Pour 2006 TOTAL POLAR, ONCE AGAIN ! a été organisé comme les années précédentes par la Maison du Livre (Bibliothèque et Centre d’animation) de Saint-Gilles
les 3, 4 et 5 février 2006

 Avec le soutien de 
la RTBF (radio belge francophone) et de la librairie spécialisée
 « Polar & Co » de Mons .
Cette année, il y aura eu l'introduction
 d'un media supplémentaire : le cinéma.


Les invités  de cette réunion….

FRANZ BARTELT  (auteur)
SYLVIE GRANOTIER (auteure)
PATRICK PÉCHEROT (auteur)
MARC VILLARD (auteur)
HÉLÈNE BIHÉRY (Le Masque)

et pour la Belgique :
PASCALE FONTENEAU (auteure)
BARBARA ABEL (auteure)



TOTAL  POLAR  2006




L'ORGANISATION
Le comité organisateur  comprenait Pascale Fonteneau (auteure ) , Joëlle Baumerder (directrice de la Maison du Livre) et son équipe, Patrick Moens (amateur éclairé- ouvrit la première librairie spécialisée polar en Belgique),et la productrice Dominique Vasteels pour la RTBF- radio.





TOTAL POLAR  2006 -  COMPTE-RENDU     par  E.Borgers

Les diverses manifestations consacrées au cinéma ne sont pas prises en compte ici; elles étaient principalemnt  constituées de projections ayant lieu dans la salle du Centre Culturel Jacques Franck
CONTENU
FACE AU PUBLIC :
LES AUTEURS EN QUESTIONS

-Franz Bartelt
-Patrick Pécherot
-Marc Villard

CONCOURS DE NOUVELLES  (pg 2 )
de la RTBF
jeunesse (de la Maison du livre)



FACE AU PUBLIC …

Il  s’est tenu une série d’interviews publiques des invités présentant les auteurs et leurs oeuvres. Assis dans le "Fauteuil d'Introspection" ils ont joué le jeu et ont répondu aux questions de l'animateur et du public.
Ci-dessous les comptes-rendus de ces interviews publiques.

Pour mieux comprendre le cheminement de l'auteur, ses intentions.


         
        Franz Bartelt  - fév. 2006 -photo E.Borgers                       Franz Bartelt interviewé par P. Fonteneau
        Franz Bartelt s'explique...                  Pascale Fonteneau et Franz Bartelt
            (photos: E.borgers)

Franz Bartelt  Intarissable conteur d’anecdotes, captivant son auditoire avec un patchwork fait de fantaisie et d’examen profond de la démarche de l’écrivain, Franz Bartelt nous a fourni les pièces d’un puzzle qu’il nous appartient de reconstituer. Il y a pourtant des constantes dans les déclarations de cet auteur atypique : l’alternance de la vérité et de la fable, du concret et de l’exagéré, et une vraie passion pour le mot et la phrase. Sans oublier son humour, omniprésent.

Interviewé par Pascale Fonteneau, celle-ci rappellera que ce n’est pas la première fois qu’elle questionne Franz Bartelt, et qu’à chaque fois il a répondu à tout ce qu’elle …n’avait pas demandé. Donc cette fois  elle n’a rien préparé de spécifique et elle déclare qu’elle l’enverra « sur la route du polar », toutefois sans présenter de questions telles que.
Malicieusement, Bartelt lui rétorque que cette attitude n’est pas toujours volontaire et que la plupart du temps il répond mal car il ne comprend pas les questions, plutôt par manque de concentration…

Comme Fonteneau est persuadée que Bartelt a fait du polar par coquetterie, elle se voit répondre :
- Par prétention… J’ai couru derrière le polar noir toute ma vie, car j’ai appris à lire dans le roman policier. Mais je ne suis pas un auteur de romans policiers… je suis un écrivain qui travaille sur le langage et qui, pour se faire plaisir, fait du policier.
Sur sa méthode, il révèle:
-A l’heure actuelle, avec les ordinateurs il est facile d’ajouter 200 pages à un roman et de finir avec 450 pages sans s’en rendre compte ; mais je travaille sur les phases et les mots et j’essaie de rester dans les 200, 250 pages. Et j’ai bien du mérite, car je tape ça avec un doigt !
L’autre ? il me sert à tenir ma pipe…

