. Il est également  l’auteur de la série Le mystère de North Beach  dans laquelle on trouve :  Chasing the Dragon , The Last day of Il Duce  (Les derniers jours d’Il Duce) et The Big Boom.
(North Beach est un des quarties historiques de San Francisco, surnommé "la petite Italie". C''était,
durant les années 1950, le refuge de Jack Kerouc et des partisans du mouvement "beat" , avec ses intellectuels rebelles, ce qui lui conféra sa réputation anticonformiste. Quelques traces de cette époque subsistent encore de nos jours dans cette partie de la ville - NdT )
Parmi ses autres publications, Manifesto for the Dead  (Un manifeste pour les morts) est une œuvre de fiction qui revisite les derniers jours  de l’auteur culte de la « pulp littérature » américaine, Jim Thompson.  The Spoiler  est le portrait incisif d’un reporter couvrant les faits d’une équipe de baseball de seconde division ; Publisher Weekly a décrit ce roman comme étant un classique du genre.

Domenic Stansberry est né en 1952, à Washington, et grandit en Californie. Il vit actuellement dans la Bay Area (près de San Francisco) avec sa femme, la poétesse Gillian Conoley, et leur fille. En plus de sa carrière de romancier, il écrit pour le cinéma et la vidéo et enseigne l’écriture littéraire au Vermont College.
Deux de ses romans sont publiés chez Gallimard (Série Noire).


Il existe un site officiel consacré à  DOMENIC STANSBERRY

 



Introduction---
Un manifeste noir---
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Bibliographie partielle


The Confession, Hard Case Crime, 2004
Chasing the Dragon, St Martin's Press, 2004
Manifesto for the Dead, Permanent Press, 2000
The Last Days of Il Duce, St Martin's Press, 1999
The Spoiler, Atlantic Monthly Press, 1987 (reprint 2002: Permanent Press)



Traductions françaises
La confession, J'ai Lu, 2007
Les vestiges de North Beach,
Gallimard - Série Noire, 2006
Un manifeste pour les morts, Gallimard - Série Noire, 2003
Les derniers jours d'Il Duce, Gallimard - Série Noire, 2002
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Mise à jour: 20 septembre, 2005  -  remise en page: 13 septembre 2009


Noir Manifesto Copyright© 2003 Domenic Stansbery
Traduction française : Un manifeste noir Copyright© 2005 E.Borgers

© Copyright E.Borgers 2005-2009 texte et mise en page du dossier
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