CANAL NOIR



 
 
 
 
 
 
 
 
      MANUEL VÁZQUEZ 
            MONTALBÁN
 
 
 
 
 Décédé le 18 octobre 2003 à Bangkok, Manuel Vázquez Montalbán écrivain espagnol et catalan âgé de 64 ans occupait une place  à part dans le domaine du polar noir. 

Nourri de ses propres expériences politiques et sociales de gauche, cet intellectuel anti-franquiste aborda le polar en voulant en faire sciemment la chronique désabusée  d’une époque et d’un endroit : l’après-franquisme dans l’Espagne actuelle, au travers du parcours d’un détective privé de Barcelone, Pepe Carvalho. 

Mais le parcours de Carvalho met en lumière un mal qui n’est pas qu’espagnol, qui gangrène toutes les nations d’Europe, un mal fait de corruption, de mensonge, de désillusion et du  cynisme des institutions. 
La réplique ne se trouve-t-elle que dans un cynisme distant qui  devient le réflexe de protection de l’individu face au gâchis post-moderne, un réflexe que  pratique Carvalho la plupart du temps ? Ou  seront-ce les relents de générosité et de besoin de justice qui traînent encore au plus profond de l’âme de Carvalho qui seront les vraies voies de survie qui devront permettre de vaincre  l’hydre inhumaine ? 
C’est ce qu’explorait Manuel Vázquez Montalbán dans sa série. Une des questions fondamentales du roman noir.

Le public ne s’y est pas trompé et la série Pepe Carvalho, au succès mérité, est actuellement disponible dans 24 pays. Le style d’écriture de Montalbán, reflétant les talents littéraires qu’il avait développé dans d’autres domaines avant de se consacrer au polar, ajoutent à la qualité de cette œuvre prenante qui ne peut laisser personne indifférent.
La saga s’achève brutalement par la récente disparition de son auteur, 26 ouvrages plus tard.         

-EB-
 

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L'interview
Peu avant sa disparition, Manuel Vázquez Montalbán avait répondu à quelques questions posées par David Honeybone, rédacteur et fondateur du magazine australien Crime Factory, consacré à la littérature policière et leurs auteurs.

C’était juste avant le départ de Montalbán pour sa  tournée en Australie et Nouvelle-Zélande, début octobre 2003.
A ma connaissance c’est une des dernières interviews de l’auteur et probablement la dernière destinée à un public d’aficionados du polar.

C’est la traduction du texte de David Honeybone que vous trouverez ci-dessous.      -EB-

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 *     un des  derniers romans de Montalbán dans la série Pepe Carvalho traduits en français est commenté dans le chapitre Carnet Noir de POLAR NOIR :    L’homme de ma vie     *

E.Borgers
 


 

David Honeybone
Qu’est Barcelone pour vous ?

Manuel Vázquez Montalbán
Barcelone est à la fois le territoire où s’est formé ma mémoire et un lieu avec lequel j’ai un rapport de connaissance, un peu comme un chien lorsqu’il urine aux quatre coins. Il marque son territoire.  dÉtantonné qu’il s’agit d’une ville qui a  plusieurs couches, on pourrait dire qu’il s’agit de plusieurs villes en une seule, comme j’ai essayé de le montrer dans mon livre Barcelonas (qui fut traduit en français). 
Dans un livre comme Le pianiste, livre qui ne fait pas partie de la série de Pepe Carvalho, elle est le décor dans lequel se crée le combat contre le crime et parfois celui entre la politique et le crime.

DH
Qu’est-ce qui vous a amené au roman policier ? Quelle est son importance pour vous ?

MVM
Convaincu que la bourgeoisie et son genre littéraire, le roman, étaient morts, ou étaient sur le point de disparaître, j’ai commencé à écrire des romans expérimentaux avec la volonté de rompre avec les unités classiques, et Carvalho apparut pour la première fois dans J’ai tué Kennedy, un roman qu’on pourrait qualifier d’avant-garde.
Des années plus tard, dans les années 70, je me suis rendu compte que la bourgeoisie et le roman étaient deux cadavres en excellente santé ! En conséquence, je me suis voué à un genre de roman-chronique, inspiré du roman criminel américain, mais avec des éléments de transgression des caractéristiques essentielles, dont le mystère était le moindre.
Ce qui m’intéressait c’était l’investigation d’une époque, un voyage basé sur la complicité entre le lecteur et l’écrivain. Je m’intéressais non seulement à la période de transition entre le Franquisme et la démocratie en Espagne, mais aussi à la transition globale qui allait de la pilule contraceptive à la sexualité selon un pape polonais ou d’un pacifisme hippie à la guerre des galaxies.

DH
Quelle est l’histoire du roman policier en Espagne ?

MVM
Il  a ses origines dans le roman à énigme, urbain et  post-romantique, mais ne connut pas une évolution comparable aux romans policiers  anglais, nord américain ou français. 
Au début des années 50 il y eut une contribution importante de Mario Lacruz liée à l’existentialisme français. 
Plus tard il y eut un genre de roman basé sur la procédure policière, se concentrant sur les habitudes régionales ou espagnoles, produit par Garcia Pavón. 
Puis, dans les années 70, Jaume Fauster qui écrivait en catalan et Andreu Martin et moi qui écrivions en espagnol, qui avons tous créé de nouveaux styles de romans policiers aux ambitions littéraires. 
Une grande partie du succès de la série Carvalho vient du fait que le lecteur ne la considérait pas comme n’étant que de la littérature policière.

DH
Comment Pepe Carvalho est-il apparu?

MVM
J’avais besoin d’un garde du corps de Kennedy qui soit d’origine espagnole,  ancien communiste et sceptique, qui serait finalement convaincu que c’était lui qui avait tué Kennedy. Quatre ans plus tard, en 1974, ce personnage était transformé en détective privé.