FB
 Le jardin du Bossu  (paru à la Série Noire en 2004- ndlr) est un roman qui aurait pu paraître dans la Blanche…mais je l’ai un peu altéré..
PF :
Justement : qu’as-tu altéré ?
FB
Ce n’est pas la bonne question…  (rires)
Le livre a été fait simplement à cause du fait que je n’avais pas produit mon nombre de pages cette année-là et je me suis dit que je devais faire quelque chose dont je savais me sortir facilement
PF
Et il t’a fallu combien de temps
FB
J’essaie toujours d’écrire mes livres le plus rapidement possible. J’y consacre un maximum de six semaines, car après cela le doute s’installe, j’aurais envie de tout reprendre. Ce n’est donc pas pour aller vite.
FB
Je n’ai jamais réussi à me faire aux structures du genre des romans policiers où tout est à sa place. Quand je lis des romans policiers actuels, il m’arrive d’avoir un sentiment de malaise, comme devant un  film où tout est bien arrangé.

Evoquant ses lectures dans le domaine du  policier, Franz Bartelt va rappeler son admiration pour les romans policiers, et pour certains films qu’on en a tirés, écrits par l’écrivain belge Stanislas-André Steeman, ainsi que pour la concision de Simenon qui peut par quelques mots planter le décors et par seulement un petit mot rappeler l’ambiance dans la suite du texte, et retrouver l’atmosphère décrite dans certains des personnages.

Il va aussi évoquer la partie de sa vie qui s’est déroulé dans une scierie industrielle, petite ville en soi avec ses multiples ateliers et par la surface occupée par le tout (dans les Ardennes proche de Charleville). Aussi  le choc qu’il a, éprouvé en découvrant les romans d’André Dhôtel, notamment  Le pays où on arrive jamais  vers neuf ans.
- C’est le seul roman que j’ai lu quand j’avais 9 ans, et on peut dire qu’il a bouleversé ma vie. Comme Dhôtel habitait près de chez moi, je le voyais dans le journal. Il n’était même pas beau… tout petit, mais il faisait des livres. Donc moi aussi je pouvais devenir écrivain.

Il rappellera également les caractéristiques et la dureté de vie dans ce secteur de l’Ardenne, proche de la frontière belge, coin un peu oublié et sacrifié par peur des offensives allemandes.
Pas de travail, pas de ressources, c’était la misère et les gens s’en allaient. Mais cette région oubliée avait une richesse : son langage.
-Ce sont des méridionaux… Ils parlent beaucoup, ce sont des menteurs.
Un exemple : une vielle voisine de 86 ans  venait tous les dimanches boire la "goutte" à la maison, et un jour des garnements du quartier avaient placé un baquet plein de ciment frais devant sa porte, et elle a trébuché dedans. Voyant le ciment frais, elle a été persuadée que c’était fait exprès pour qu’elle mette le pied dedans et reste prisonnière. Elle nous raconte l’histoire, affolée, en disant : « J’ai été victime d’un attentat ». Elle donnait donc à l’incident une toute autre dimension.
Moi j’ai utilisé ce procédé souvent par la suite, avec des gens qui parlent avec exagération, avec emphase de ce qui leur arrive.
D’ailleurs à Nouzonville (Ardennes), près d’où je réside, on a constaté que les gens ne partaient pas… Phénomène réel, même étudié par le FNRS. Ce sont des gens qui à l’origine venaient de Liège (Belgique), pour les forges. "Nouzon" est une contraction qui veut dire : « nous avons ». Donc ils ne doivent pas aller ailleurs, tout est chez eux… Mais restant entre eux, ils sont obligés de tout grossir pour en faire des événements, et ce qui leur arrive devient vite une épopée quand il le raconte.
Et, à cause de l'isolement, ils sont également devenus des bricoleurs de génie qui ont inventé des choses utilisées dans le monde entier.

