Le Festival 2005  a vu défiler une belle brochette d'auteurs, actifs dans diverses branches du roman policier et du film, sans oublier les séries télé.

TOTAL POLAR, LE RETOUR a été organisé par la Maison du Livre (Bibliothèque et Centre d’animation) de Saint-Gilles, avec le soutien de la librairie spécialisée « Polar & Co » de Mons, et de la RTBF (radio belge francophone).



Les vedettes  de cette réunion….

YASMINA KHADRA  (auteur francophone d'origine algérienne)
NADINE MONFILS  (auteure)
SYLVIE GRANOTIER (auteure)
HÉLÈNE BIHÉRY (directrice de collection)
FRANK PAVLOFF (auteur)
THIERRY CRIFO  
(auteur)
PATRICK MERCADO  (auteur)
ALEXIS LECAYE  (auteur)
JEAN-CLAUDE SCHINEISER  (auteur)

et pour la Belgique :
PASCALE FONTENEAU (auteure et une des organisatrices de ce festival)
BARBARA ABEL (auteure)


TOTAL POLAR 2005  
L'ORGANISATION

Le comité organisateur  comprenait Pascale Fonteneau (auteure ) , Joëlle Baumerder (directrice de la Maison du Livre) et son équipe, Patrick Moens (amateur éclairé- ouvrit la première librairie spécialisée polar en Belgique), Alain Devalck (Polar & Co, librairie spécialisée à Mons) et la productrice Dominique Vasteels pour la RTBF- radio.




TOTAL POLAR  2005 -  COMPTE-RENDU   ( par E.Borgers)

CONTENU
--> LES AUTEURS S'EXPLIQUENT, face au public

  PAGE 2
      -->  LES AUTEURS S'EXPLIQUENT  - 2eme partie
      --> TABLE RONDE :  POLAR ET SERIES TELE
     
--> DEBAT : ROMAN NOIR ET REALITE POLITIQUE
     --> TABLE RONDE: LE MASQUE VIRE AU NOIR !
      --> CONCOURS RTBF DE NOUVELLES POLICIÈRES
     
  PAGE 3
      -->  LES AUTEURS JOUENT A LA PETANQUE: PALMARES ET PHOTOS COMPLEMENTAIRES


                                                 
                            FACE AU PUBLIC …

Il  s’est tenu une série d’interviews publiques des invités éclairant les auteurs et leurs oeuvres. Vous trouverez ci-dessous quelques comptes-rendus de ces interviews publiques.


Pour mieux comprendre le cheminement de l'auteur, ses intentions.


Yasmina Khadra né en 1955 rappelle sa jeunesse dans l’Oranais, où lorsqu’il aura 9 ans son père, un officier de l’ALN, décide que Yasmina sera militaire,  qu’il doit faire don d’un de ses enfants à la Révolution. Il le place donc dans une académie militaire, une école de cadets. L’état algérien après la guerre avait créé ces écoles pour y éduquer les orphelins de guerre qui autrement auraient étés tout à fait livrés à eux-mêmes.
Il y grandira, éloigné d’une vie publique et familiale normale. Khadra rappellera aussi qu’il était turbulent, parfois intenable, mais que très tôt il se mettra à écrire.

 Une de ses sources est la région d’où il est originaire  et où les habitants aiment s’exprimer en sentences recherchées, avec des formules et avec un sens du vrai et de la rhétorique. « Ils citaient un vers, un adage… pour essayer de me raisonner et j’en ai gardé un grand sens de la poésie qui ne me quittera plus. J’ai commencé à écrire à 11 ans, essayant de restituer tout ce qui était en moi, dont une partie de romans et contes français, lus comme une ouverture sur le monde extérieur. A 17 ans je publiais mon premier roman. »
« Mais, je n’ai jamais défavorisé ma carrière militaire au profit de ma vocation d’écrivain »

« Vu ma position et l’ambiance de l’époque, dans mes premiers écrits, je m’auto-censurais dans le choix des sujets, mais jamais dans leur développement. Je ne m’attaquais jamais aux tabous, à la hiérarchie, au gouvernement. Je voulais écrire à tout prix et m’initier à la littérature
En 1988 j’ai obtenu un petit prix, mais ma hiérarchie n’était pas trop au courant. Quand on est encensé en France, pour eux on se situe automatiquement dans l’hérésie ou la félonie…
GDS : « Vous étiez un traître ! »
YK : « Pas vraiment un traître… C’est un signe d’intelligence d’écrire, et l’intelligence à l’armée, ce n’est pas bien accepté. Donc ils ont voulu me soumettre à un comité de censure militaire. Ca c’était pas possible… C’est comme ça que j’ai envisagé d’écrire sous un pseudo et un pseudo féminin pour brouiller les pistes. J’ai pris deux des prénoms de ma femme, deux prénoms traditionnels… Elle m’a d’ailleurs alors dit cette très belle phrase : Tu m’as donné ton nom pour la vie, je te donne mes prénoms pour la postérité !...