DH
Quel fut l’accueil de la critique en Espagne ?

MVM
Ce fut un très grand étonnement. J’étais connu comme poète,  journaliste et comme auteur d’essais et de romans expérimentaux, et ils ont cru que je me rabattais subitement sur un genre commercial. C’était faux. Il n’y avait pratiquement pas de public pour le genre de romans policiers que j’écrivais. 
Cela changea lorsque je reçu le prix Planeta en 1979.

DH
Qu’espériez-vous réaliser en  créant ce personnage?

MVM
Changer le problème du point de vue, qui est un aspect essentiel de la relation entre l’écrit littéraire et l’écrit historique. Un détective privé est un voyeur, donc un romancier.
Il devait être détective privé, car aux yeux de l’Espagne post-franquiste la police avait gardé  une image fasciste.

DH 
Pourquoi brûle-t-il des livres ?

MVM
C’est sarcastique et vient du fait que le genre policier est supposé n’avoir fondamentalement qu’un faible contenu culturel. De plus, cela me permet de faire quelques clins d’œil culturels en brûlant le Don Quichotte ou  La théorie de la vie de Engels. 
Il y a aussi la fois où Carvalho brûle une anthologie de poésies érotiques dans laquelle les éditeurs n’avaient pas eu le bon goût de m’inclure…

DH
Quels sont les points communs entre vous et Carvalho ?

MVM
Nous avons des expériences communes dans des domaines comme  la politique,  l’histoire et  la vie personnelle, mais lui, il est plus grand et plus séduisant que moi... Il est devenu un nihiliste total. Moi, pas encore.

DH
Une des conférences que vous tiendrez lors de votre prochaine tournée (en Australie et Nouvelle-Zélande- ndlr) s’intitule Le mythe du roman criminel espagnol. Pourriez-vous nous en décrire brièvement  le contenu ?

MVM
En fait, je vais essayer d’expliquer la trajectoire réelle du roman policier espagnol qui a connu une véritable explosion et qui a retrouvé aujourd’hui une certaine quiétude.  
Le fait le plus important est la récupération du genre policier par le roman espagnol en général, et son influence sur celui-ci.
De manière générale, n’importe quel roman, du Satyricon à Madame Bovary, est basé plus ou moins fortement sur la transgression des trois tabous : ne tue pas, ne vole pas et ne convoite pas la femme de ton voisin.
 
 

© Crime Factory, 2003, pour l’interview en anglais
© E.Borgers, 2003, pour la traduction française et préface



Interview originale réalisée par CRIME FACTORY, 2003


 
 
 
 


 

Manuel Vázquez Montalbán - photo

 Manuel Vázquez Montalbán  
              
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   

Bibliographie française
(série Pepe Carvalho)

 J'ai tué Kennedy, ou les mémoires d'un garde du corps (Yo maté a Kennedy, 1972),  Éd. 10-18, 1996.

Tatouage (Tatuaje, 1974),  Éd 10-18, 1991.     

La solitude du manager  (La soledad del manager, 1977), Éd 10-18, 1988.
 
Les mers du Sud (Los mares del Sur, 1979), Éd. 10-18, 1988.
 -Première publication sous le titre de Marquises, si vos rivages..., Éd.
Le Sycomore, 1980.

 Meurtre au Comité Central (Asesinato en el Comité Central, 1981), Éd 10-18, 1991.
 
Les oiseaux de Bangkok (Los pájaros de Bangkok, 1983),  Ed. 10-18, 1991. 
  
La rose d'Alexandrie (La rosa de Alejandría, 1984),  Éd. 10-18, 1990.
 
Histoires de fantômes (Historias de fantasmas, 1991),  Éd. 10-18, 1995.
 
Histoires de famille (Historias de padres e hijos, 1987),  Éd; 10-18, 1995.
 
Trois histoires d'amour (Tres historias de amor, 1987),  Éd. Bourgois, 1995.
 
Histoires de politique fiction (Historias de política ficción, 1987), Éd 10-18, 1992.
 
Assassinat à Prado del Rey et autres histoires sordides
(Asesinato en Prado del Rey y otras historia sórdidas, 1987), Éd. Bourgois, 1994.
 
Les thermes (El balneario, 1986), Éd 10-18, 1991.
 
Hors-jeu (El delantero centro fue asesinado al atardecer, 1988), Éd. 10-18, 1992.
 
Les Recettes de Pepe Carvalho, (Las recetas de Carvalho, 1989),  Éd. Bourgois, 1996..
 
Le labyrinthe grec (El laberinto griego, 1991), Éd 10-18, 1994.
  
Sabotage olympique (Sabotaje olímpico, 1993), Éd. Bourgois, 1995.
 
Le Petit Frère (El hermano pequeño, 1994), Éd. Bourgois, 1997.
 
Roldán, ni mort ni vif (Roldán, ni vivo ni muerto, 1994),  Éd. Bourgois, 1997.

Le prix (El Premio, 1996), Éd. Bourgois, 1999.

Le quintette de Buenos-Aires (Quinteto de Buenos Aires, 1997)  Éd. Bourgois, 2000.

L’homme de ma vie (El hombre de mi vida, 2000),  Éd. Bourgois, 2002.

Dernier écrit, à paraître bientôt en Espagne (2004) : Milenio ( 2 vol )


   


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
Liens sur le Web:

CRIME FACTORY - magazine australien
Barcelone- capitale de la Catalogne
Editions Christian  Bourgois
La Bobila- Espagne-possède un fonds de litterature noire

Contactez-nous:  freeweb@rocketmail.com
 


 

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Mise à jour de cette page: nil
Création: 19 novembre 2003


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