Pascale Fonteneau lui demande s’il fréquente des bars pour y rencontrer les habitants du lieu et écouter leurs histoires; Bartelt répond :
- Je ne fréquente pas les bars
Malgré le développement qu’il donne à cette idée, Pascale Fonteneau lui fait remarquer que son dernier livre publié s’appelle : Le Bar des Habitués (*)… Bartelt reconnaît alors que par le passé il a eu ses faiblesses, et… qu’il a fréquenté Antoine Blondin. Et de  Rappeler la fameuse phrase de l’écrivain éthylique, dans ses rubriques consacrées au sport : « Il est arrivé premier dans un état second ».
(*)publié chez Gallimard en octobre 2005- ndlr

Allusion faite aux voyages, bien que Bartelt ne soit pas un grand voyageur, il rebondit  sur la question en évoquant son voyage de plus de 5 heures pour faire 150km en train, de chez lui à Bruxelles.
-Pascale m’avait dit :
«Je suis certaine que tu vas nous parler de ton voyage…»
-Et tu as réussi à le placer ! lui rétorque Pascale Fonteneau
-Oui, effectivement. Et il y a autre chose que je parviens à placer depuis plus de 40 ans, le seul truc qui me reste de l’allemand que j’ai appris à l’école, et c’est : « Siegfried hat  der Drache getöt », Siegfied a tué le dragon… Je le place partout, en souvenir de mon profeseur d’allemand vraiment nul, un instituteur qui avait été prisonnier deux ans en Allemagne pendant la guerre- ce qui à l’époque, après la guerre, le qualifiait pour devenir prof d’allemand. (rires)
C’est la seule chose que j’ai réussi à apprendre avec lui !

PF
C’est un homme d’habitude, comme le prouve ce qu’il vient de raconter…
C’est pourquoi je ne croirai jamais que tu aies fait quelque chose par hasard, et ça se retrouve dans tes écrits. Tu savais parfaitement ce que tu allais faire quand tu as écrit ton polar.
FB
Non je ne savais pas ce que j’allais mettre dedans. Comme je l’ai expliqué, j’ai fait des tas de plans de romans policiers et lorsque je passais à l’écriture, je m’arrêtais au bout de 10 pages. Parce que je croyais qu’il y avait des formules.
PF
Et tu as donc fait ton polar car il te manquait 200 pages dans ton année pour atteindre le nombre de page que tu t’obliges à écrire par an.
D'un autre côté, je suppose que tu partiras heureux de Bruxelles où tu as pu placer ta phrase avec le dragon.
FB
Bien sûr. Et je la fais à tout le monde. Il y a même des femmes qui m’ont aimé pour ça. Ca donne du mystère, tout le monde croit que je suis bilingue. (rires)

Après quelques digressions, Bartelt revient à l’écriture.

«J’écris surtout pour dire : non. Je fais de la pataphysique, et la pataphysique, c’est vraiment dire non.  D’ailleurs  Le jardin du Bossu  est un roman   "pseudo-pataphysique ".
Et on le comprend mieux, si on sait cela. De même que mes autres livres.
»

Vers la fin de l’entretien, Franz Bartelt va présenter la pataphysique comme
«... la science des solutions imaginaires qui accordent symboliquement ou idéalement les propriétés aux objets décrits dans leur virtualité ». La science de l’exception. Et de décrire succinctement les buts de cette "patascience ", rappelant qu’un de ses amis, Serge Frechet, a écrit un roman pataphysique dans la Série Noire (il s’agit de "Hanxuema"- SN publié en 2003 ; l’auteur est membre du Collège de Pataphysique -ndlr).
Franz Bartelt rappelle aussi que les « Cahiers de la Pataphysique » étaient imprimés à Charleville, et c’est comme cela qu’il  fit connaissance avec celle-ci, vers l’âge de 12-13 ans.
Assimilant Rimbaud à la sphère pataphysique, il prétend y trouver l’explication de certains des mots utilisés par le jeune poète par le biais de la pataphysique, en donnant deux exemples qui clôtureront la séance.

 
(Voir aussi l'interview de Franz Bartelt faite par POLAR NOIR - cliquez)

©2006 E.Borgers                             retour  

       
     Patrick Pécherot - fév. 2006 -photo E.Borgers                           P. Pécherot interviewé par H. Orfinger
         Patrick Pécherot                                 Henri Orfinger scrute Pécherot 
        (photos: E.Borgers)

Patrick Pécherot
 est interviewé par Henri Orfinger.
Partant des livres les plus récents de l’auteur, l’interviewer rappelle que  Boulevard des Branques , qui raconte l’histoire de l’enquêteur Nestor, se passe durant l’invasion allemande de la France, l’exode et le début de l’Occupation, en 1940-41. Il y voit une manifestation de  "polar historique" .