« C’est bien aussi de rappeler aux arabes, aux machos, que la femme c’est ce que la nature nous a offert de mieux. Leur rappeler que leur courage, leur résistance, leur éducation viennent de la femme. »

GDS : Pourquoi le polar ?
YK : « Je suis tenté de dire par didactisme… Après l’avènement de l’Intégrisme en Algérie, on a vu le contenu des librairies fondre comme neige au soleil,  jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des livres algériens, alors qu’auparavant, tout ce qui se publiait en France était directement disponible.
Cette littérature algérienne ne faisait appel qu’à deux courants : le nationalisme cocardier et chauviniste ou l’ouvrage d’érudit, l’exercice de style. J’ai donc voulu écrire un livre « ordinaire » qui pourrait intéresser n’importe qui… C’est ce qui m’a fait créer le commissaire Llob.. Je n’avais alors aucune ambition, sauf peut-être de divertir le lecteur et à aucun moment je n’aurais pu prévoir que ces romans seraient vendus plus tard dans 12 pays… même aux Etats-Unis, pays du roman noir, et d’y être encensé par la critique du New York Times.
Je voulais réconcilier le public algérien avec sa littérature. Mes premiers romans étaient  Le dingue au bistouri , suivi directement par  La foire des enfoirés ,  mais je me suis vite rendu compte qu’ils étaient mauvais, surtout le second » qui était exécrable… Cela m’a réveillé et j’ai compris que l’enthousiasme peut être le pire ennemi de la littérature… Cela m’a permis de ne plus tomber dans la facilité par la suite.
En 89, sous mon pseudonyme, j’écrirai un livre prémonitoire Les Califes de l’Apocalypse, qui raconte exactement ce qui allait se passer dans mon pays. Les éditeurs parisiens l’ont immédiatement rejeté, car pour eux il était impossible que l’Algérie tombe dans un tel chaos.
En novembre 94, j'ai été en reconnaissance, en voiture banalisée et avec mon chauffeur, dans une région montagneuse sachant que les intégristes investissaient la région, pour essayer de voir ce qu’il s’y passait. Dans un petit village il y avait un rassemblement et des festivités dans le petit cimetière ; on s’y est arrêtés et on a attendu que les gens se dispersent pour continuer la mission.
Malheureusement, quand je suis revenu, j’ai vu une des choses les plus abominables qu’il m’ait été donné de voir, un attentat terroriste. Une trentaine de scouts, filles et garçons, dans leurs uniformes, qui avaient été si fiers de pouvoir participer à la festivité nationale, étalés là, tous morts, massacrés. L’horreur…
Trente jours plus tard, après ce qui a été le choc de ma vie, je me réveille avec mon manuscrit dans les mains… Je n’ai aucun souvenir de comment je l’ai écrit ! - ndlr: il s'agit de "Magog" première version de "Morituri".
Plus tard, vu le succès de la trilogie avec Llob en France, beaucoup d’écrivains algériens diront :  "ce n’est que du policier… c’est pas sérieux."
C’est pour ça que je suis revenu vers la blanche, avec  A quoi rêvent les loups pour expliquer exactement ce qu’est un Intégriste aux occidentaux. L’histoire d’un jeune arabe, moderne qui vit dans son temps, mais dont les rêves sont brisés, irréalisables à cause de son environnement. C’est à partir de sa révolte qu’il deviendra Intégriste »

GDS : Lob, ça veut dire quoi ?
YK : Dans l’édition du premier roman de Llob en France, il y a eu un glossaire qui l’accompagnait et qui était d’une imprécision totale. La dame qui l’avait établi voulant montrer qu’elle connaissait l’arabe. Mais c’était souvent faux, comme son interprétation du mot Dine qui est tout à fait fantaisiste.
Llob veut simplement dire « jeune lion », pour cette dame ça voulait dire : le noyau dur. C’était aller trop loin…

