POLAR NOIR
 
                                                                                                                                                                                                                       
   la liste des NOUVELLES   >>>>
<<<  le Sommaire de POLAR NOIR
 

NOUVELLES  -              (  toute reproduction interdite sauf aux ayants droit  )  


Une nouvelle d'humour noir de Nadine Monfils .
Dans la banlieue de Charleroi,
 la réalité dissoute et servie en apéro....

 

Pour en savoir plus sur  Nadine Monfils, consultez les pages de POLAR  NOIR  :

Livres    

Interview   



 
 
 
BON ANNIVERSAIRE BOULETTE

de  Nadine Monfils                                                             © 2010 Nadine Monfils 

Bubble conservait tous les articles de journaux concernant les braquages de banques. C’était son passe-temps favori, comme l’est la pêche à la saucisse de Francfort ou la broderie sur toile de tente pour certains. Déjà tout petit, au lieu de s’imaginer avec Tintin sur la lune, il rêvait de coffres forts remplis de billets et de bijoux.

Pourtant, n’allez pas croire que Bubble n’était pas un petit garçon ordinaire ! Monsieur et Madame Vandenbroeck, ses parents, étaient des gens très biens : maman professeur d’anglais (d’où le prénom du gamin) à Marcinelle, en Belgique et papa, employé de banque à Charleroi. Elevé au lait bio et vêtu de coton sans acrylique, le petit Bubble fut très tôt inscrit à des cours particuliers afin d’être le meilleur de sa classe.  Tous les mercredis, sa maman l’accompagnait au sport. Goûter à quatre heures avec une barre de céréales, dîner à sept, bain et dodo.  A l’âge de douze ans, l’enfant jugé trop rêveur par ses professeurs, fut suivi par un psy qui, à travers ses dessins, en conclut que l’élève Bubble souffrait d’un léger trouble « psychosomaticoeudypien », autrement dit qu’il avait manqué d’un nounours sur lequel projeter son transfert maternel. Le drame, avait expliqué sa maman, est qu’il avait jeté par la fenêtre tous les ours en peluche qu’on lui avait offerts, y compris celui de sa mémé qui lui avait tricoté un petit col marin. Car Bubble détestait les bestioles poilues !

-  Vous devriez essayer avec une poupée,  avait suggéré le psychologue.

- Vous n’y pensez pas ! Il risque de devenir homosexuel ! s’écria la mère affolée.

- Mais non, mais non, avait affirmé le psy, c’est une maladie génétique et si son père ne l’est pas, il ne le sera pas non plus.

« Après tout, avait dit le père, c’est un spécialiste. Il sait ce qu’il dit ».

Donc, on avait acheté une jolie poupée au petit Bubble. Le gamin s’était empressé de lui enlever sa culotte et d’imaginer qu’elle avait un coffre-fort à la  place du minou.

Des années plus tard, Bubble, considéré comme « guéri », cessa ses séances chez le psy et jeta sa poupée dans un terrain vague. Tout allait bien pour lui : il avait une bonne situation dans une entreprise de tuyauterie, s’habillait chez Célio et continuait à manger bio. Gentil garçon, il vivait toujours chez sa maman pour ne pas la laisser seule, le père s’étant barré avec une espagnole moustachue qui jouait de la mandoline. Plus que jamais, Bubble avait continué à s’intéresser aux coffres-forts et s’était mis à les collectionner. Il en avait de toutes sortes, avec des serrures de plus en plus sophistiquées et il les entassait le long des murs de sa chambre. Dedans, il y avait empilé tous les articles qu’il avait gardés sur les braquages de banques, depuis des années. Parmi tous ses trésors, il y en avait un qui lui tenait particulièrement à cœur et qui s’intitulait : « Gros lard braquait en robe et talons aiguilles » *.  Il était question d’un certain Miloud, braqueur notoire et caïd dans la Cité Balzac où on le surnommait Boulette ou Gros lard, vu qu’il pesait 105 kilos pour 1m75. Avec sa bande, Gros lard avait écumé une vingtaine d’établissements bancaires dans le Val de Marne et à Paris. Qu’il ait empoché près de 1,7 millions au passage, n’impressionnait pas Bubble. Non, ce qui l’épatait surtout, c’était que Gros lard oeuvrait en robe à fleurs, soigneusement maquillé –vu qu’il souffrait d’une dépigmentation de la peau-, chaussé d’escarpins et affublé d’une perruque. De plus, il poussait le raffinement jusqu’à porter de faux seins ! En quelques articles, Miloud était devenu l’idole de Bubble. D’autant qu’il avait un idéal et distribuait une partie de son butin dans la cité, en lançant des billets depuis le haut de l’immeuble – ce qui lui valut le troisième surnom de Robin des Toits. Mais Dieu n’est pas toujours là pour les braves…Lors d’un braquage à Ozoir-la-Ferrière, un employé zélé aspergea Gros lard d’encre indélébile et il fut contraint de fuir en talons aiguilles, ce qui n’est pas évident ! Depuis cet incident, Miloud dû troquer sa panoplie féminine contre un postiche et une fausse moustache. Comme dit le juge Halphen, « il y a une justice à deux vitesses et la peine sera toujours la même pour les voleurs de sacs à mains. » Mais si t’as du pognon ou que tu appartiens aux frères Trois Points, navigue en paix en eaux troubles, les rochers disparaîtront mystérieusement sur ton passage…