Patrick Pécherot
Oui et non. Ce n’est pas vraiment un polar historique. Plutôt une ballade dans l’histoire. Je ne me reconnais pas dans ce qu’on appelle le polar historique. Le polar historique demande une reconstitution fidèle qui devient le moteur central du livre et je ne veux pas m’enfermer dans un genre comme celui-là. La série de trois volumes qui se termine avec le  Boulevard des Branques , débutait en 1926 par un hommage à Léo Malet- 1926, car c’est la date de l’arrivée de Malet à Paris. Le second  se passe en 1938 parce que j’avais envie de traiter de la guerre d’Espagne sans sortir de Paris, et c’était également la fin de la guerre d’Espagne avec la fin de l’illusion des idéologies ; on pouvait aussi déjà entrevoir le début d’une période beaucoup plus noire qui allait suivre, celle de la guerre. Puis, c’est 1940 car j’avais envie de traiter d’une période intéressante et durant laquelle apparaissaient beaucoup de choses, jusqu’en 1941, date à laquelle apparaît le vrai Nestor Burma dans les écrits de Malet. Mon petit Nestor aura donc connu pratiquement 3 guerres : dans le premier livre, ce sont les suites de 14-18, puis la guerre d’Espagne, et, en finale, la deuxième Guerre Mondiale.

Henri Orfinger évoquera alors les personnages réels intervenant dans les romans, tel André Breton, ou les mouvements auxquels Malet a participé, comme le surréalisme.  Pécherot détaillera la manière dont il les a utilisé dans ses diverses histoires avec Nestor, soulignant qu’à côté de ce qui est réel, il a modifié certains aspects des personnages ayant existé pour les utiliser dans ses romans. Le tout gravitant autour de certains faits ayant réellement eu lieu durant ces périodes.
Patrick Pécherot soulignera d’ailleurs que le deuxième volume  Belleville-Barcelone  n’est certainement pas un hommage aux Marxistes espagnols, en réponse à Henri Orfinger qui voulait savoir si c’était un hommage à certains des personnages réels utilisés.

Pécherot rappellera aussi que le détective privé dans le polar français est assez rare, puisque en France la  fonction équivalente d’enquêteur n’est pas identique à celle des pays anglo-saxons, avec des missions bien plus étroites réglées par la loi française. Burma est vraiment une création de Malet et un des rares personnages de ce type dans le polar français se passant en France.
Il faut aussi se souvenir que Malet avait évolué dans la sphère anarchiste des années 20/30, ce qui donne une coloration spéciale à son personnage de flic « marchant en dehors des clous… ». Pécherot reconnaît par ailleurs que durant sa propre jeunesse il a côtoyé ce milieu et ce genre de pensée, et que donc il se sent « bien » avec le personnage de Burma.

Orfinger insistera sur le fait que vers la fin de sa vie Léo Malet a changé d’orientation, allant jusqu’à se qualifier lui-même d’anarchiste de droite, ce qui pour Pécherot justifie de se poser la question de savoir si Malet fût jamais de gauche… tout en reconnaissant que c’est de moindre importance, car ce qui importe ce sont les écrits, l’auteur. Même s’il a mal tourné ( tout en rappelant que l’âge peut ravager l’esprit comme le corps et aussi que Malet avait l’habitude d’en rajouter, par esprit de provocation).

Sur une remarque d’Orfinger, Pécherot se défend – à juste titre-  d’écrire en argot, rappelant par la même occasion que tout argot réel est fait pour ne pas être compris par les autres et que tous les argots sont datés, se démodent et peuvent devenir incompréhensibles avec letemps. Il insiste sur le fait que dans ses romans avec Nestor il utilise un langage coloré, certes, mais qui reste dans les limites du langage populaire et du langage de la rue, qui empruntent expressions et mots d’un peu partout et même à certains argots.