Khadra rappellera également qu’en octobre 2001, invité à la foire de Francfort, en Allemagne, un mois après le 11 septembre américain, les Intégristes lancèrent officiellement des menaces de mort à son encontre,  promettant de l’assassiner,lui et tous ceux qu’il rencontrerait.
Il avait dû quitter immédiatement l’Allemagne, à la demande des autorités.
Mais, comme il le souligne : « les Islamistes ne me font pas peur… »
Il vit en France depuis janvier 2001, car la paperasserie et les tracas administratifs institutionnalisés ne lui permettent pas de se rendre à l’étranger dans un délai court, d’où difficultés d’assister à des colloques, de visiter les éditeurs etc.
Terminant son contrat avec l’armée, il a choisi la littérature et s’est installé en France pour accompagner le plus loin possibles ses propres livres.
Comme il le rappelle, il est un expatrié, un émigré, mais pas un exilé. Il peut rentrer en Algérie quand il le veut et ne voit pas pourquoi on l’en empêcherait.

Khadra parlera aussi de l’évolution de la femme en Algérie, des pressions qu’elle subit par la montée de l’Intégrisme. Il soulignera aussi l’éveil de l’Algérien moyen qui en est venu à se demander si il n’a pas été manipulé depuis longtemps, son plus grand ennemi étant sa naïveté, lui qui a toujours cru ce que lui disait le pouvoir et qui a suivi le renoncement prêché depuis si longtemps. Le renoncement d’un peuple est toujours une erreur fatale.

L’incident
Yasmina Khadra rappellera aussi qu’il est redevable au français, langue grâce à laquelle il a tout appris en littérature, mais qui pour lui  reste une langue d’emprunt.
L’intervieweur, Gérard de Sélys voulant « asticoter » Khadra sur la préciosité apparente de certaines phrases des ses romans littéraires, où d’après lui on trouve  des termes parfois peu précis, fait déraper l’interview et il fera encore plusieurs autres remarques frôlant la cuistrerie sur les écrits de l’auteur, ce sur un ton hautain qui pouvait facielemnt se confondre avec le mépris.
D’autant plus inexcusable que de Sélys est un professionnel de la radio et que Khadra était d’une patience totale et ne refusait aucune question ! Inexcusable.
Excédé, mais courtois, Khadra  terminera l’entrevue qui avait été plus qu’intéressante jusqu’alors.
On ne peut que regretter cette fausse note déplorable du meneur de jeu, attitude peu à l’image de la tolérance habituelle rencontrée dans le monde des vrais amateurs de polar.


(J'ai  rencontré Yasmina Khadra dans le cadre de ce festival et il a bien voulu répondre à mes questions >>> voir le texte de l' interview   - EB)



Frank Pavloff  Ecrivain au tempérament de poète, fort asorbé par son engagement social, Frank Pavloff a été habilement interrogé par Jean-Pol Heck, animateur de cette interview. De cet échange passionnant, nous avons retenu quelques moments forts ou éclairants.

Jean-Pol Hecq rappelle l’impact qu’a eu Frank Pavloff avec sa courte nouvelle  Matin brun  qu’il avait écrite en réaction à la résurgence des mouvements et partis fascistes en France, et qui, publiée sous forme de plaquette par un petit éditeur indépendant, s’était finalement vendu à un million d’exemplaires (Pavloff avait d’ailleurs renoncé à percevoir des droits d’auteurs afin que le prix de la plaquette restât minimale : 1 Euro; le tirage phénoménal pour répondre à la demande fut une très grosse surprise et un gros problème pour l’éditeur – ndlr).
Frank Pavloff souligne qu’il a fait œuvre de fiction et que ce n’est  pas un essai, un pamphlet politique. Souvent la fiction touche un plus grand public, d’où son importance.

Il rappelle qu’il appartient, vu son âge, à la génération des utopies et que mêmes si celles-ci sont souvent reléguées, il faut se demander, à son niveau et à avec ses moyens, comment on peut intervenir et influencer.

Ecrivain engagé ? Aujourd’hui cela n’a plus la même signification que ce qu’on entendait par ces termes il y a une trentaine d’années et plus.

Le polar pourrait être un genre où se réfugie encore l’engagement et où on veut crier sa colère contre plusieurs formes d’oppreseion rampantes ?
« Le polar est aussi une manière d’être pour les gens. Dans ces réunions polars je rencontre la diversité, la simplicité et la convivialité. L’écrivain de polars, avec ses livres sait aller à la rencontre des gens ; dans les réunions consacrées à la blanche, je ne rencontre pas toujours ça… »
On peut écrire ce que l’on vit ou être un écrivain de polars un peu pépère qui ne fait qu’ imaginer les situations noires.