Débrouillard, Bubble avait réussi à dénicher l’adresse de la taule où croupissait Gros lard et il lui avait écrit toute son admiration. Ce fut le début d’une longue correspondance entre les deux gaillards. Pour son anniversaire, Bubble avait même envoyé à son nouvel ami la trousse de maquillage dernier cri de chez Yves Caillou. Et grâce au tire-comédons qui avait échappé à la vigilance des gardiens, Miloud put crocheter sa serrure et, avec la complicité d’une femme de cuisine à qui il avait livré sa recette de stoemp carottes** (figurant dans le dernier courrier de son pote Bubble-le-belge), il se retrouva dans le camion qui livrait la nourriture et à nous la belle vie, olé !

Regonflé à bloc par les lettres de son admirateur, Gros lard avait de grands projets. Et comme l’ambition est la mère de tous les travellings, il puisa dans ses économies et s’acheta un billet pour New York. Arrivé là-bas, il leva le nez au ciel et repéra ce qui lui parut le plus élevé, donc à la mesure de son objectif : les deux tours du World Trade Center.

Il s’isola dans une chambre de « Little Italy » pour mettre au point un plan mirobolant : faire sauter les coffres-forts de la World Trade Center Company. Lorsque tout fut prêt, il appela son ami Bubble pour lui dire d’allumer sa télé, ce mardi 11 novembre à 10h20, heure belge correspondant après moult calculs au décalage horaire.

«  Bubble n’est pas là, répondit sa mère. Il est au patronage. Mais qu’à cela ne tienne, je vais allumer ma télé et je lui raconterai. Vous participez à une émission culturelle, c’est ça ? »

Bîp, bîp, bîp…

La mère de Bubble raccrocha. Il était 10h15 et à 10h20 précises, Josette souleva la nappe cache-poussière qui protégeait l’écran de son téléviseur et poussa sur le bouton. Boum ! Tout bascula dans l’horreur ! Josette Vandenbroeck fut la première victime de l’attentat des deux tours du World Trade Center aux Etats-Unis.***

Dix minutes plus tard, le chef de la caserne des pompiers de Charleroi reçut un appel annonçant un incendie au n° 123 de la rue St Nicolas à Marcinelle. Les courageux pompiers –dont le lieutenant Bobard – défoncèrent la porte et découvrirent le corps inanimé de Josette Vandenbroeck qui venait de pousser son dernier soupir. « Trop tard » » constata le lieutenant Bobard. Après enquête minutieuse et approfondie, le lieutenant de police en conclut que le téléviseur était le criminel. En effet, situé dans la cuisine, il aurait implosé alors que la mère de Bubble regardait les informations venant d’annoncer qu’un avion était rentré dans la tour du World Trade Center. Josette Vandenbroeck était donc la première victime de l’attentat. Et sa photo n’était même pas passée à la télé !

Bubble fulminait !  Il avait écrit à tous les journaux et appelé toutes les chaînes télé. Tout le monde s’en foutait.

Au comble de la colère, Bubble s’était mis à fumer des cigarettes, puis des pétards et se nourrissait de hamburgers. Pire, il s’habillait dans des boutiques de seconde main.