Parlant des  deux premiers romans de Pécherot,  Tiuraï  et  Terminus nuit , Henri Orfinger fait remarquer que là il n’est plus question de langage populaire, et :
HO
Mais ce sont aussi des romans noirs et politiques… ou des romans engagés
PP
Je n’aime pas l’expression « noirs et politiques », ce sont des romans orientés socialement ; ni politiques ni engagés. C’est du roman policier à trame sociale.
Je me sens assez proches des préoccupations exprimées par des auteurs comme Didier Daeninckx et Jean Amila, plus que d’autres qui écrivent des romans de truands ou des romans à tendance métaphysique, etc. Je travaille plus sur la mémoire sociale que sur autre chose. J’aime aussi que les lecteurs redécouvrent des choses dans mes romans, comme les Républicains espagnols dans Belleville – Barcelone. Il y a toute une mémoire un peu oubliée, et c’est dommage qu’elle se perde.
HO
Dans Tiuraï, il a les essais nucléaires, mais aussi un hommage à Jean Amila. Pourquoi votre hommage à Amila.
PP
C’est un de mes auteurs favoris.

Pécherot raconte alors comment il a fait connaissance par échange de lettres avec Amila après un de ses papiers sur Le Boucher des Hurlus , un de ses romans préférés. Mais Amila est mort juste avant qu’il ne décide, des années plus tard, de lui rendre visite. Il rappelle aussi, à juste titre, que Amila dans ses éléments biographique ne donnait pas toujours les vraies explications, même si les conséquences de certains épisodes malheureux sur sa vie étaient bien réelles.
L’orphelinat et l’histoire du père, son passage à Tahiti et le livre contesté qui en découla sont des épisodes dont la réalité est fort différente de ce qu’il en a longtemps dit.
L’année où Amila meurt (1995) est aussi l’année de la reprise des essais nucléaires, Ce qui amènera Pécherot à écrire « Tiuraï » (publié en 96) et à donner le nom de "Meckert" (vrai nom d’Amila) à son personnage principal. Il rappelle que, en fait, il aurait dû s’écrire Mecker, mais à cause d’une coquille de typo, il redevient Meckert dans la version imprimée. Et dans le roman suivant, Gallimard a aussi remis le « t » (pour Thomas Meckert – ndlr).
C’est suite à de la documentation reçue dans le cadre de son activité syndicale que l’idée qui a donné lieu à « Touraï » lui est venue, roman dans lequel les accidents ne sont pas de la fiction. Ni les émeutes de la prison.

HO
Que pensez vous de la postérité du roman noir en France, la postérité actuelle de Manchette, Daeninckx et ceux de leur génération ?
PP
Je n’en sais trop rien pour ce qui est de dire où est cette postérité. Par contre, nous sommes tous, les auteurs actuels, la postérité de ceux qui nous ont précédé, même de ceux que nous n’aimons pas… On essaye de faire une continuité de ceux qu’on a aimé et de ne pas faire quelque chose de semblable à ce qu’on a détesté.
Je suis persuadé que le roman noir fait partie de ce qu’on pourrait appeler le roman social. Dans le roman social, on peut inclure beaucoup de choses, et le roman noir est l’une d’elles.
Le roman noir américain est, par ailleurs, issu d’auteurs qui ont vécu des périodes très particulières : pour certains c’est la guerre de 14-18 et les tranchées (et on ne revient pas intact d’une telle expérience), puis quand ils sont revenus dans leur pays, c’était la prohibition et la corruption de la société américaine, même de la police. Il s’en suit que lorsque on lit ces auteurs on a une photographie de la société  américaine de l’époque.
En France, ce qui deviendra le roman social et le roman noir, est passé par le 19e siècle et les feuilletonistes. Mais même ces derniers avaient déjà des préoccupations fortement sociales, comme l’Eugène Sue des Mystères de Paris   qui a eu un retentissement tel qu’il est à l’origine des Misérables de Victor Hugo et que Balzac, par la suite, créera son personnage de Vautrin. On peut donc dire que le roman noir français est à la jonction du polar américain et des feuilletonistes et naturalistes français du 19e siècle.
Mais il ne faut pas que le roman soit un tract. Il faut du recul. Il faut aussi, pour qu’il y ait roman, une histoire et la musique des mots…

Pécherot confirme qu’il abandonne son personnage de Nestor, mais pas l’Histoire. Il y reviendra sous d’autres formes, en faisant autre chose. Il déclare aussi qu’il ne veut pas s’enfermer dans un système et qu’il veut garder son plaisir d’écrivain.