Professionnellement, vos activités sont dans le "non-marchand " - Frank Pavloff s’occupe d’enfants et de jeunes, aussi de leurs comparutions devant des tribunaux. Acceptez-vous ce cousinage entre votre vie professionnelle et celle de l’écrivain ?
« Mes livres reflètent mes émotions, mes colères, mes désirs… ce n’est pas que de la dénonciation (de problèmes- ndlr), c’est aussi raconter des histoires, faire vivre mes personnages et de les faire dialoguer, plutôt que d’écrire des discours. Mais je ne décris pas ce que j’ai vécu».

 Hecq présentera ensuite le livre de Pavloff consacré aux malades mentaux du Togo, avec ses textes et les photos d’un photographe qui refuse le spectaculaire. Le tout fait en collaboration avec " Handicap International ". «Des gens sans avenir ni passé, j’ai essayé de leur donner au moins un passé ».
Son prochain livre tournera autour du pont de Mostar, reconstruit récemment, symbole entre les chrétiens et les musulmans, sans citer le nom de Mostar…

Pavloff parlera également de son expérience de contact direct avec les jeunes, dans les lycées et ailleurs, expliquant qu’il cherche à ne pas les éloigner par un discours qu’ils ne comprennent pas ou qui ne les intéresse pas. Il faut provoquer l’intérêt et la réflexion.

Frank Pavloff est également directeur d’une collection pour la jeunesse, "Le Furet", chez Albin-Michel, espèce d’équivalent du Poulpe pour les adolescents, et il fut directeur de la collection "Souris noire" chez Syros. S’il est difficile de garder les mêmes ambiances et certains sujets du roman noir quand on s’adresse aux jeunes et aux adolescents, voire aux enfants, il est nécessaire de leur faire comprendre que les zones d’ombre peuvent être intéressantes à visiter... « lorsqu’on les prend par la main pour les guider dans cette ombre. Et, la tapette à souris n’élimine pas la souris, le gruyère à la bouche, à la fin du roman. J’ai envie de donner de l’espoir, les jeunes ont besoin d’espoir.
 Avec les adultes, c’est tout différent et on peut se permettre de dépecer la maman si on en a envie ! Le polar pour la jeunesse aide l’enfant à grandir et à leur donner une vision de la société. C’est un peu comme l’initiation dans la forêt, les rites de passage des jeunes en Afrique, quand ils en reviennent les jeunes sont changés»
Il rappellera que les responsabilités sociales sont faciles à mettre en œuvre dans un roman pour les jeunes et qu’il utilise presque toujours des auteurs confirmés ayant écrit pour les adultes et la jeunesse, pour éviter de transformer le roman pour jeunes en exercice de pédagogie.
« Il faut une intrigue et une bonne densité d’écriture, cela doit être rapide, on ne doit pas trop s’attarder sur des descriptions inutiles, et ça les écrivains de romans policiers savent bien faire »

En exergue, prononcée durant les intéressantes discussions avec le public présent, cette phrase de Pavloff

« Je vois ce drapeau européen rongé par les mites brunes… »


Phrase avec laquelle nous ne pouvons qu’être d’accord. Sans oublier la nouvelle extrême-droite, celle qui n’a pas de nom qui fait peur, celle qui avance masquée, déguisée, et qui est prête à faire alliance avec " les plus forts ", le moment venu, pour servir ses intérêts directs de pouvoir et d’argent.


EB - janvier 2005


Pour lire le solo de Nadine Monfils
ainsi que
les débats
par le panel d'auteurs
et le compte-rendu des Prix des concours de nouvelles policières  

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               Yasmina Khadra - pendant l'interview publique

                Yasmina Khadra
             répondant aux questions
                    (photo : E.Borgers)




























































                                                             Yasmina Khadra et Gérard de Sélys (g)

                 Yasmina Khadra
    interviewé par Gérard de Sélys (à g.)
                     (photo: E.Borgers)























































                 Frank Pavloff
                   Frank Pavloff
                     face au public



























                                                              Frank Pavloff et Jean-Pol Hecq (g)
                   Frank Pavloff  
     interviewé par Jean-Pol Hecq (à g.)
(c) copyright 2005 E.Borgers                                                        Début de page - retour Retour début de la page



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