Quant à Gros lard, il avait eu la vie sauve grâce aux cabinets d’un bistrot pourri de la 5ème Avenue dans lequel il était entré pour vomir les cinquante doanuts qu’il s’était tapés pour se caler l’estomac. En voulant sortir, il avait constaté que la porte ne s’ouvrait plus. Il avait eu beau tambouriner, avec la musique du juke-box, personne ne l’entendait. En apprenant un peu plus tard que les tours avaient explosé, Gros lard en avait conclu qu’il avait une force de pensée surnaturelle et qu’il lui suffisait désormais de simplement imaginer un coup pour qu’il se réalise. Sauf que lui, ne voulait pas de victimes. Donc, pour se faire pardonner, il avait décidé d’utiliser ses dons au service de l’humanité.  C’est ainsi qu’avant de quitter les Etats-Unis, il avait imaginé Bush –pour lequel il n’avait aucune sympathie- en train de s’étrangler en avalant un bretzel. Et crac ! quelques mois plus tard –sans doute avec le décalage horaire et le passage à l’euro- c’était arrivé ! Bush était tombé de son canapé en avalant ce petit morceau de pain salé qui aurait stimulé son nerf vagal et ralenti son rythme cardiaque, provocant une perte de conscience.****

De retour en France, Gros lard avait œuvré pour que Jennifer gagne le concours de Star Academy parce qu’à défaut de talent, elle avait de jolis nichons et qu’il faut œuvrer pour les petites causes.

La seule chose qu’il n’arrivait pas à exaucer, c’était le retour de Mireille Mathieu à l’ Olympia, preuve que les pouvoirs ne sont pas illimités.

Depuis que sa maman était partie retrouver Bio Man au paradis des écolos, Bubble s’engouffrait dans une vie oisive, n’ayant plus goût à rien et, comble du désespoir, ne s’intéressant même plus aux coffres forts ni aux braquages de banques. C’est à peine s’il pensait encore à cet ingrat de Gros lard qui l’avait laissé sans nouvelles depuis un mois. Un peu avant sa mort, sa mère lui avait dit : «  Bubble chéri, la vie est comme une boîte de nougats, tu ne sais jamais quelle dent ils vont pourrir. » Et voilà !

Mais la fée Tich ***** qui squattait les anciens bordels de la gare du midi à Bruxelles, sortit de sa tanière pour voler au secours de son ami Bubble.  C’était un petit elfe en string avec ailes de cuir. Elle avait connu Bubble quand il était client du « Loup bleu » et venait baiser Mimi Luxembourg, une chaude poule qui ne couvait pas que des œufs, puisqu’elle avait attrapé des morpions.

Donc, la fée Tich, qui lisait dans toutes les pensées, alla se poser sur l’oreiller cradingue de Gros lard et lui souffler pendant la nuit, qu’il devait absolument appeler son copain Bubble. Ce qu’il fit dès son réveil, à six heures de l’après-midi. Rendez-vous fut pris et Gros lard débarqua chez Bubble en talons aiguilles, robe à ramages et moumoute Loana. Ce fut le coup de foudre immédiat ! Miloud, dit Boulette, alias Gros lard, aménagea chez Bubble  Vandenbroeck à Marcinelle.

Depuis, ils vivent heureux et font plein de petits casses ensemble.

 

* Petit  lexique  et   événements réels    (les notes sont de l'auteur)

* Miloud, dit Boulette, dit Gros lard existe vraiment. Il a commis des casses en robe et talons aiguilles. Sauf qu’il est, selon les dernières nouvelles, toujours en taule.

**Plat typique belge : purée de carottes

***Histoire vraie également. La première victime de l’attentat contre le WTC est Joséphine, une belge domiciliée à Marcinelle. Elle regardait l’explosion à la  télé lorsque celle-ci a implosé, mettant le feu à l’appartement.

****Bush a vraiment failli s’étrangler avec un bretzel !

*****Tich= zizi en bruxellois.

nouvelle de Nadine Monfils
( -toute reproduction interdite sauf aux ayants droit )


                                                                                                                                     25-9-10

Retour vers le SOMMAIRE
 <----- Retour vers Sommaire

Mise à jour de cette page: nil
Création de la page: 25 septembre 2010


©Copyright 2010 E.Borgers .Les illustrations et le texte de la nouvelle restent la propriété des ayants droit.
L'information et les textes sont présentés de bonne foi et l'auteur ne peut être tenu pour responsable d'éventuelles erreurs et imprécisions.
Polar Noir n'est pas une entreprise commerciale et n'est soutenu par aucun commanditaire.