Suite à une question du public, Patrick Pécherot confirme que c’est bien la langue qu’il entendait parler autour de lui dans le temps qu’il a utilisée dans ses Nestor, même si on ne la parle plus comme ça aujourd’hui. C’est un langage populaire de cette époque.
Je fais remarquer que c’est aussi un écho à la manière d’écrire de Malet qui utilisait parfois le langage populaire dans ses  Nouveaux Mystères de Paris .
Parlant du langage de ses écrits, il souligne qu’il déteste les longueurs inutiles comme les longues descriptions des romans historiques, qui sont des espèces d’auto-justification et de rentabilisation du matériel utilisé comme référence. Il rappelle que, comme Bartelt, c’est Simenon qui l’impressionne quand il parvient en deux ou trois mots à évoquer la pluie, et  « finalement le lecteur est imprégné, il en sort tout mouillé… ».
Répondant à une dernière question, il confirme qu’il utilise l’ordinateur pour écrire ses textes, afin de profiter des facilités de mises en page, de collage, de déplacement de texte… de corrections. Par contre il fait encore des corrections sur l’épreuve papier, épreuve qui donne une autre vision de son texte, une autre perception. Ce qui déclenche de nouvelles corrections
.

>Voir aussi l'interview de Patrick Pécherot faite par POLAR NOIR -cliquez

©2006 E.Borgers                         retour

     
      Joe Pinelli  - fév.2006 -photo E.Borgers                                       Marc Villard - fév.2006 - photo E.Borgers
     Joe Pinelli questionne...                                    ...Marc Villard répond


Marc Villard
répond aux questions de Joe Pinelli, illustrateur belge avec qui il a déjà collaboré.

Pinelli, d’emblée souligne que les titres utilisés par Marc Villard sont très courts, et il suppose que c’est fait pour en faciliter la mémorisation.
« Non, je ne me pose pas trop de questions au sujet des titres. D’ailleurs j’ai des titres plus longs :  La guitare de Bo DiddleyLe roi sa femme et le petit prince  et encore d’autres. En général je suis assez mauvais pour choisir un titre. »

Sur la manière dont il aborde la conception et l’élaboration d’un livre, Marc Villard explique :
« Je fais partie des gens qui laissent mûrir la chose longtemps avant d’écrire un livre. C’est le moment le plus intéressant dans la conception d’un livre,  lorsque dans la tête on raconte l’histoire, on élabore des événements. On n’a pas trop envie que ça se termine. C’est ce qui me plaît le mieux dans la création d’un livre…
Par contre il faut bien se mettre à la rédaction, et pour cela je fais un petit plan pour mettre les idées en place : rien d’élaboré comme chez Ellroy, ni de très compliqué.
Je suis plus intéressé par l’ensemble du projet que par l’écriture même du livre, car l’écriture comme acte physique n’est pas un moment vraiment agréable. On peut même s’y ennuyer plus qu’autre chose. Cette période d’écriture est assez réduite, conséquence de mon travail préparatoire est assez long et fouillé. »

Quant à ce qui constitue ses sources alimentant ses livres et son inspiration, il confirme :
« Tout ce que je croise, tout ce qui surgit dans ma vie quotidienne peut me servir pour alimenter mes livres. Ceci est vrai aussi pour d’autres formes d’art, comme les arts plastiques.
Les éléments déclencheurs,  pour moi, peuvent être par exemple des photos de jazz, comme je travaille beaucoup sur cette musique. Pour le rock, ce peuvent être des paroles de chanson traduites de l’anglais.
En dehors de la musique, je me sers des informations que je trouve. Comme tout le monde je lis le journal, et si je tombe sur une brève qui m’accroche,  je m'en servirai comme point de départ, par exemple… Les gros faits divers, ceux qui font la une ne m’intéressent pas car ils sont déjà beaucoup travaillés au niveau journalistique. »

Marc Villard explique qu’il a difficile avec les textes assez longs comme les romans, étant plus porté sur le texte court et la nouvelle. C’est pourquoi il utilise parfois, pour les romans, des ossatures qui permettent de raconter des récits plus longs et où le articulations permettent de prolonger le récit. Il donnera l’exemple du film "Winchester 73"  de  Anthony Man (1950- film avec James Stewart et Shelley Winters, sur un scénario de Borden Chase -ndlr)   où l’on voit la carabine Winchester passer de main en main, et les divers propriétaires semer la mort à chaque fois, et dont il s’est inspiré pour la technique de construction de son roman La guitare de Bo Diddley , où c’est la guitare qui passe se main en main ; ce qui lui permet d’aligner une structure faite de plusieurs nouvelles liées entre elles. Ce qui demande malgré tout une organisation et une réflexion sur sa conception. Ca ne peut pas s’improviser.
« Un tel roman me demande deux mois pleins pour son écriture, mais ceci après quasi deux années de maturation durant lesquelles j’y pense. Il y aura une période d’environ six mois durant laquelle j’assemble les détails, et puis la période d’écriture. L’écriture est contraignante, et c’est bien la période de préparation où, sans se presser, on y pense et on récolte des idées, qui reste la plus agréable. »

