POLAR NOIR



TOUT DANS LES POCHES


L’ÂGE D’OR >
DU ROMAN POLICIER NOIR AMÉRICAIN





LE DOSSIER COMPREND 4 CHAPITRES :

DES PULPS AUX "PAPERBACK ORIGINALS"                                                       VERS CHAPITRE
LE PAPERBACK ORIGINAL AMÉRICAIN   article de Bill Crider                vers page 2 >>> 
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LES PRINCIPALES SÉRIES DE PBO AMÉRICAINES                             SUITE SUITE vers page 2 >>>
ET PENDANT CE TEMPS_LÀ, EN FRANCE...                                    SUITE SUITE SUITE vers page 2 >>>



Des "pulps" aux "paperback originals"


Tout amateur de romans noirs américains, n’ignore plus que cette version subversive du roman policier est née dans des magazines à 10 cents qui, sous leurs couvertures agressives et colorées, ont abrité les débuts de cette littérature.
C’est dans ces « pulps » des années 1920 que s’est développée cette littérature « hard-boiled », dure, qui ne devait plus rien au roman policier de détection à l’anglaise. Ce sera sous les couvertures du mythique « Black Mask » qu’un public de masse découvrira certains des auteurs qui marqueront à jamais cette littérature, de Dashiell Hammett à Raymond Chandler, en passant par Horace McCoy, et des précurseurs comme Caroll  John Daly, Paul Cain, Raoul Whitfield, ou Erle Stanley Gardner.


Black Mask - fev 1926
Black Mask -1929
Detective Story - 1919
Detective Novel (sans date)
1926
1929
1919
1935


Quittant les pulps, les meilleurs auteurs seront vite publiés par les grandes maisons d’édition américaines, recyclant souvent leurs nouvelles et novellas (longues nouvelles) qui furent publiées dans les « pulps » en les retricotant en romans pour la circonstance. Les meilleurs eurent aussi vite droit,  pour leurs romans suivants, à des premières publications chez ces éditeurs traditionnels. L’engouement pour cette forme nouvelle de romans policiers attira assez rapidement le Hollywood des années 30, ce qui ne fit qu’augmenter la valeur de ces écrivains aux yeux des éditeurs.
Si les « pulps » survivent jusqu’en 1950, il faut admettre que leur impact sera moindre dès la deuxième guerre mondiale. La pénurie de papier durant la guerre, la concurrence des « comics » en fascicules et l’apparition du livre de poche en distribution de masse contribuèrent à son déclin durant les années 1941 à 45.
Les livres de poche de masse, création américaine, popularisés dans l’armée américaine en campagne partout dans le monde durant la deuxième guerre mondiale, prendra le relais des « pulps » et inspirera vite des éditeurs visionnaires qui auront compris que l’édition de masse en temps de paix, permettant des prix de vente très réduits, leur amènera un nouveau public de lecteurs de romans, public dont la majorité n’entrait jamais dans une librairie.
Dans un premier temps, ce ne seront que des rééditions de tous les genres littéraires qui alimenteront ces collections de poche naissantes, et, parmi celles-ci, nombre de romans policiers.

The Big Sleep - Raymond Chandler - reed. Avon
Réédition en paperback
The Big Sleep
(original publié en 1939)

Raymond Chandler


La formule est magique et dès  les ventes explosent, ce qui incitera nombre de grands et moyens éditeurs américains à créer leurs propres collections au format de poche durant la seconde moitié des années 40, suivant l’exemple du pionnier en la matière : Pocket Books, créé en 1939 et dont l’emblème -le kangourou Gertrude- était vite devenu fameux.
Ce marché prometteur attirera aussi nombre de nouveaux venus dans l’édition, d’autant plus que les ventes-miracles de certains titres réédités en « paperback » font entrevoir des gains élevés et, avant tout, rapides. Parmi ceux-ci, on trouvait la réédition d’un polar dont la première édition, en 1947 et en série normale cartonnée, ne s’était pas très  bien vendue. Il s’agissait de rien de moins que I, the Jury
(J’aurai ta peau)  de Mickey Spillane, qui en 1948, en format poche chez Signet, se vendra à 1 million d’exemplaires en quelques mois. Par la suite, son roman The Long Wait (Nettoyage par le vide) publié en 1951 en série cartonnée, se vendit en 1952 en « paperback »,  réédition au format  poche,  à 3 millions d’exemplaires en une semaine ! Un record absolu jamais dépassé.
Ce fut le coup de fouet qui incitera la majeure partie des éditeurs de « paperbacks » à consacrer une partie plus importante de leurs publications aux rééditions de romans policiers modernes de l’époque.
C’est  durant  le développement rapide de ces collections de poche qu’un éditeur prit une décision qui s’avéra capitale pour sa maison d’édition, mais aussi pour l’avenir du roman noir en plein développement. Il s’agit de Gold Medal Books, collection de la maison Fawcett,  qui en 1950 commencera à publier des textes ORIGINAUX  dans leur collection au format poche et au prix dérisoire de 25 cents US… Et, dans les années qui suivirent, ils vendirent à 1million d’exemplaires par titre, et parfois plus, de nouveaux romans d’auteurs qui se nommaient Charles Williams, Davis Goodis ou John D. MacDonald. Les autres titres, sans atteindre ces sommets, se vendront  à minimum 200,000 exemplaires chaque, ce qui permettait aux auteurs de roman noirs et hard-boiled de vivre décemment et de produire pour un large public.

Signet (1948) - I the Jury - M. Spillane
Gold Mrdal 124 - The Brass Cupcake - John D. MacDonald
Gold Medal 372 - Notorious - Day Keene
Lion Books 124 - The Burglar - David Goodis
Paperback historique
réédition poche de 1948

Gold Medal
John D. MacDonald



Gold Medal
Day Keene

Lion Books
David Goodis


Un véritable âge d’or de cette littérature démarra au début des années 50 et se perpétuera jusqu’à la fin  des années 60, grâce à ce que les américains appelaient les « paperback originals », PBO en abrégé, les romans en premières éditions publiées directement en format poche. On les trouvait partout : dans les kiosques, dans les drugstores, dans les petits prisunics et « mom and pop stores » de province, et on les lisait. Avidement.
Les couvertures étaient souvent racoleuses ou provocantes, les titres de préférence percutants et les résumés mis au dos plus qu’alléchants… mais dans la multitude des titres des années 50 et 60 on retrouve beaucoup de trésors de la littérature policière noire américaine qui, pour la plupart, ne furent pas réédités aux USA.  Ceux qui le furent se virent relégués dans des collections spécialisées et chères du milieu des années 80… dans les meilleurs des cas.

Le « paperback » de masse existe toujours aux USA, mais revenant à sa vocation de départ,t modifiée, il se cantonne la plupart du temps dans des rééditions pour ce qui concerne les romans policiers. Et le public qui lisait régulièrement des romans populaires  a disparu : de nos jours on le retrouve devant les innombrables séries télévisées policières made in USA…

Dans l’excellent article de Bill Crider, qui suit, vous trouverez les détails de la naissance de ces « paperback originals » aux USA. Il nous donne également ses commentaires sur quelques auteurs de hard-boiled et de romans noirs qu’il épingle parmi ces publications au format poche.
Sans ces éditions originales à bon marché, le roman noir n’aurait jamais eu le succès ni le développement qu’il connut dans l’Amérique des années 50 et 60.
Quoi donc de plus normal que de leur rendre hommage et la place qu’elles méritent dans l’histoire de la littérature noire moderne.


E. Borgers – mai 2004



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