Joe Pinelli évoque aussi les interventions de Marc Villard dans certaines émissions de musique des radios françaises, où il s’exprime sur le jazz et le blues. Marc Villard confirme que c’est son statut de grand amateur qui fait qu’on l’invite dans ces émissions, et aussi le fait qu’il utilise et parle beaucoup de ces musiques dans ses livres.
Il confirme une nouvelle fois qu’il est un écrivain qui, en dehors des évocations du monde de la musique, a une écriture « musicale ». Il fait très attention à la sonorité, à la phonétique et au rythme des textes, et par là introduit aussi une musique dans le texte lui-même. Il considère d’ailleurs qu’il écrit à l’oreille, mais on peut y trouver des ruptures qu’il y a introduites, des cassures volontaires, un peu comme dans certaines musiques contemporaines.
Il reconnaît par ailleurs avoir été inspiré par les poètes beat américains lorsqu’il  devient poète lui-même, et comme il a écrit de la poésie pendant dix années, il en a conservé l’économie et la condensation du texte. Ce qui explique ses romans assez courts et la force de ses nouvelles. Rivages et L’Atalante acceptent, heureusement pour lui, de publier de très courts romans et des nouvelles.
Mais il reconnaît que ce n’est pas l’influence beat qui l’a mené à la musique, car ce mélange n’existait pas en France à l’époque dans les cercles lisant la poésie. Il est arrivé au jazz, via sa passion d’adolescent (il est né en 1947) pour le rock et les émissions radios  du début des années  60, qui dans des séquences de musiques rock et populaires, introduisaient un peu de jazz. Puis, plus tard il fut de plus en plus attiré vers cette musique.

Etant diplômé en arts graphiques Marc Villard a travaillé plusieurs années comme graphiste. Donc, au départ, il était plus intéressé par l’image et le dessin, même l’art pictural, mais comme il s’est vite rendu compte qu’il n’était pas assez performant dans le domaine pictural, il s’est lancé dans la poésie, vers 17 ans.
Mais c’est  aussi à cause de son intérêt pour l’image qu’il a accepté dans les années 80, pour une revue de l’époque, de faire un duo avec un dessinateur de BD, et ce sera avec Loustal ; mais c’est un pur hasard que ce fut avec ce dessinateur. Comme il connaissait mal Loustal, son premier scénario pour les six pages était truffé de bulles à texte… alors que Loustal n’utilise quasi jamais de bulles. Il confirme que, par la suite, s’il a accepté de collaborer avec d’autres dessinateurs, c’est parce qu’il considère qu’il n’y a pas de rupture entre la peinture, l’art graphique et la BD, et qu’il ne considère pas les dessinateurs de BD comme des peintres ratés. Il trouve de la qualité dans les deux domaines.
Marc Villard confirme qu'il peut faire des textes sur des images, ou une novella qui sera illustrée, voire de la BD. Il reste ouvert à plusieurs procédés. Pour l’instant il a un projet sur Django Reinhardt, avec le dessinateur Pourquié, alors qu’il ne se voit pas faire une biographie sous forme de livre.Ce qui l'amène à confirmer qu'il  aime particulièrement le travail en commun avec un dessinateur, ou un photographe.

Avec raison, Joe Pinelli demande si ces projets à plusieurs ne comportent pas des risques, vu que cela reste vague un bon bout de temps… et peut très bien ne jamais prendre corps.
Marc Villard explique alors qu’il reste prudent et qu’il a une forte tendance à ne vraiment se lancer que lorsqu’il est certain que cela aboutit. Il ne veut pas travailler pendant un an pour s’entendre dire que ce qu’il a fait ne vaut pas un clou !
(Et on le comprend, car nous ne savons que trop que nombreux sont ceux qui demandent des travaux en amont à certains créateurs, avec qui ils disent coopérer, sans se sentir le moins du monde responsables de leur propre participation et de l’aboutissement du projet commun qu’ils ont initié et qu’ils sont capables, sans états d’âme (et sans compensation), d’enterrer alors que le premier maillon a déjà fourni sa part du travail. Ce n’est pas aussi rare que vous pourriez le penser - ndlr)

Marc Villard n’a fait que deux scénarios pour le cinéma. " Neige" est dû à sa rencontre avec Juliet Berto, et est complètement en dehors du système (film de 1981, réalisé par Juliet Berto et Jean-Henri Roger – ndlr).
Pour la TV  il n’a pas été demandeur, mais on est venu le chercher; Michel Lebris  en premier pour un scénario dans une série de néo-polars, puis Tito Topin -qu’il connaissait- pour la série "Navarro". Mais il se déclare peu intéressé, et ne voit que le besoin d’argent  que comme seule justification possible à ce genre d’exercice, presque toujours décevant. De transformation en transformation  il ne reste rien de l’idée originale, nous apprend Villard, surtout après que les « experts » de la chaîne changent tout et expliquent comme il aurait fallu l’écrire, alors qu’ils ne fichent rien de bon ; le tout pour terminer dans un tournage ringard car ils n’ont pas assez d’argent… Il fait bien la distinction d’avec le cinéma, où, nous dit-il, il est encore possible de faire de bonnes choses. Mais certainement pas à la TV !
Pour le scénario de BD, c’est différent car il peut discuter avec le dessinateur, il reste en charge, on n’élimine pas le scénariste durant le processus de création de la BD, ce qu'il préfère très nettement.

Questionné sur son entrée à la Série Noire (avec son roman : "Ballon mort" - 1984 – ndlr), Marc Villard reconnaît que lorsqu’il y est entré cela avait encore une grande signification (au contraire de la Série Noire actuelle, avoue-t-il), mais pour lui ce qui l’avait le plus impressionné c’était la séance de photos commanditée par Gallimard, dans leur jardinet attenant et faite par leur photographe de renom… qui avait photographié, au même endroit les plus grands noms de la littérature française.  Villard n’en revenait pas que lui aussi, écrivain modeste, il puisse bénéficier de ce traitement.
Il était aussi  fort impressionné
en signant des services de presse, car cela se passait dans la bibliothèque de Gallimard, et il y avait aussi d’autres écrivains- des grands noms de la Blanche- qu’il pouvait côtoyer, mais aussi « à côté d’imbéciles comme Finkielkraut qui réclamait  des coursiers pour envoyer ses livres rapidement aux diverse adresses… alors que pour tout le monde on les envoie par la poste ». Avant la Série Noire, il avait déjà été publié dans plusieurs maisons, ce qui lui fait dire que ce n’est évidemment pas l’émotion d’un débutant, bien qu’il ait été impressionné par les gens qu’il y rencontra.

Pour finir Joe Pinelli rappelle que Marc Villard tient un " blog "-journalier publié sur le Web-  dans le sein de son site « Marc Villard sur le net » . Villard  rappelle qu’il a un caractère de cochon sous ses apparences civiles, et que dans ce journalier il peut se laisser aller à exprimer des opinions décapantes dans le genre «  comment ce crétin qui écrit comme un porc peut-il être encensé par la presse ? Et je dis ce que je veux, et ce que j’en pense. Je dois même me calmer. Je trouve que dans la critique actuelle il y a un manque de jugement et de subtilité.  Des livres publiés, ou ils ne les aiment pas, et ils n’en parlent pas, ou ils les aiment à la folie. Pas de subtilité. Il faudrait donc tempérer tout cela. C’est ce que je fais sur mon blog où je parle de livres comme par exemple ceux de Robert Crais, Henry Porter (très bon écrivain), encore d’autre, et j’essaye de ne pas être dithyrambique ou de tomber dans le négatif absolu ».
Le restant du site lui est évidemment consacré, avec tous les renseignements bio-bibliographiques nécessaires. Pinelli rappellera également qu’on trouve beaucoup d’autres documents sur Marc Villard sur Internet, reflets de son audience et de sa notoriété.


>Voir aussi l'interview de Marc Villard faite par POLAR NOIR -cliquez

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